Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme

Un nouveau livre de Salim Lamrani.

Le 10 janvier 2008 sort l’ouvrage intitulé Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme aux Editions Estrella. Il s’agit d’un livre de 135 pages qui traite de la politique cubaine de l’Europe. Il met à nu l’hypocrisie de Bruxelles et dénonce son alignement sur la politique irrationnelle et anachronique de Washington à l’égard de l’île des Caraïbes. Il contient également une préface du célèbre journaliste italien Gianni Minà.

 

L’ouvrage n’est pas encore distribué en librairie mais il est disponible dès à présent auprès de l’auteur au prix de 10€. Des tarifs spéciaux sont réservés aux associations:

Salim Lamrani, [email protected]

DOUBLE MORALE

Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme

 

Préface de Gianni Minà

 

 

INTRODUCTION

En décembre 1996, l’Union européenne s’alignait sur la position d’ingérence étasunienne et exigeait de Cuba « des progrès tangibles sur la voie d’une transition pacifique vers le pluralisme démocratique, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». C’est ainsi qu’est née la position commune européenne vis-à-vis de La Havane, qui est devenue le pilier de la politique étrangère de l’Union européenne à l’égard de Cuba (1).

Mais l’Europe ne se limitait pas à ces bonnes intentions. Elle réclamait surtout des efforts « vers des politiques économiques permettant d’assurer un redressement durable et d’améliorer le niveau de vie du peuple cubain ». En un mot, Bruxelles souhaitait que Cuba adopte le système d’économie de marché et ouvre ses portes au capitalisme (2).

L’Union européenne proposait même un accord de coopération, mais y intégrait une clause précise : elle se réservait le droit de le suspendre « en cas de violation grave des dispositions relatives aux droits de l’homme », sans plus de précisions. Ainsi, la position commune est unique en son genre dans la mesure où les conditions imposées à Cuba ne s’appliquent pas aux autres nations ayant des relations avec l’Union européenne (3).

En juin 2003, sous l’impulsion de l’ancien Premier ministre espagnol, José María Aznar, l’Union européenne a décidé d’imposer des sanctions politiques et diplomatiques à Cuba. Cette décision se justifiait, officiellement, en raison de la « situation des droits de l’homme » et suite à l’arrestation de 75 personnes considérées comme des « agents au service d’une puissance étrangère » par la justice cubaine et comme des « dissidents » par Bruxelles (4).

De leur côté, Les Etats-Unis ont présenté à l’ancienne Commission des droits de l’homme des Nations unies qui siégeait à Genève, chaque année, de 1987 à 2006, une résolution contre Cuba dénonçant les « violations des droits de l’homme ». D’ailleurs, discréditée par ses décisions politisées et partiales, celle-ci a été remplacée en mai 2006 par un nouveau Conseil des droits de l’homme. Durant cette période de près de vingt ans, le seul pays pointé du doigt par les différentes administrations étasuniennes sur le continent américain a été Cuba. Désormais, l’Union européenne a emboîté le pas à Washington en imposant également des sanctions à Cuba (5).

Tout comme les Etats-Unis, le seul pays du continent américain condamné par l’Union européenne et victime de telles sanctions est Cuba, ce qui rend d’autant plus incompréhensible la position de Bruxelles. Seuls quatre autres pays du monde subissent le même sort : la Birmanie, l’Irak, le Nigeria et le Zimbabwe. De plus, de nombreux soupçons émergent quant aux réels motifs de cette stigmatisation. Pourquoi Cuba ? Et surtout, pourquoi seulement Cuba ? Ce pays a-t-il un statut spécifique au niveau du respect des droits de l’homme ? Viole-t-on les droits de l’homme uniquement à Cuba ? Qu’en est-il de la situation dans les autres pays du monde ?

Pourquoi Bruxelles se range-t-elle de façon si dévote sur la position étasunienne ? Il est en effet difficile de concevoir qu’une puissance aussi importante que l’Europe des 25 s’aligne de manière docile et disciplinée sur la politique étrangère de Washington vis-à-vis du petit archipel des Caraïbes.

Ce n’est pas la première fois que l’Union européenne adopte ainsi la politique agressive des Etats-Unis contre La Havane. Par exemple, le 14 avril 2005, la résolution présentée par Washington contre Cuba à la Commission des droits de l’homme de Genève avait été co-parrainée par l’Union européenne. Celle-ci a ainsi montré, une fois de plus, qu’elle se trouvait dans l’incapacité d’adopter une position souveraine, préférant s’inféoder aux manœuvres politiciennes étasuniennes (6).

Un autre exemple est édifiant. Toujours en avril 2005, à Genève, une autre résolution, adoptée par une grande majorité (35) des 50 membres de la Commission, a été rejetée par l’Union européenne, et bien sûr par Washington. La résolution condamnait « l’utilisation de mercenaires pour violer les droits de l’homme et le droit des peuples à l’autodétermination ». L’UE s’est refusée à adopter un texte condamnant les pratiques de la Maison-Blanche, notamment à l’égard de Cuba (7).

Mais au-delà de cet alignement inconditionnel sur Washington, il convient de se questionner sur la légitimité d’imposer des sanctions à Cuba pour violations des droits de l’homme. Ainsi, le 12 juin 2005, le Conseil de l’Europe, réuni alors au Luxembourg, a constaté l’absence « de progrès satisfaisants concernant le respect des droits de l’homme à Cuba ». Le Conseil a insisté sur le fait que « la question des droits de l’homme devra être évoquée par chaque visiteur de haut niveau (8) ».

 

Cette attitude est éminemment discutable. Il ne s’agit pas de soutenir qu’il n’y a aucune violation des droits de l’homme dans la plus grande île antillaise : selon plusieurs organismes internationaux, certaines violations des droits de l’homme persistent à Cuba. Cependant, pour pouvoir s’ériger en père moralisateur, il faut être irréprochable dans ce domaine.

Il existe un moyen relativement simple de se faire une idée de la situation des droits de l’homme à travers le monde, et ce pour n’importe quel pays. Amnesty International, une organisation de défense des droits de l’homme réputée pour son sérieux et son travail remarquable, publie chaque année un rapport sur ce sujet. Il suffit donc de consulter le rapport 2006, qui couvre la période allant de janvier à décembre 2005, pour connaître le degré de respect des droits fondamentaux dans les diverses nations de la planète.

Dans cet ouvrage, la situation des droits de l’homme au sein de l’Union européenne est disséquée et comparée à celle de Cuba. Le continent américain, du Canada jusqu’en Argentine, est également passé à la loupe. Cette étude est intéressante à plusieurs égards. Tout d’abord, elle démontre que la représentation idéologique que l’on se fait de certains pays est souvent différente de la réalité. Ensuite, elle met en question l’autorité morale de l’Union européenne, qui se pose en juge suprême en matière des droits de l’homme. Enfin, elle remet en cause la légitimité des sanctions contre Cuba officiellement dues à la « situation des droits de l’homme » dans ce pays. Le constat est simple : la crédibilité de l’Europe sur cette épineuse question est relativement faible, pour ne pas dire inexistante.

Le but de cet ouvrage est de montrer au public que la question des droits de l’homme est utilisée de manière arbitraire par les puissants de ce monde, pour des raisons politiques et idéologiques. Les principales victimes de ces campagnes politiques, diplomatiques et médiatiques sont les nations qui ont choisi un modèle de développement différent du néolibéralisme – farouchement défendu par les puissances occidentales, en particulier les Etats-Unis et l’Union européenne –, et qui subissent ainsi un lynchage médiatique et des sanctions imméritées. L’opinion publique, qui endure depuis des décennies cette constante désinformation, est également une victime inconsciente.

 

Notes   
 
1 Union européenne, position commune 96/697/PESC, définie par le Conseil sur la base de l’article J.2 du traité sur l’Union européenne, relative à Cuba – JO C 322 du 12 décembre 1996.
 
2 Ibid.
 
3 Ibid.
 
4 Parlement européen, « Résolution du Parlement européen sur Cuba », 22 avril 2004.
 
5 Salim Lamrani, Cuba face à l’Empire (Genève : Editions Timéli, 2006), pp. 155-68 ; Salim Lamrani, Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006), pp. 174-78.
 
6 El Nuevo Herald, « Prevén una confrontación entre Europa y Cuba », 14 avril 2005, p. 5A; El Nuevo Herald, « Europa apoya la condena a Cuba », 12 avril 2005.
 
7 Agencia de Información Nacional, « La CDH adopte une résolution cubaine contre le mercenariat », 8 avril 2005.
 
8 Conseil de l’Europe, « Conclusion du Conseil Affaires générales », 12 juin 2005.

Table des matières

Préface de Gianni Minà

Introduction

I. Les rapports d’Amnesty International

II. Une comparaison édifiante

III. Les prisonniers « politiques » cubains

IV. La situation des droits de l’homme sur le continent américain

V. Une comparaison américaine

Conclusion : des sanctions illégitimes et arbitraires

Notes

Annexes : rapport 2006 d’Amnesty International sur Cuba

Editions Estrella

135 pages

Prix : 10€

Pour se procurer le livre, contacter [email protected]

Salim Lamrani est enseignant, écrivain et journaliste français, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Il a notamment publié Washington contre Cuba (Pantin : Le Temps des Cerises, 2005), Cuba face à l’Empire (Genève : Timeli, 2006) et Fidel Castro, Cuba et les Etats-Unis (Pantin : Le Temps des Cerises, 2006).

  

Contact : [email protected]



Articles Par : Salim Lamrani

A propos :

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet. Contact : [email protected] ; [email protected] Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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