Effacer la Palestine de la carte

La cartographie faussée du Washington Post ou comment effacer la Palestine de la carte...

Un blogueur du Washington Post a récemment publié dans la section affaires étrangères « 40 cartes pour expliquer le monde ». Certaines cartes ont leur importance comme celle portant sur les « inégalités économiques dans le monde », certaines sont intéressantes comme celle illustrant « les 26 dernières monarchies dans le monde », mais d’autres déforment grossièrement la réalité qu’elles prétendent représenter. A la tête de cette dernière catégorie, la carte intitulée « la portée des roquettes du Hamas contre Israël »

Tout sur les roquettes du Hamas

Deux problèmes majeurs sont identifiés à partir de cette carte. D’abord, cette dernière tente « d’expliquer » le conflit israélo-palestinien en pointant exclusivement du doigt la capacité du Hamas en termes de roquettes visant les points les plus importants à l’intérieur d’Israël. Pour ce faire, quatre codes couleur, des demi-cercles concentriques à partir de la bande de Gaza, pour montrer la distance que peuvent traverser différentes roquettes ainsi que le chemin le plus éloigné vers la Mer Morte.
Max Fischer, le blogueur en chef « spécialiste » des affaires étrangères du Washington Post, note dans une légende sur la carte : « ceci permet de faire comprendre pourquoi Israël est si préoccupé par Hamas, le groupe islamiste basé à Gaza, et particulièrement à propos de son accès aux roquettes Fajr-5 de fabrication iranienne. Celles qui peuvent atteindre la zone jaune clair »

Effacement de la Palestine de la carte

Le second problème majeur concernant cette carte est que la Palestine -aussi bien historique que contemporaine- y est effacée.

Une ligne en pointillés blancs trace la frontière entre la Cisjordanie et Israël mais la ligne est à peine visible sous la délimitation jaune. D’autre part, la Cisjordanie « West Bank » (à savoir, « la Cisjordanie » non occupée ou « territoire palestinien occupé » ou « Cisjordanie palestinienne » ou « Palestine » ) apparaît en caractères si petits qu’ils semblent désigner une petite ville au Nord-Est de Jérusalem, au lieu du territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967.

Alors que les municipalités comme Arad, Ashdod, Holan et Hrzliya, entre autres, sont indiquées, on ne peut trouver nulle part les villes palestiniennes comme Ramallah, Naplouse, Bethléem, Jéricho, encore moins Al-Bira, Jénine ou Qalqilya. Seule Jérusalem et Hébron, des villes de Cisjordanie importantes aussi bien pour les israéliens que pour les palestiniens sont illustrées. Même Jaffa, la ville côtière palestinienne au nord de Tel-Aviv a été remplacée par « Yafo », la version israélo-hébraïque.

Alors que nous raconte cette carte sur le conflit israélo-palestinien ? Qu’on ne peut déterminer ce qu’est la Palestine ni où elle se situe, ou si elle a même existé un jour ; cependant, cette carte suggère que plus de la moitié d’Israël est sous la menace permanente d’un groupe islamiste soutenu par l’Iran. Ainsi donc, Israël est « inquiet ». Vraisemblablement, le lecteur pourrait conclure que cette « inquiétude » contraint Israël à se défendre périodiquement, en lançant ses contre-attaques vers la bande de Gaza. Quant à la Cisjordanie, elle semble à toute fin utile, faire partie d’Israël et n’ayant d’aucune manière un lien avec Gaza ou la « Palestine » cartographiquement nettoyée.

Ainsi, Israël est géographiquement simplifiée en une entité ayant besoin de se défendre alors que la Palestine est rayée de la carte.

Elle dissimule plus qu’elle ne révèle

La carte du Washington Post (qui est en réalité juste une carte googl copiée chez un certain « Gene »
qui a également inclus la carte des « bars/restaurants de Richmond » et celle de « l’Angleterre de Jane Austin » ne montre pas comment ni dans quelle mesure, Israël s’est défendu contre la menace des roquettes du Hamas.

Tout ce qui compte sur cette carte est la menace qui pèserait sur Israël ; une carte révélant les réponses mortelles des israéliens et leurs ramifications à l’intérieur des territoires palestiniens telle que celle produite par l’Alliance pour la Justice au Moyen-Orient à l’université de Harvard et par le MIT Center for Future Civic Media, n’a pas été proposée dans la liste du Washington Post.

Il manque aussi toutes les tentatives pour représenter cartographiquement le contexte dans lequel les roquettes du Hamas et la « réponse » israélienne ont été lancés, comme cette carte de l’ONU, entièrement inexistante dans la compilation du Washington Post.

En plus d’effacer quasiment la Cisjordanie palestinienne, la carte du Washington Post ne révèle rien des multiples modes d’occupation des territoires palestiniens par Israël. Ainsi, les cartes des routes réservées aux seuls israéliens, des checkpoints, de la barrière de séparation, des colonies et des divisions sur une base ethnique de la Cisjordanie (telle que celle de B’Tselem, le Comité israélien contre les démolitions de maisons et celle de l’Institut pour la recherche appliquée – Jérusalem /ARIJ) n’aideraient pas, selon le Post, à comprendre cette partie du monde autant que la carte de Gene à propos du potentiel de tir de roquettes du Hamas.

La carte de choix du Washington Post n’apporte aucune lumière sur les villages palestiniens au sein d’Israël qui ont été ethniquement nettoyés et détruits entre 1948 et 1949. Les références aux cartes de la Société académique palestinienne pour l’étude des affaires internationales (PASSIA) et Visualizing Palestine (visualiser la Palestine) auraient pu pousser à commencer, au moins, à ressortir la cartographie de ces paysages effacés.

Les dangers d’une cartographie faussée

En somme, la carte du Washington Post explique très peu de choses sur cette région du monde. Mais ce que révèle la carte est la vision myope du Washington Post concernant Israël et la Palestine.

La colonisation actuelle et continue de la Palestine par Israël est inversée et réduite, dans cette représentation cartographique, à un pays normal qui doit se défendre et repousser les menaces de ses vagues voisins. Les effets de cette cartographie faussée sont dangereux ; effacer la géographie de la Palestine est une autre étape de l’occupation continue et du nettoyage ethnique de la Palestine.

Robert Ross

Article original en anglais : The Washington Post’s Distorted Cartography, Erasing Palestine From thé Map, CounterPunch, 20 août 2013

Traduction de l’anglais : Lalla Fadhma N’Soumer, Info-Palestine.net

Robert Ross est professeur adjoint d’études culturelles internationales à l’Université Point Park, à Pittsburgh, en Pennsylvanie. Ses recherches et son enseignement portent sur la géographie politique et économique d’Israël, la Palestine, le Liban et les États-Unis. Il est également membre du Comité de solidarité Pittsburgh Palestine et la Mission Network Israël-Palestine de l’Église presbytérienne (USA).



Articles Par : Robert Ross

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