Élections en Moldavie : Le feu à l’est ?

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Photo : Une femme moldave vérifie son bulletin avant de voter dans isoloir, à l’intérieur de l’ambassade de Moldavie à Bucarest, en Roumanie, le dimanche 30 novembre 2014

Pour compléter l’analyse identitaire faite par Stratediplo [1] des élections de dimanche 30 novembre 2014 en Moldavie, prenons l’angle politique. La coalition des pro-européens obtient 54 sièges sur les 101 sièges du Parlement, celle des pro-russes 47 sièges. Le gouvernement reste de ce fait aux mains des pro-européens. Qu’en penser ?

Le scrutin parlementaire qui s’est tenu le 30 novembre 2014 en Moldavie (voir carte) a placé les pro-européens et les pro-russes au coude à coude en Moldavie. Le vainqueur est le Parti des socialistes de la République moldave [pro-russe] avec 21,6 % des voix, suivi du Parti libéral-démocrate [pro-européen] (19,3 %) et des communistes de Vladimir Voronine [pro-russe] (17,83 %). Il ne s’agit pas cependant d’une victoire des pro-russes, car les partis pro-européens, à savoir le Parti libéral-démocrate, le Parti démocrate (15,7 %) et le Parti libéral (9,3 %), détiennent ensemble la majorité. La participation au scrutin n’a pas dépassé 56 %. Les pro-russes ont accusé le gouvernement d’avoir tenté d’empêcher les quelque 700 000 Moldaves vivant officiellement en Russie de participer au vote, ce qu’ils ont finalement été autorisés à faire.

La coalition des pro-européens obtient donc 54 sièges sur les 101 sièges du Parlement, celle des pro-russes 47 sièges. Le gouvernement reste de ce fait aux mains des pro-européens. Le 27 juin, à leur initiative, la Moldavie avait signé un traité d’association avec l’Union européenne et, en mai, les Moldaves avaient reçu le feu vert pour voyager sans visa dans l’espace Schengen de libre circulation en Europe. Connaissant l’état de corruption et les activités maffieuses propres à ce pays, et que condamnait d’ailleurs le parti des socialistes d’Igor Dodon, les autorités chargées en Europe de la lutte contre les trafics divers qui sévissent à l’est de l’Union s’étaient publiquement inquiétées de cette facilité accordée aux Moldaves.

Mais le vote du 30 novembre fait naître d’autres inquiétudes. La Moldavie est soumise à une intense propagande venue de Pologne, des États baltes et d’associations très pénétrées par l’influence américaine, notamment de la CIA. Cette propagande vise particulièrement les jeunes électeurs. Ceux-ci espèrent qu’une intégration à l’Union européenne leur apportera subitement le niveau de vie de pays tels que l’Allemagne et les États scandinaves, ainsi que la « protection » de l’Otan et l’accès à tous les mirages promis par la culture américaine. Des tensions de plus en plus fortes entre pro-européens et pro-russes risquent donc de se faire sentir.

On pourrait même craindre la répétition d’un scénario sur le modèle de celui ayant jeté l’Ukraine dans la guerre civile. Une révolution de rue (de couleur) pourrait être suscitée contre l’actuel gouvernement, afin d’obtenir sa démission et son remplacement par un gouvernement encore plus hostile à la Russie que ne l’est celui-ci. À nouveau, les forces dites « occidentales » qui depuis des mois tentent en Ukraine de pousser la Russie à la faute en l’obligeant à s’engager militairement en soutien des russophones, pourraient se saisir de cette nouvelle occasion de mettre le feu aux confins de la Russie.

L’Union européenne va-t-elle basculer ?

Certes, la Moldavie n’est pas l’Ukraine. Il s’agit d’un très petit pays dont les choix au plan géostratégique global pourraient apparaître de faibles conséquences. Mais ceux des Européens soucieux de conserver (ou de rétablir) de bonnes relations avec la Russie, en s’affranchissant une bonne fois des pressions américaines, auront beaucoup de soucis à se faire. L’Union est, du fait du jeu de ses règles constitutionnelles, en train de tomber aux mains de personnalités politiques qui ne se cachent pas de vouloir pousser l’Otan le plus à l’Est possible, lutter contre les échanges économiques avec la Russie, renforcer l’effet sur cette dernière des sanctions imposées par Washington et, pourquoi pas, provoquer des affrontements militaires avec l’armée russe, quels que soient les risques de déboucher sur une 3e guerre mondiale. Ces personnalités sont connues pour être en étroite liaison avec les plus incendiaires des néo-cons américains, qui multiplient leurs visites touristiques à l’Est de l’Union.

Ces personnalités sont le nouveau président du Conseil des ministres européen, le polonais Donald Tusk, et le gouvernement de la Lettonie, qui, début 2015, prendra pour six mois la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne (à ne pas confondre avec la présidence du Conseil des ministres précitée). Donald Tusk n’est pas le plus enragé des Polonais voulant reconquérir une influence perdue en Ukraine voire en Russie même. Néanmoins, il ne pourra jamais se débarrasser de certains préjugés et intérêts. Il faut savoir par ailleurs que, de son côté, la Lettonie compte près de 30 % de Russes parmi sa population, dont une partie ayant le curieux statut de non-citoyens ou non-ressortissants, puisque non naturalisés lettons, et n’étant pas russes, car installés directement ou par filiation en Lettonie depuis les années 1940.

La Lettonie est sans aucun doute la représentante des États baltes la plus engagée dans ce qu’il faut bien appeler un anti-poutinisme systématique, s’étendant plus généralement à une hostilité également systématique à l’égard de la Russie tout entière. On fait valoir, à titre d’explication, que sous le régime soviétique, elle n’avait pas reçu de cadeaux. Mais les années sont passées. L’Europe devrait avoir pour effet d’apaiser les survivances des anciens conflits. N’y a-t-il pas aujourd’hui de meilleures alliées que la France et l’Allemagne.

Jean-Paul Baquiast



Articles Par : Jean-Paul Baquiast

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