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Élections européennes : Il n’y a de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre…
Par Daniel Vanhove
Mondialisation.ca, 26 mai 2014

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Que n’a-t-il encore fallu entendre comme inepties lors de la soirée électorale d’hier, de la part des ténors politico-médiatiques, sur les plateaux télévisés !? Chacun y est allé de sa petite phrase, de son mot voire de sa mise en scène pour qualifier la victoire du FN. En tentant de trouver LA formule qui allait être plus forte et se démarquer de celle de son voisin, pour indiquer combien l’évènement tenait de l’impossible. De l’irréparable. Du cataclysme planétaire…

Depuis la gauche de Jean-Luc Mélenchon dont on se demandait s’il répétait une tragédie de Shakespeare, en passant par les éléphants des partis traditionnels marmonnant toujours les mêmes creuses rengaines râpées, et jusqu’à celle qui se prend pour la diva sur le retour Ségolène Royal déclarant que le choc était « à l’échelle du  monde »… rien que ça ! Comment peut-on encore espérer être crédible aux yeux des citoyens quand on surabonde dans l’excès d’attitude et de langage, alors que tous les indices indiquaient depuis des mois, voire des années que l’heure du FN arrivait à grand pas, favorisé précisément par ces (ir)responsables politiques qui ne voient jamais rien venir et jouent les vierges effarouchées dès que survient ce que tout observateur savait !? (voir : http://www.legrandsoir.info/la-france-devrait-se-mefier-de-ses-ministres-de-l-interieur.html)

Personne ne demandait à Mr Mélenchon de nous la jouer sur le ton de la tragédie au point d’en devenir grotesque. Ni à Mme Royal de déclarer que le « monde » n’a d’yeux que pour l’hexagone… ce qui atteste de sa méconnaissance de ce qui se passe en-dehors de son pré carré. Il leur est demandé d’écouter et d’entendre ce que la population exprime depuis des années, sans résultat.

Dans la vie, il y a ceux qui entendent mais n’écoutent pas. Ils ont bien entendu une vague clameur, comme un bruissement dans le lointain, mais si vous leur demandez de quoi il s’agit, ils seront incapables de vous le dire. Tout occupés qu’ils sont à leurs petites affaires. Puis il y a ceux qui écoutent, mais n’entendent pas. Ils vous regardent d’un œil attentif, opine même parfois de la tête, mais une fois que vous avez terminé, s’en retournent de même s’occuper de leurs petites affaires. Ce constat, chacun a déjà pu l’établir dans son quotidien. C’est navrant, mais c’est comme ça et la conclusion s’impose : bien peu ont la capacité et d’écouter et d’entendre ce que vous tentez de leur exprimer.

Eh bien, le petit monde politico-médiatique fonctionne de la sorte. Certains écoutent, d’autres entendent, mais aucun n’a cette capacité d’effectuer les deux… et le résultat est ce que l’on voit aujourd’hui. Ils sont tellement préoccupés par ce qu’ils ont en tête, les uns pressés par leur question, les autres pressés par leur réponse, ou tellement convaincus que c’est en flattant l’électeur qu’ils vont gagner sa voix, qu’ils persistent à raconter n’importe quoi quand les réalités que vivent les citoyens ne correspondent plus depuis longtemps à ce qu’ils ânonnent. Ils ont opté pour la méthode Coué et répètent jusqu’à l’absurde que la France est un graaand pays… Tellement grand aux yeux de certains que la percée du FN devait être un choc « mondial ». Non Mme Royal, rassurez-vous, en ce lundi matin, le monde n’a pas vacillé, même pas tremblé, et l’euro se paie même le luxe d’être en hausse sur les marchés. Et si vous alliez à New-York comme j’ai eu l’occasion de le faire, et dans l’Empire State Building où sont regroupés quantités de sociétés pour y rencontrer leurs patrons, vous verriez que la plupart ne savent ni situer où se trouve la France et beaucoup ne connaissent même pas le pays. Je ne vous parle pas des Américains au fond du désert de l’Arizona, mais de ceux qui sont au cœur de New-York ! Alors, écarquillez-vous un tant soit peu les yeux, revenez sur terre, et comprenez que la France n’est pas le graaand pays que tout ce petit monde politico-médiatique se plaît à imaginer, tentant peut-être par-là de se donner plus d’importance qu’il n’en a vraiment…

Et même si je ne bois pas à la même coupe que le FN et suis opposé à nombre de ses idées, je suis bien obligé d’admettre que certaines de ses analyses sont beaucoup plus pertinentes et judicieuses que celles de la plupart des partis traditionnels qui n’ont décidément rien compris à ce qui se passe sous leurs fenêtres. Les responsables du FN semblent avoir cette capacité d’écouter et d’entendre. Le problème, c’est que leurs solutions sont catastrophiques voire abjectes dans de nombreux cas.

Dès lors, et pour éviter que le pire n’advienne, oui il y a urgence à ce que la France se réforme. De fond en comble. Et pour commencer, qu’elle revienne à sa juste mesure et ne se prenne plus pour la grenouille tentant de se faire aussi grosse que le bœuf… dont on connaît le résultat. Un peu de modestie n’a jamais fait de tort à personne… Et plutôt que de s’aliéner la Russie dont elle est voisine, elle ferait mieux de garder quelque distance avec les USA en revenant au projet de la construction de l’Eurasie comme l’a peut-être compris l’Allemagne. De même, on ne peut pas dire que c’est la faute à l’UE si les nouvelles rames de train ne rentrent pas dans des quais trop étroits ! L’Allemagne à laquelle les ténors français n’ont de cesse de se comparer ne passe pas son temps à répéter à longueur d’ondes qu’elle est un graaand pays. Elle s’est retroussé les manches et elle travaille. Elle a pris les mesures qui s’imposaient pour se hisser au niveau qui lui permet aujourd’hui de tirer presque seule le restant de l’Europe !

Ensuite, pour (re)devenir le pays qu’elle fut, à savoir, un pays prêt à montrer la voie à suivre plutôt que la voie sans issue où elle se fourvoie actuellement… Tout en se rappelant que le chantier sera d’autant plus long que les décideurs mettront du temps à le mettre en œuvre… en commençant, comme toujours par se remettre en question eux-mêmes, ce qui au vu de ce que l’on a entendu hier soir, est loin, très loin d’être gagné. Et c’est bien le drame français !

Daniel Vanhove26.05.2014

Daniel Vanhove : Observateur civil, auteur

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