Élections Haïti: L’homme de Milot, Moïse Jean Charles, prône une révolution pacifique

Analyses:

« A vouloir étouffer les révolutions pacifiques, on rend inévitables   les révolutions violentes. » (JFK)

Depuis le départ des Duvalier en 1986, c’est la première fois qu’un militant issu de la matrice des masses populaires s’apprête à devenir président de la République d’Haïti : l’ancien sénateur Moïse Jean Charles. Il est le produit indigène du long combat de trente ans pour l’implantation de la démocratie dans le pays. Au cours de cette période douloureuse, des milliers de militants furent lâchement fusillés, portés disparus, torturés, handicapés, humiliés, arbitrairement emprisonnés et envoyés en exil. C’est au nom de ces valeureux hommes et femmes que le sénateur revendique le pouvoir politique comme une reconnaissance des sacrifices ultimes consentis par ces victimes qui révèrent d’une « Nouvelle Haïti », où tous peuvent vivre harmonieusement dans l’abondance et la dignité. Un pays pour tous.

Moïse Jean Charles a gravi tous les échelons de la lutte comme : militant convaincu, maire de Milot, conseiller de président, sénateur de la république, aujourd’hui chef de file d’une plateforme politique et candidat à la présidence.  Tels sont les périples d’un homme, avant de s’imposer comme leader inéluctable des masses sur la scène politique nationale. Très jeune, il fit un choix. Celui de défendre les victimes historiques de la société haïtienne depuis l’assassinat de l’empereur Jean Jacques Dessalines le 17 octobre 1806 à nos jours. C’est ce sentiment d’appartenance qui a toujours dicté son comportement et prises de position comme élément politique et social.

Qui est Moïse Jean Charles ?

Durant ce parcours politique sans faute, il a eu à faire face à d’énormes défis provenant des forces traditionnelles réactionnaires de pouvoir d’état en Haïti. La prouesse de Milot, en 2003-2004,  est l’un des exemples de grand courage : Moïse défia le chef de guerre Guy Philippe,  l’agent américain, pour déclarer la commune de Milot, territoire libéré du nord réservé aux partisans persécutés  de Jean B. Aristide  auxquels Gérard Latortue, premier ministre de facto, imposa une « paix crépusculaire » par le fer et le sang sous la dictée des occupants-valets impérialistes.

Moïse Jean Charles est né  le 20 avril 1967 à Milot, une ville qui abrite le palais Sans-Souci, reconnu par l’UNESCO en 1983 comme faisant partie du patrimoine mondial. Cet édifice fut l’un des lieux mythiques du grand bâtisseur de la nation, Henry Christophe ou roi Henry 1er. Issu d’une famille essentiellement paysanne, Moïse Jean Charles a connu toutes les difficultés indissociables à la vie rurale d’un pays du tiers-monde. C’est-à-dire la privation, la misère, le complexe et l’irrespect. Ainsi, dans un entretien avec lui, il me conta les persécutions dont il fut victime d’un certain Harold Joseph et des autres fils des grands dons du département du nord qui  l’intimidaient constamment. Anecdote : en classe de philosophie, Wilfrid Supréna, un natif du nord, mon ancien professeur d’histoire, aimait à rappeler le comportement aristocratique des élites intellectuelles et financières du grand nord. Elles qui prenaient plaisir à marcher au milieu des rues avec la tête haute dans l’air faisant obstruction à la circulation des véhicules. Comportement qui concurrence étrangement avec « les précieuses ridicules » de Molière.

Cela donne partiellement une idée de l’environnement dans lequel évoluait celui qui est aujourd’hui l’ultime candidat à la présidence. Moi aussi, j’ai connu ces moments révoltants en Haïti, parce que victime du péché originel « d’exploitation de l’homme par l’homme ». Situation qu’il entend changer par une révolution pacifique pour que soit finalement admis en Haïti et ailleurs que « Tout homme est un homme ».

La révolution pacifique

Il nous faut une révolution pour notre temps. En Haïti, dès qu’on évoque le terme révolution dans une conversation, les gens savent pertinemment de quoi il s’agit. Car, ils en ont fait et vécu la plus grande révolution « libératrice de l’homme » et une bande de « petites révolutions ».

Pourquoi une révolution pacifique ?

L’alternative socio-économique que nous impose l’Occident, via les Etats-Unis d’Amérique, au 21e  siècle est déjà dépassée de plus d’un demi-siècle. L’alternance politique via le suffrage universel, ce que nous pratiquons depuis près de 25 ans, n’a rien modifié du paysage politique, voire de la réalité socio-économique. La raison de ce blocage est simple : la crise que connait le pays est générale ; de ce fait, l’exigence d’une solution globale profonde s’impose.  Donc, révolutionnaire. Nous avons besoin davantage que des joutes, régulières ou irrégulières. Les élections légitiment ce grand mouvement de masse conduisant à une mise en question de la structure archaïque du pays, tout en présentant des solutions profondes à la hauteur de notre histoire.

Moïse  Jean-Charles, honorable sénateur de la république, dans sa croisade nationale pour la transformation économique et la promotion d’une démocratie sociale en faveur des masses populaires, prône la révolution pacifique. Celle-ci sera le prolongement de la révolution violente du 1er Janvier 1804 qui fonda la nation haïtienne, cependant avec des objectifs additionnels comparables aux mouvements de masse latino-américains d’aujourd’hui.

Ce dit mouvement, initié au Chili avec Salvador Allende le 4 novembre 1970,  fut abruptement arrêté en septembre 1973, lors du coup d’état sanguinaire des officiers de l’armée chilienne sous la férule d’un certain Augusto Pinochet, désormais tristement célèbre. Un autre général vassalisé entre les mains de Washington. Il a fallu près de 30 ans pour que se répète une orientation similaire : le suffrage universel, du « Parti Entente Populaire ».

Cela a eu lieu, un beau jour du 16 décembre 1990. L’ancien prêtre des pauvres, formé à l’école de la théologie de la libération, Jean Bertrand Aristide,  propulsa les masses populaires dans l’exercice du pouvoir politique. Une expérience qui n’a malheureusement duré  que 7 mois, mais a permis aux masses haïtiennes et ses intellectuels avant-gardistes de comprendre que « le miracle haïtien » est possible quand il y a unité au sein du mouvement populaire. Ensuite, en février 1999, Hugo Chavez, conformément à la tradition latine, prit pacifiquement les rênes du pouvoir au moyen du suffrage universel. Il a inauguré une autre « saison des hommes » dans la vie politique universelle des masses populaires en défiant audacieusement l’ordre impérial dans l’hémisphère américain. Cet événement restera à jamais dans l’histoire des peuples, en particulier celui du Venezuela, comme un chef-d’œuvre.

La république bolivarienne du Venezuela n’existait pas avant Hugo Chavez. Il l’a hissé en lettres d’or sur la carte du monde. Il a réinventé le Venezuela d’aujourd’hui. Depuis, synonyme de dignité et d’espérance. A travers cette transformation politique et institutionnelle, sous l’égide d’un vaste mouvement civique et populaire, ce pays s’est imposé dans l’hémisphère américain comme un espoir certain et surtout un modèle qui invite les exploités à rêver.  Bolivie, Equateur, Brésil, Nicaragua, Honduras…tous ont réitéré « les cris de Chavez », naturellement en fonction de leurs réalités socio-culturelles respectives, à libérer les peuples du joug impérialiste. Aujourd’hui, non sans problème, un air frais souffle sur le continent. L’espoir renait. Le désespoir recule. Cela fait songer curieusement au lendemain de la révolution haïtienne de 1804, soit au mois de  janvier 1816 où Simon Bolivar et Francisco de Miranda, deux révolutionnaires sud-américains, séjournèrent à Jacmel pour recevoir l’aide inconditionnelle des dirigeants haïtiens, armes-munitions-argent-provisions et soldats aguerris pour aller libérer les autres frères qui végétèrent dans la servitude espagnole. Plus tard, soit en septembre 1892, le héros national de la révolution cubaine, Jose Martí, fut reçu en Haïti en grandes pompes au Cap-Haitien dans sa croisade révolutionnaire anti-impérialiste. Haïti a été et reste la terre de la rébellion, la terre des pèlerins révolutionnaires. Donc, la rébellion latine est d’abord haïtienne.

« Les cris de Chavez » atteignent les Caraïbes et sont très audibles en Haïti. Moïse Jean-Charles, sénateur de la république, symbolise cette lueur d’espoir. A travers son discours « révolution pacifique », il rallie autour d’un unique élan libérateur les couches moyennes progressistes décapitalisées et les masses populaires appauvries pour la transformation d’Haïti.

La particularité de la révolution pacifique, c’est qu’elle protège et conserve des vies humaines. Elle épargne des dégâts matériels illimités. Elle permet aux gens de rester dans les limites de la raison humaine. Elle réaffirme le slogan « vox populi vox dei (la voix du peuple, c’est la voix de Dieu) ». Elle renforce les milieux populaires et garantissent leurs participations dans les grandes décisions étatiques, longtemps réservées aux riches et à leurs valets. Elle s’engage dans un processus de revanche de l’histoire. Elle dynamite les préjugés et ostracisme que cultive le capitalisme. Elle rapproche et élève l’homme sans exclusion à un niveau où il est possible de réinventer l’histoire sans la falsifier. La base profonde de la révolution pacifique est le règne de la morale humaine.

De nos jours, le candidat à la présidence prône une révolution pacifique pour l’organisation de la société haïtienne, inspirée des ultimes idéaux de Jean Jacques Dessalines.

Cette révolution pacifique indispensable va permettre une mobilisation de tous les fils et filles du pays autour de cet idéal de transformer la nation haïtienne sur le plan économique, social, politique et culturel. Cette mobilisation générale prendra naissance à partir d’une prise de conscience due de  l’état actuel du pays. Elle est l’âme d’un grand mouvement national haïtien profond sans exclusion, mais avec une préférence manifeste pour les masses populaires, victimes des 200 ans d’exaction  des élites contre elles. Pour cela, il est tout à fait logique à ce que les masses soient socialement bénéficiaires des dividendes de la nouvelle vision nationale, à travers toute une série de programmes appropriés.

Cette révolution pacifique  renforce l’unité nationale parce qu’elle est exclusivement haïtienne. C’est le grand retour à nous-mêmes, un choix que le pays attend depuis 1820, près de 200 ans. Cela marquera aussi l’échec des tuteurs étrangers dans le pays qui ne cessent de dicter aux peuples haïtiens leurs façons de vivre. Le bilan désastreux est là.

Arnold H Glasow a écrit []: « L’un des tests de leadership est la capacité à identifier un problème avant qu’il ne devienne une urgence ». L’histoire accordera cette dernière chance aux élites haïtiennes pour qu’elles se ressaisissent finalement et remplissent leurs missions historiques « d’avant-garde »  pour répéter Jean P. Mars. Le concept susmentionné profitera énormément à la « bourgeoise » revendeuse, car il lui accordera un laps de temps pour réfléchir, se regarder dans un miroir, jusqu’à questionner ses bêtises humaines pour embrasser enfin la rationalité économique pro-nationaliste adoptée par toutes les autres élites économiques du monde ne voulant pas être balayées par une révolution qui n’est pas pacifique. La Russie actuelle en constitue un exemple des plus probants.

A travers la révolution pacifique, c’est la rédemption en action. C’est pourquoi, elle dépasse les limites d’un leader ou d’une organisation politique. Elle est un mouvement national. Dont l’objectif est le bien-être de l’homme haïtien dans son indivisibilité et sa diversité. C’est la domination de l’idéal dessalinien dans toute sa globalité et particularité. La réincarnation de l’état d’esprit de la génération de 1804 qui se veut un modèle libérateur, inspirateur et annonciateur d’un autre monde. Ce mouvement met fin au règne des minimalistes qui, pendant des décennies, s’accaparent du pouvoir politique et économique du pays, et qui constamment diminuent la portée historique de l’épopée du 1804. Jean Jacques Dessalines est le moteur de ce mouvement régénérateur de notre mission historique de peuple. Un Dessalines qui, dans la Constitution Impériale de 1805, articles 2 & 13, appela noirs et mulâtres progressistes, blancs (Polonais) combattant pour la liberté et d’autres blancs (Allemands) pratiquant un commerce juste et équitable à s’unir sous un seul parasol pour une Haïti forte, paisible, prospère. Voilà pourquoi Dessalines s’apprêtait à chasser du fort de la Crête-à-Pierrot, noirs et mulâtres, désireux de « rester esclaves », et épurait le pays de blancs exploiteurs. Cette nuance alambiquée de l’empereur fait évaporer comme de la neige au soleil les épithètes qui lui sont méchamment attribuées, telles « le sauvage », « un mangeur de blancs », «le  raciste » etc. En gros, la révolution pacifique tirée de l’idéal dessalinien  se veut une jonction de toutes les couches peu importe leur épiderme ou origine sociale afin de remettre debout cette Haïti à genoux.

Cette révolution pacifique est axée sur une nouvelle alliance entre les forces socio-politiques, représentées par Moïse Jean Charles/plateforme électorale « Pitit Dessalines », et celles économiques du pays sous l’impulsion des dirigeants de masses populaires en vue de la redéfinition des règles organisationnelles de la nation. Cela exige le constat de l’existence d’un groupe social majoritaire qui, par rendez-vous historique, est appelé à prendre la direction du pays pour une distribution équitable des richesses nationales, un aspect sur lequel Dessalines insista tant, d’ailleurs.

Souhaitions que les élites nationales soient à la hauteur de leur mission historique de garantir le meilleur à la nation. Les exemples de septembre 1991 et de février 2004 laissent un gout amer sur les lèvres. La manipulation de l’élite intellectuelle à défendre des objectifs contraires à leur origine de classe est toujours vivante dans les esprits. Car, le succès d’un tel mouvement dépend essentiellement de cette solidarité sociologique d’éléments nés dans la crasse ayant accédé au savoir. Le morcellement du paysage politique par l’ambassade américaine constitue un obstacle qu’il faut dépasser. Moïse J. Charles s’impose comme le seul leader jouissant d’une couverture nationale et d’une reconnaissance internationale, d’où la nécessité d’un grand ralliement autour de lui et les idées communes dont il est porteur.

Que chacun contribue à faire de Moise Jean Charles le nouveau président d’Haïti pour mettre en branle le processus de la révolution pacifique. Il nous faut une solidarité sociologique, la compréhension internationale et surtout une forte participation populaire capable de résister aux assauts des adversaires traditionnels du peuple haïtien. Que l’année 2016 soit le début de « La saison des hommes » en Haïti.

 Joel Leon

 



Articles Par : Joël Léon

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]