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ÉLECTIONS QUÉBEC: Campagne électorale 2014. un retour à la réalité avant le vote
Par Prof. Jules Dufour
Mondialisation.ca, 07 avril 2014

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Chaque jour est devenu un cauchemar. Qu’est-ce qui se passe au Québec? Avons-nous perdu la tête? On nous propose de confier la gouvernance du Québec au monde des affaires, le Québec étant devenu une corporation à but lucratif nous nous dirigeons vers un État minimal sacrifié aux règles de l’austérité pour la majorité, tandis que les plus riches seront de plus en riches. Les barbituriques ont fait leur effet et les électeurs sont maintenant dans un état somnolent prêts à voter pour n’importe quoi. Quelle tristesse! À moins qu’un réveil soit encore possible….

LES PARTIS POLITIQUES

Les vieux partis se comportent comme si le Québec leur appartenait et ils ne cessent de répéter qu’ils n’existent que pour servir le Québec. Leurs déclarations et leurs engagements ne permettent pas de s’attaquer aux problèmes structurels qui affligent la société et son économie: une dépendance accrue vis-à-vis du grand capital et un asservissement notoire aux valeurs de l’American way of life. Tout au plus, les vieux partis font la promotion de mesures cosmétiques qui confortent la prépondérance du capital sur les communautés humaines. Cette réalité n’est jamais évoquée dans les débats publics, car on aurait peur de heurter l’establishment.

PLQ. Ce parti des temps anciens, sans cesse à la recherche d’une meilleure image, a exercé le pouvoir entre 2003 et 2012. Une éternité en politique qui a laissé des traces profondes dans l’inconscient des citoyens voire des doutes sur son intégrité et sur sa capacité à gouverner de façon démocratique. Qu’est-ce qui justifierait son retour au pouvoir? Rien du moins qui puisse nous convaincre qu’il agira autrement. Alors vaut mieux s’abstenir…

Que penser aujourd’hui du PQ? Ses promesses ont inondé nos espoirs d’un autre pays pendant maintenant des décennies. Il s’est peu à peu métamorphosé pour devenir un parti acquis aux mythes de la croissance à tout prix. Le PQ, à nos yeux, n’a jamais été vraiment progressiste. Sa vision et ses politiques, au cours des années, ont été marquées par les règles du néolibéralisme. Ses chefs, les uns après les autres, ont été associés au monde des affaires, de la finance et de ceux qui le servent. Il a par contre bien manoeuvré pour se donner une image de bon samaritain aux intentions tournées vers les classes sociales les plus démunies. Au cours des dernières années il s’est carrément stationné à droite de l’échiquier politique. Il n’y a plus aucun doute que son comportement révèle une grande soumission vis-à-vis du pouvoir et des exigences des mieux nantis. Il faut sans cesse nous rappeler ces éléments de son histoire pour saisir le sens de ses déclarations et de ses positions dans les domaines politique, économique et social.

Quelques mots sur la CAQ. Ce parti politique d’un seul homme n’a pas sa raison d’être au Québec. Avec ses politiques d’austérité appliquées avec le balais et ses préjugés vis-à-vis des syndicats cherchant à les démoniser ce parti devrait se retirer du concert des futilités qui ont marqué jusqu’à maintenant la campagne électorale et se saborder et ce pour le grand soulagement de nos esprits et pour notre bien-être collectif.

QUÉBEC SOLIDAIRE

QS est le seul parti qui propose de changer les fondements de la société. Cesser de développer un monde de compétition tel que promu par le système capitaliste ultralibéral et enfin opter pour la coopération, la justice sociale et la solidarité, bref appliquer un mode de gouvernance propre à mieux redistribuer la richesse collective, exploiter les ressources naturelles en respectant l’esprit du concept du développement durable et améliorer la santé des écosystèmes

ÉVASION FISCALE

Deux réalités concernant ce stratagème auquel ont recours les mieux nantis. L’évasion fiscale a pour objectif d’accumuler plus d’argent en se soustrayant aux obligations imposées par le régime fiscal du pays dans lequel on réside de façon permanente. Le fait de s’inscrire dans un paradis fiscal illustre cette intention délibérée.

La recherche de justificatifs pour rendre légal cet agir ne change rien. Elle permet seulement d’en comprendre l’ampleur et de mesurer le sentiment de culpabilité éprouvé par ceux et celles qui la pratiquent.

LES DÉBATS DES CHEFS

J’ai un doute sur l’opportunité de tenir des débats avec les chefs de partis durant les campagnes électorales. Y a-t-il vraiment matière à débattre? Les partis de droite ont fondamentalement la même vision et des programmes sensiblement similaires. Ils veulent assumer la gouvernance du Québec selon les paradigmes du néolibéralisme et de la recherche de l’État minimal laissant le champ libre à l’entreprise privée. Ils ont une grand soif du pouvoir leur permettant ainsi de servir les intérêts de ceux et celles qui les supportent et, en particulier, les grandes entreprises et le capital transnational.

Il y aurait matière à débat si l’on pouvait confronter de façon équilibrée la vision de la droite avec celle de la gauche, ce qui semble écarté par les organisateurs qui favorisent une marginalisation de la pensée progressiste. C’est dommage car les électeurs ne peuvent avoir accès à tout le corpus de la pensée alternative du développement.

APRÈS LE VOTE DE LUNDI RIEN NE CHANGERA SI L’ON CONFIE LE POUVOIR AUX MIEUX NANTIS

Peu importe le parti (PLQ, PQ et CAQ) qui gagnera les élections le 7 avril prochain nous pouvons penser que rien ne changera fondamentalement au Québec. La même ruée vers le capital accentuée par des incitatifs trompeurs à la consommation de produits inutiles, les promesses définies à la baisse afin de laisser le citoyen sur sa faim ou le maintenir dans un état de survie et la tendance accrue de faire exploiter nos ressources naturelles par les investisseurs étrangers en provenance de l’Union européenne ou des États-Unis.

Les changements qui se produiront serviront à favoriser, je ne cesse de le répéter, la plateforme d’intervention des possédants et des plus riches, ceux-ci étant de plus en plus glorifiés et gratifiés par l’élite économique et politique. C’est le mode de vie du capitalisme ultralibéral triomphant qui continuera d’occuper les esprits et le quotidien des citoyens-consommateurs.

Jules Dufour

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