En plein cœur de l’été 2019 en Syrie. L’embargo et les sanctions occidentales empêchent la reconstruction du pays et le redressement économique.

Il reste des foyers de grande tension comme la province d’Idleb et le nord-est du pays

En juillet, il fait d’habitude très chaud à Alep. C’est le mois où beaucoup de jeunes participaient à des camps en dehors de la ville. Il y avait tous les jours des départs de groupes de campeurs vers les lieux d’estivage. Certains allaient à la montagne comme à Kessab, d’autres à Marmarita ou à Machta el Helou dans la vallée des chrétiens. Ceux qui connaissent ces régions de la Syrie savent qu’on y trouve souvent des enfants et des jeunes qui parcourent les routes des villages, les unsen promenade et d’autres en camp volant. Cet été, et depuis deux ans, ces routes, désertées pendant au moins 5 ans à cause de la guerre, ont vu les jeunes revenir et en nombre. Il reste d’autres lieux qui leur sont toujours interdits : Les villages chrétiens de la province d’Idleb comme Knayeh, Yacoubieh et Ghassanieh où il ne reste qu’une petite, toute petite communauté de chrétiens.

Quoiqu’une bonne partie du pays ait été libérée, et que les médias ne parlent que de temps en temps de la Syrie, il reste quand même des foyers de grande tension comme la province d’Idleb et le nord-est du pays.

L’armée syrienne est en train de mener des combats pour libérer Idleb, province tenue par le front al Nosra. Peut-on espérer qu’un jour prochain toutes ces régions puissent être libérées ? Nous le souhaitons ainsi que le retour à la souveraineté nationale de tous les territoires occupés.

Entre temps, nous subissons les conséquences d’un embargo et des sanctions occidentales qui empêchent la reconstruction du pays et le redressement économique. Les Syriens s’appauvrissent. Le pouvoir d’achat ne cesse de diminuer.

Je pense à cet homme âgé de plus de 75 ans, ancien élève des Maristes, qui se retrouve sans aucune ressource économique :

« Les quelques économies quej’avais réalisées sont épuisées. Il ne me reste plus rien. Je n’étais pas pauvre. Je gagnais ma vie. J’ai élevé ma famille dans des conditions moyennes mais dignes.Aujourd’hui, je suis pauvre ! ».

Pauvre… Pauvreté… Misère… Ne pas manger à sa faim…Ne pas trouver un travail… La population, qui a souffert des atrocités de la guerre, continue à payer très fort le prix d’avoir résisté et d’avoir accepté de rester. En écoutant les gens, plusieurs croient qu’ils ont fait le mauvais choix de ne pas quitter surtout, quand des parents ou des amis, qui ont émigré et réussi à s’adapter dans les pays d’émigration, leur décrivent leur situation.

Et ce n’est pas fini : à l’horizon pointe inlassablement cette angoisse d’une possible guerre qui pourrait enflammer toute la région du Moyen Orient.

Certains quartiers d’Alep continuent à être la cible d’obus qui font, souvent, des victimes civiles. Et malgré cela, Alep veut renaitre de ses cendres. Ses habitants font tout leur possible pour sortir de leur misère, pour « Choisir la vie ». Ce n’est pas toujours facile. Nous rencontrons souvent des mères de familles veuves, divorcées ou qui n’ont aucune nouvelle de leur mari disparu. Elles ont 3 ou 4 enfants. La guerre est passée dans leur foyer. Elle ne les a pas uniquement obligées à se déplacer tant de fois et à vivre dans des quartiers qu’elles neconnaissaient pas, avec des gens qui ne sont pas des leur mais elle les a aussi obligées à vivre dans la plus grande misère. Je ne veux pas dresser une liste noire des drames vécus mais c’est une réalité terrible.

Se promener dans certaines rues d’Alep, voir les gens fumer un narguilé dans un café, observer les apparences d’une vie normale… Tout cela est réel. Même une ruelle des souks d’Alep a été complètement restaurée. Elle fait peau neuve touten gardant le style ancien…Mais il reste beaucoup à faire, surtout refairel’homme, refaire la communauté, refaire l’appartenance et la citoyenneté. Il reste à éduquer aux valeurs : s’ouvrir à l’autre, diffèrent, et le respecter, résoudre pacifiquement les différences, et se déplacer vers le plus démuni…

Il y a deux mois, le programme « Pueblo de Dios » de la télévision espagnole a présenté en deux temps l’action et la mission des Maristes Bleus. L’équipe de la télévision avait passé une semaine parmi nous. La première émission avait pour titre « Les Héros du silence ».

Sommes-nous vraiment des « Héros » ? De quel silence s’agit-il ?

Presque 3 ans après la fin des combats dans la ville d’Alep, notre mission est deplus en plus actuelle. Etre au service de la population surtout des personnes les plus vulnérables.

Nous continuons à être au secours des déplacés. Nous payons les loyersd’appartements de centaines de familles qui n’ont pas pu regagner leur domicile.

Nous aidons dans la mesure de nos moyens à soigner gratuitement, dans les meilleurs hôpitaux de la ville, les plus démunis.

Notre centre d’éducation pour adultes, le MIT, continue à organiser des sessions de formation, d’apprentissage et de support psychologique.

Afin de créer des opportunités de travail et d’encourager les jeunes à rester au pays, le programme Micro-Projets continue à assurer une formation à des dizaines de jeunes sur « Comment lancer son propre micro-projet » et à soutenir financièrement les micro-projets que notre jury sélectionne.

L’année scolaire des projets éducatifs des enfants de 3 à 7 ans (Apprendre A Grandir et Je Veux Apprendre) est terminée et des activités d’été ont été organisées durant les mois de juin et juillet. Les inscriptions pour l’année prochaine annoncent une demande grandissante à laquelle nous ne pouvons toujours pas satisfaire, vu l’espace réduit que nous avons.

Nous continuons à animer le camp de déplacés « SHAHBA » à 25 kilomètresd’Alep. Nous y allons plusieurs fois par semaine pour prendre en chargel’éducation et l’instruction des enfants et des adolescents, l’accompagnement desmamans et la distribution de denrées alimentaires et de produits d’hygiène. Récemment, nous avons démarré un programme médical avec la visite régulièred’un gynécologue et d’un interniste et la fourniture gratuite des médicaments nécessaires.

Les jeunes déplacés du camp ont suivi durant 5 mois des sessions de formation professionnelle (maquillage et couture pour les jeunes filles, peinture en bâtiments et coiffure pour les jeunes hommes). Les participants ont ensuite reçu une attestation de présence et un outil de travail correspondant au métier appris. Nous espérons pouvoir continuer à former les jeunes à des métiers d’avenir.

Notre bibliothèque ambulante pour le camp s’enrichit de plus en plus de livres delecture. Nous encourageons tous les enfants, même s’ils ne savent pas lire, àemprunter des livres. Le livre devient un ami, une source d’inspiration et d’imagination, une occasion pour apprendre plus vite. Les responsables profitentde l’écran installé dans la bibliothèque pour faire des activités éducatives en projetant des films ou en proposant des jeux de culture générale.

A l’occasion de la fin du Ramadan, nous avons organisé, au camp, une grande fête pour les familles déplacées, une Kermesse pour les enfants et une distribution de vêtements neufs pour tout le monde

Heartmade, pour le recyclage de tissus et de vêtements, va faire peau neuve. Un nouveau magasin a été loué. Il se situe dans une rue plus commerciale. Les travaux de décor seront terminés prochainement et nous espérons fairel’ouverture autour du 15 août.

L’équipe de Seeds prépare un nouveau plan d’action pour l’année prochaine. Nous allons élargir l’espace de notre tente pour accueillir d’autres enfants etjeunes pour un soutien psychologique de plus en plus perfectionné.

Plusieurs amis sont venus passer un grand temps avec nous. Ils ont participé àplein d’activités éducatives : Soumaya Hallak pour la musique, Diane Antakli des Baroudeurs de l’Espoir pour le sport et Veronica Hurtubia pour une 2eme session de formation à la résilience.

Les réunions de formation et de développement de la femme se déroulent avec beaucoup de succès. Les femmes du projet « Coupe et couture » ont terminé la 7eme session d’apprentissage. Elles en sont très satisfaites.

« Goutte de lait » continue à être au service de 3000 enfants qui reçoivent régulièrement leur ration mensuelle de lait.

Cet été, et pour une première, nous organisons un séjour d’une semaine au Liban pour toute notre équipe de bénévoles Maristes Bleus. En effet, Les frèresMaristes ont une maison d’estivage à Faraya (Liban). Nous y serons du 5 au 12 août. Ce sera un temps de convivialité et de repos … Un temps de spiritualité et de découverte du Liban et, pour certains, un temps de retrouver des parents qu’ils n’ont pas pu voir depuis des années.

Pour terminer, je partage avec vous ce texte de jean d’Ormesson dans son livre« Un hosanna sans fin ».

« Les chrétiens n’ont pas le droit de se plaindre – d’ailleurs, ils ne se plaignent pas. Non seulement il ne peut pas leur être interdit de croire en un Dieu créateur du ciel et de la terre, mais ils ont la chance d’avoir pour modèle, sous leurs yeux, un personnage à qui l’existence et la place dans notre histoire ne peuvent pas être contestées : Jésus.

Lui au moins, il est permis de l’admirer et de l’aimer sans se poser trop dequestion sur sa réalité. Si quelqu’un a laissé une trace éclatante dans l’esprit deshommes, c’est bien le Christ Jésus. »

Bonnes vacances. Remplissons nos poumons de la création…

Fr. Georges Sabe
Pour les Maristes Bleus

Le 25 juillet 2019

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=59252



Articles Par : Fr Georges Sabe

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