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Est-ce que la Russie réalise des actes de provocation contre les alliés de l’Otan?
Par Philippe Rosenthal
Mondialisation.ca, 17 juin 2021
Observateur continental
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Le président des Etats-Unis, Joe Biden, a signalé l’engagement renouvelé envers l’Otan après la présidence de Donald Trump durant sa visite en Europe. Il a aussi désigné la Russie comme le pays menant des agressions contre des pays de l’Otan. Pourtant, c’est bien l’Otan qui a importé ses troupes militaires à la frontière russe en ne respectant pas un accord avec la Russie.

Il est, donc, nécessaire de représenter les faits historiques et les actes d’aujourd’hui pour indiquer qui est l’agresseur et qui réalise des actes de provocations. Et, ce n’est pas la Russie.

Les Etats-Unis avait promis de ne pas dépasser la ligne Oder-Neisse. L’Otan s’est élargie à l’est en dépit des promesses faites à Gorbatchev. Le journal belge Le Vif a rappelé que «des documents récemment déclassifiés révèlent que des dirigeants occidentaux – et non des moindres, comme le président américain George H.W. Bush et le secrétaire général de l’Otan de l’époque Manfred Wörner – avaient assuré au président soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, que l’Alliance atlantique ne s’élargirait pas à l’est au-delà de l’Allemagne de l’Est après la réunification allemande d’octobre 1990».  Le secrétaire d’Etat américain de l’époque, James Baker, avait certifié dans une lettre au chancelier allemand Helmut Kohl, que l’Otan «ne bougerait pas d’un pouce» de sa position de l’époque. Le journal belge rappelle  que les Etats-Unis ont violé cet accord très rapidement: «L’élargissement de l’Otan a néanmoins eu lieu après une décision du président américain suivant, Bill Clinton, en 1994, qui a conduit à l’adhésion des pays de Visegrad (Pologne, Hongrie et la République tchèque cinq ans plus tard. La Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie ont adhéré en 2004, l’Albanie et la Croatie en 2009 et la Macédoine  en le 27 mars 2020)».

Des exercices militaires de l’Otan collés à la frontière russe. L’Otan a, de nouveau, réalisé l’exercice Defender Europe 21. L’exercice de cette année implique 26 pays, dont les Etats-Unis, et environ 28 000 forces multinationales, toutes axées sur la préparation opérationnelle et l’interopérabilité entre les alliés et les partenaires de l’Otan. «C’est de nature défensive, axé sur la dissuasion de l’agression, tout en préparant nos forces à répondre aux crises et à mener des opérations de combat à grande échelle si nécessaire», a déclaré le porte-parole du Pentagone, John F. Kirby, lors d’un briefing au Pentagone pour justifier ce déploiement militaire des soldats de l’Otan à la frontière russe. «Defender Europe est un exercice dirigé par l’armée, bien que cette année, il ait une participation significative de l’armée de l’air et de la marine», explique le site du Pentagone. En effet, des bateaux et des avions de guerre de l’Otan sont en action avec les troupes terrestres.

Des tirs d’engins de guerre ont lieu durant ces exercices. L’Otan les montre d’ailleurs sur de nombreux comptes Twitter. La 41st Field Artillery Brigade, par exemple, a réalisé des exercices avec l’armée norvégienne en juin 2021. «Les exercices d’artillerie de choc se terminent dans l’Arctique alors que l’armée américaine [41st Field Artillery Brigade] lance des roquettes en Norvège», titre Stripes le 11 juin. Auparavant des soldats de la 41e brigade d’artillerie de campagne, qui est stationnée de manière permanente en Allemagne à Grafenwoehr, ont débarqué à la fin d’avril dernier en Estonie pour mener un exercice de tir réel avec un système de roquettes à lancement multiple dans le cadre de Defender Europe 21.

L’armée français est aussi impliquée en Estonie. «En Estonie, Français et Britanniques se forment à la guerre de haute intensité», titre Ouest-France sous la plume de Philippe Chapleau. «Le bataillon binational s’entraîne en Estonie et redécouvre un type de combat conventionnel exigeant et meurtrier. Un exercice baptisé Springstorm, qui a pris fin vendredi 28 mai 2021», précise le journaliste français. Celui-ci, se faisant le relais de la propagande antirusse de l’Otan, insiste pour écrire que la menace vient de la Russie: «Ils [les soldats français et britanniques] contribuent à la sécurité de la petite république balte qu’inquiète le grand voisin russe, que les stratèges américains estiment capable d’atteindre la capitale, Tallinn, en 60 heures!».

Un autre journaliste français, Xavier Frère, a publié dans Le Progrès ce 16 juin: «En Estonie, comment l’Otan s’entraîne face à la menace russe». Cet article, retweeté par Philippe Chapleau, raconte que Joe Biden rencontre ce mercredi Vladimir Poutine à Genève, dans une atmosphère de guerre froide entre les nations occidentales et le camp russo-chinois», que «face à ces menaces grandissantes, l’Otan organise régulièrement des manœuvres militaires de « dissuasion »».  Trois cents soldats français avec douze chars Leclerc sont intégrés aux troupes britanniques et estoniennes, dans le cadre d’une manœuvre de l’Otan Springstorm. Xavier Frère explique qu’on empreinte un nom de code: Merinus, on ne l’appelle pas «Russie» tout en signalant: «En 2017, lors du premier Springstorm, l’ambassadeur russe en France relevait que les troupes terrestres françaises étaient présentes aux frontières de la Russie  »pour la première fois depuis 1812 ». C’était sous Napoléon». Xavier Frère ne manque pas de faire la promotion d’ «un petit livre bleu des services de renseignement estoniens, où dès la première page, la menace est clairement identifiée: la Russie». Dans son reportage, le journaliste français du groupe Ebra, qui possède 11 journaux, ne mentionne pas une seule fois la violation par l’Otan et les Etats-Unis de l’accord de l’Alliance atlantique quand elle déclara ne pas vouloir s’élargir à l’est au-delà de l’Allemagne de l’Est après la réunification allemande d’octobre 1990.

Philippe Rosenthal

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