Et maintenant, quittons l’Iraq tout de suite !

Encore des morts à Nassiriya. Cette fois ce n’était pas le tour des Irakiens tués chaque jour dans les bombardements et les ratissages ou de ceux qui sont enlevés et exécutés par un coup à la nuque par les escadrons de la mort ou les services secrets des puissances occupantes. Toutes des victimes sans visages et sans noms et donc inexistantes pour une opinion publique occidentale désormais anesthésiée et distraite.

Cette fois c’était le tour des militaires italiens, à nouveau. « Porta a Porta » et « La vita in diretta » (es émissions télé grand public, ndt], avec leur intérêt morbide et voyeuriste qui passionne tellement des millions de spectateurs, nous diront tout : qui ils étaient, quel était leur âge, leurs rêves, combien leurs fiancées, leurs femmes et les parents les aimaient.

Et l’Italie, envahie par la rhétorique patriotarde bipartisane qui s’apprête à célébrer la puissance de nos forces armées avec la parade militaire sur la Via dell’Impero de mémoire mussolinienne, aura de nouveaux héros, de nouveaux martyrs à sacrifier sur l’autel de la patrie. De l’autre côté, les terroristes habituels, les islamistes, les hommes de Ben Laden. A anéantir.

Nous l’avons dit depuis le début : que les premiers responsables des morts en Irak, de ceux qui tombent sous les coups des occupants et de ceux qui tombent sous les coups de la Résistance, sont les gouvernements qui ont décidé d’envoyer des milliers de soldats tuer et à se faire tuer en terre irakienne au nom du pétrole et de la supériorité de la civilisation occidentale.

En Italie, la très grande majorité de l’opinion publique, malgré la propagande belliciste, continue à vouloir la fin de la participation italienne à l’occupation de l’Irak. Mais les déclarations du probable prochain premier ministre Prodi au lendemain de sa victoire électorale serrée ne laissent pas bien augurer. Les « si » et les « mais » sont si nombreux qu’ils laissent dans l’ombre la promesse de retrait des militaires italiens de Nassiriya. « Nous le ferons seulement en accord avec le gouvernement de Bagdad » a répété plusieurs fois le chef du centre-gauche en feignant de ne pas savoir que les ministres de l’exécutif irakien sont décidés à Washington.

Un escamotage pour maintenir l’occupation en en donnant une image plus soft – et donc plus facile à justifier pour les ministres « communistes » et « pacifistes » – pourrait être celui de retirer les militaires et envoyer les carabiniers, comme si Nassiriya était Naples ou Palerme et le problème celui d’aider les Irakiens à assurer l’ordre public.

On ne parle donc même pas de laisser l’Irak et les balbutiements d’une gauche qui se définit radicale mais qui ne se bute pas sur une question, celle du retrait, où elle sait pouvoir compter sur l’opinion favorable de la majorité de l’opinion publique, font peur. Une gauche radicale qui, au contraire, n’a même pas un sursaut de dignité quand de l’ambassadeur d’un Etat violent et illégal comme Israël pleuvent des accusations de « fascisme » à ceux qui brûlent deux drapeaux.

Est-il plus grave de brûler deux drapeaux où de tuer chaque semaine des dizaines de personnes au nom d’une idéologie raciste et colonialiste comme l’idéologie sioniste? Cela vaut-il la peine de mettre au pilon sa propre dignité et ses propres valeurs au nom d’un fauteuil de plus dans le prochain gouvernement? Cela vaut-il la peine de mourir et de se faire tuer pour défendre les intérêts de l’ENI à Nassiriya?

Nous croyons que non et nous continuerons à le répéter. Le 2 juin aussi, qui, faute de preuve contraire, est la fête de la République née de la Résistance et pas la célébration des armées occupantes.

Editorial de Radio Città Aperta – Traduit de l’italien par karl&rosa



Articles Par : Nassiriya

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