Ethiopie – Somalie: L’ombre de Washington plane sur la guerre

Est-ce une bonne chose que l’Ethiopie pourchasse les tribunaux islamiques en Somalie ? Beaucoup d’Africains craignent un nouveau génocide.

L’armée éthiopienne est entrée le mois dernier en Somalie et, par ses attaques aériennes et ses fortes troupes terrestres, elle a chassé les « Tribunaux islamiques ». Sans la moindre preuve, ces tribunaux ont été accusés d’être liés à al-Qaïda. Ce qui a suffi à justifier l’invasion absolument illégale.

 En juillet 2006, soutenus par la population, les Tribunaux islamiques avaient chassé les seigneurs de guerre qui, depuis 16 ans, tenaient le pays sous leur coupe, les délogeant d’abord de la capitale Mogadiscio, puis de la majeure partie du territoire. Malgré leur idéologie, des observateurs neutres ont reconnu que, pour la première fois depuis la chute de l’ancien président somalien Siyad Barre en 1991, le calme et l’ordre régnaient.

Amina Mire, membre éminent de la diaspora somalienne, écrit : « Bien des Somaliens qui ne sont pas religieux ont vu leur sécurité améliorée sous la direction des Tribunaux islamiques. Nous voulons donner à ces tribunaux le temps nécessaire à nettoyer les rues de la violence. Après le rétablissement de l’ordre, ces tribunaux avaient pu progressivement moderniser leurs interprétations et applications des lois islamiques. Une grande partie des Somaliens qui vivent à l’étranger étaient disposés à revenir au pays une fois la paix et la sécurité rétablies. Mais, aujourd’hui, nous sommes donc retournés à cette horrible époque, quand on voyait des ados armés d’AK-47 et installés à l’arrière d’un pick-up terroriser la population. »

Le « gouvernement » somalien, ramené à Mogadiscio par les troupes éthiopiennes, est en effet composé de ces mêmes seigneurs de guerre qui, depuis des années, semaient terreur et chaos dans le pays. Une fois Mogadiscio prise, ces seigneurs de guerre ont immédiatement repris leurs anciens postes et ont réarmé leurs milices jusqu’aux dents. Durant les cinq premiers jours de janvier, le prix d’un AK-47 a doublé au marché noir, passant de 150 à 300 dollars.

En juillet 2006, soutenus par la population, les Tribunaux islamiques avaient chassé les seigneurs de guerre qui, depuis 16 ans, tenaient le pays sous leur coupe. (Photo archives).

« Bush a ouvert un nouveau front »

Etonnamment, bien des commentaires des médias étrangers montrent les Etats-Unis du doigt et mettent en garde contre les conséquences. Pendant 20 ans, Salim Lone a été haut fonctionnaire à l’ONU. En 2003, il était encore porte-parole de la mission des Nations unies en Irak. Le 26 décembre, il écrivait dans l’éminent journal américain International Herald Tribune un article intitulé Somalie : une guerre sans pitié pour le compte des USA.

« Le gouvernement Bush a ouvert un nouveau front dans le monde musulman. Avec le soutien entier et l’entraînement militaire des USA, 15.000 soldats éthiopiens ont pénétré en Somalie (…) Il est extrêmement imprudent, de la part des USA, d’avoir allumé cette guerre entre l’Éthiopie et la Somalie. Des experts indépendants, également de l’Union européenne, ont unanimement mis en garde contre le fait que cette guerre pouvait déstabiliser toute la région. Une révolte des Somaliens, qui sont plusieurs millions à vivre au Kenya et en Éthiopie, va sans aucun doute éclater, suite à cela. »

Dans une analyse détaillée de la situation dans la Corne de l’Afrique, Mohamed Hassan 1 , ancien diplomate éthiopien, décrit comment le gouvernement éthiopien, complètement dominé par une minorité originaire de la province du Tigré, est isolé en Éthiopie même. Lors des élections de mai 2005, le parti gouvernemental avait perdu les élections, mais, bien vite, les résultats avaient été « revus » à l’avantage du parti de Zenawi Meles et les dirigeants des partis victorieux avaient été arrêtés.

Depuis, la résistance n’a cessé de s’accroître en Éthiopie. « Mais cela arrange les USA. Car, de cette façon, ils ont un régime fantoche qui dépend complètement d’eux. L’État éthiopien est de plus en plus dirigé directement par la CIA. »

1. L’analyse de Mohamed Hassan est disponible sur le site en anglais du PTB (www.wpb.be).

ptb.be, 10 janvier 2007.



Articles Par : Tony Busselen

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