Face à l’injustice: la jeunesse corse en état de légitime révolte

Photo U Ribombu

Jeudi 2 avril 2009

Mais que faisait un enfant de 14 ans en première ligne d’une manifestation ? Largement véhiculée par les tenants du « y’a pas d’fumée sans feu », cette interrogation mérite néanmoins d’être clairement posée.

Il n’est en effet pas acceptable que face au contexte répressif que connaît la Corse au quotidien, des adolescents se retrouvent seuls à descendre dans la rue pour que cesse cette situation.

La jeunesse corse a massivement compris que ce que dénoncent les indépendantistes à longueur de temps n’est pas une vue de l’esprit : interpellations quotidiennes de Corses régulièrement relâchés sans l’ombre d’une charge ; procès de militants pour avoir foulé leur terre à Purtivechju afin de dénoncer les effets dévastateurs du PADDUC ; prises d’ADN systématisées y compris sur des enfants de 13 ans ; convocation d’un village entier personnes âgées comprises pour une « dictée » indigne dans le cadre d’une enquête policière ; interpellations sur un campus universitaire pour de prétendus « actes terroristes en préparation » ; violences quotidiennes de la police dite antiterroriste à l’encontre de femmes, d’enfants, de personnes âgées ; incarcération de prisonniers politiques par dizaines hors de Corse ; justice d’exception ; condamnation à la prison à vie assortie d’une peine de sûreté de 22 ans sans l’ombre d’une preuve :

Effectivement que faisaient donc tous seuls ces adolescents dans les rues de Corse pour dénoncer cet état de fait ?

Ces jeunes Corses étaient en état de légitime révolte face à l’injustice faite à leur peuple. La perception de l’injustice ne connaît pas de limites, ni d’âge, ni de frontières. Nier leur capacité à comprendre qu’ils grandissent dans un pays où les libertés sont en danger, aux quotidiens mises en échec ; nier leur droit à s’auto organiser, à manifester pour exprimer leur révolte c’est leur faire offense.

Comme l’a fort justement rappelé Denis Luciani au nom de l’Associu di i Parenti Corsi, on ne peut pas en appeler en permanence à la construction du citoyen par le biais de l’Ecole de la République, en effectuant des lectures de lettres de Guy Moquet, en organisant des concours sur le thème de la résistance et condamner les mêmes élèves lorsqu’ils font acte de citoyenneté active… Sauf à comprendre que l’Ecole laïque et républicaine n’a pour but que de formater notre jeunesse dans le moule uniformisant des valeurs réactionnaires, limite fascisante, des Jacobins de 1789.

Jolie camouflet qu’a adressé notre jeunesse aux nostalgiques du Comité de Salut Public réhabilité à la sauce moderne en Cour d’Assises Spéciale. Ceux-là même qui crient à la manipulation des jeunes par les indépendantistes et qui jouent à longueur d’année aux grands marionnettistes dans le cadre scolaire.

Les militants indépendantistes de Corsica Libara étaient dans les rues de Bastia avec la jeunesse corse au lendemain de la tentative d’assassinat perpétrée par les Gardes mobiles à l’encontre de Xavier Orsini, un collégien de 14 ans. Non pas pour récupérer ce mouvement, non pas pour en manipuler les auteurs comme le suggèrent volontiers, préfets, recteurs et autres prétendus démocrates bleu-blanc-rouge, mais simplement pour faire face à leurs responsabilités de Corses, d’adultes. Pour éviter de nouveaux drames, pour ne pas laisser des adolescents en première ligne face à l’injustice qu’ils dénoncent légitimement.

Tous ceux qui, à raison, ne souhaitent plus voir la jeunesse de ce pays livrée à elle-même pour faire face à l’affront permanent fait à notre peuple, ont le devoir d’assumer leur statut d’adulte responsable en exigeant que cessent les causes qui ont amenées collégiens et lycéens à descendre battre le pavé par centaines.

Ils nous ont ouvert la voie, aux forces vives de la Nation de leur emboîter le pas, de ne pas les décevoir.

Petru Antone Tomasi

Qui manipule qui ?

Depuis le début du mouvement lycéen né aux lendemains du verdict inique prononcé à l’encontre d’Yvan Colonna, les accusations de manipulation vont bon train à l’encontre des indépendantistes, accusés de vouloir récupérer à leur profit cet élan de révolte spontané. Ces allégations prêteraient à sourire si elles ne provenaient pas de gens qui cautionnent politiquement les professionnels du formatage intellectuel.

Voici ce que disait Jérôme Rivière, député UMP des Bouches-du-Rhône, au moment de la décision prise par l’Assemblée Nationale de rendre obligatoire la Marseillaise dès l’école primaire : « Les paroles de ce chant sont guerrières, mais je ne crois pas que les enfants du primaire seront traumatisés. Ils voient des choses beaucoup plus violentes à la télévision. Il ne faut pas attendre le collège pour étudier La Marseillaise. L’adhésion à l’idée de la République commence quand on est tout jeune. Dans le primaire, les élèves n’ont pas encore de convictions bien affirmées. »

Affligeant. Qui manipule nos enfants ?

[Nouvelles photos] Reportage photos à Bastia

LA VIDEO QUI ACCUSE !

© U Ribombu Internaziunale — 2009

Publié sur Palestine Solidarité.



Articles Par : Petru Antone Tomasi

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