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Faut-il s’attendre à une troisième guerre du Karabakh en Transcaucasie?
Par Alexandre Lemoine
Mondialisation.ca, 18 novembre 2021
Observateur continental
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L’Azerbaïdjan et l’Arménie ont relancé les activités militaires à la frontière. Un conflit a éclaté sur la ligne de démarcation sur le territoire des régions de Kelbajar et de Latchin transmis à Bakou après le conflit au Haut-Karabakh.

Bakou accuse Erevan de volonté d’améliorer sa posture en prenant des hauteurs et des positions plus avantageuses dans les régions de Kelbajar et de Latchin de la frontière nationale. Erevan insiste sur le fait que c’est Bakou qui a commencé des combats locaux à la frontière en utilisant des roquettes.

Selon le Parquet arménien, « le 14 novembre, un groupe de militaires azéris armés a traversé la frontière nationale arménienne en direction de la ville de Sisian, région de Syunik, a progressé sur 1-2 km, a approché de quatre postes de combat de l’armée arménienne et a menacé d’utiliser la force ».

L’autorité a noté qu’une affaire pénale avait été ouverte pour « franchissement illégal de la frontière nationale par un groupe de personnes avec préméditation, soit par un groupe organisé, soit avec violence ou la menace d’en faire usage » et pour « actes visant à enfreindre l’intégrité territoriale ». Suite à cette situation, comme l’a déclaré Armen Grigorian, secrétaire du Conseil de sécurité d’Arménie, le pays a déjà demandé à la Russie son aide pour défendre son intégrité territoriale. Il a noté que « c’est un appel oral qui aura une procédure écrite ». À la question de savoir quelle aide attend l’Arménie, le responsable a répondu: si possible, régler cette crise par les négociations, sinon « apporter à l’Arménie une aide militaire suffisante pour que l’Arménie puisse dénouer cette situation ».

Les litiges territoriaux entre les deux pays sont apriori irréconciliables. Le conflit de septembre au Haut-Karabakh a montré qu’aucun des belligérants n’accepterait l’état de choses actuel. Erevan attendra sa revanche, Bakou espérera approfondir son succès. La seule possibilité d’éviter une escalade militaire est la démarcation de la frontière sous la surveillance d’un tiers. En l’occurrence, de la Russie. La Russie est un allié de l’Arménie dans le cadre de l’Organisation du traité de sécurité collective ainsi qu’un partenaire de l’Azerbaïdjan.

Mais il existe un facteur aggravant, c’est le rôle de la Turquie. Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar ne cache pas qu’Ankara soutient Bakou.

« Les forces armées turques continuent de soutenir l’armée azérie dans la modernisation et l’activité d’entraînement ainsi que la recherche et la neutralisation de mines (engins explosifs artisanaux) dans les régions libérées de l’occupation arménienne », a déclaré Hulusi Akar.

Il est à supposer que l’aide apportée à Bakou est bien plus large. L’Azerbaïdjan est économiquement bien plus prospère que l’Arménie. L’achat d’armements de pointe turcs a permis au pays de renverser le cours de la confrontation depuis des années au Karabakh et à reprendre les territoires considérés comme azéris sous son contrôle. Tout cela pourrait pousser Bakou à régler ses problèmes territoriaux par la force.

Alexandre Lemoine

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