Fidel Castro, Cuba et les États-Unis (extrait n° 3)

Salim Lamrani : M. le Président, depuis le 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont déclaré la « guerre contre le terrorisme ». Quelle est la position de Cuba par rapport à cette nouvelle doctrine de « guerre permanente » établie par l’administration Bush ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Nous vivons dans un monde complexe. Il est fort possible que nous soyons à l’aube d’un conflit militaire mondial conçu en termes d’un supposé affrontement contre le terrorisme.

Cependant, sur ce thème, nous faisons face à une situation assez ironique. Comme l’a expliqué le congressiste McGovern, Cuba apparaît sans aucune justification sur la liste des Etats terroristes du Département d’Etat des Etats-Unis. Tant que Cuba fera partie de cette liste, il ne sera guère possible d’établir un minimum de normalité dans les relations entre nos deux pays.

Par ailleurs, Cuba a essayé pendant de nombreuses années de mettre en place une coopération avec les Etats-Unis pour combattre le terrorisme. La réaction étasunienne a toujours été de refuser tout dialogue ou accord bilatéral sur cette question, malgré le fait que Cuba ait été l’objet d’attentats terroristes organisés depuis le territoire nord-américain.

Salim Lamrani : Cuba a longtemps dénoncé le terrorisme qui a frappé aussi bien des objectifs économiques que la population.

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Pas très loin d’ici [du siège de l’Assemblée nationale], une bombe a explosé à l’hôtel Capri. Dans l’édition du New York Times du 12 juillet 1998, Luis Posada Carriles explique en première page, dans une interview, qu’il a organisé ces attentats et que le tout a été financé par la FNCA.

Il s’y vante de pouvoir fréquemment entrer et sortir du territoire étasunien sans être dérangé par les autorités.

Le cas des cinq prisonniers politiques cubains

 Salim Lamrani : Le gouvernement cubain n’a-t-il jamais essayé d’alerter les autorités étasuniennes sur ces actes terroristes ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Peu après cette interview, une réunion à La Havane entre des hauts fonctionnaires du FBI et les autorités cubaines a eu lieu. Lors de cette rencontre, on a remis au FBI des documents, des informations, des données et les dossiers de 64 individus qui sont des terroristes en activité et qui résident dans la ville de Miami.

Le FBI a promis d’ouvrir une enquête sur ces personnes, mais il n’y a jamais eu de réponse. Du moins, la réponse a été autre.

Salim Lamrani : C’est-à-dire ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : En septembre 1998, cinq Cubains furent arrêtés à Miami et accusés d’être des agents du gouvernement de Cuba, ou plutôt de ne pas s’être inscrits comme tels.

On les a présentés comme étant des personnes impliquées dans des supposées activités d’espionnage ou, plutôt, dans une conspiration en vue de pratiquer l’espionnage, ainsi que d’autres charges.

Salim Lamrani : Evoquons ce cas particulier en détail.

Ricardo Alarcón de Quesada : Le 17 juin 1998, nous avons remis au FBI un mémorandum sur les actions terroristes commises contre Cuba à partir de Miami.

Permettez-moi de citer le gouvernement des Etats-Unis lui-même : « En juin 1998, suite à une série d’attentas et de menaces d’attaques à la bombe contre des citoyens cubains, une équipe du FBI s’est réunie à La Havane avec les autorités cubaines. Les discussions se sont centrées sur les accusations selon lesquelles des résidents étasuniens auraient participé à une conspiration terroriste relative à des attentats à la bombe. A cette époque, les autorités cubaines et le FBI ont échangé des preuves qui devaient être analysées à Washington DC ».

Voilà l’exacte déclaration des autorités étasuniennes.

Salim Lamrani : Que s’est-il passé ensuite ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Au lieu de procéder à l’arrestation des personnes impliquées dans le terrorisme international contre Cuba et de les mettre hors d’état de nuire, le FBI a eu un comportement pour le mois étrange.

Le samedi 12 septembre, très tôt le matin, il a informé les congressistes Ileana Ros Lehtinen et Lincoln Díaz Balart, deux personnes liées à la mafia terroriste cubaine de Miami, qu’il venait d’arrêter cinq supposés espions résidant en Floride. Bien que la délégation du Congrès de Floride soit composée de 25 personnes, aucun autre membre n’a été averti d’avance par les enquêteurs.

Malgré le fait que les congressistes mentionnés n’occupent pas de poste en rapport avec la sécurité ou l’intelligence, ils ont eu le privilège d’être informés en priorité. Il y avait une raison et un objectif à cela : déclencher une campagne médiatique afin de stigmatiser immédiatement les accusés.

Pour vous faire une idée des intérêts que défendent Ros Lehtinen et Díaz Balart, sachez tout simplement qu’un immense portrait de Fulgencio Batista orne le bureau de Lincoln Díaz Barlart. Ces personnes représentent la frange la plus récalcitrante de l’extrême droite cubaine des Etats-Unis.

Salim Lamrani : Qui sont exactement ces cinq Cubains ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Ils s’appellent Gerardo Hernández Nordelo, Ramón Labañino Salazar, Fernando González Llort, Antonio Guerrero Rodríguez et René González Sehweret. Ils travaillaient et vivaient aux Etats-Unis depuis de nombreuses années.

Gerardo Hernández avait 33 ans, et il est diplômé de l’Ecole de Diplomatie de Cuba.

Ramón Labañino avait 35 ans et avait obtenu la mention « Très bien » à son diplôme d’économie à l’Université de La Havane.

Antonio Guerrero avait 40 ans. Il est né aux Etats-Unis car ses parents travaillaient en Floride. Il est ingénieur, diplômé de l’Institut de Kiev en Ukraine. Il est également poète.

Fernando González avait également 35 ans. Il a lui aussi reçu une formation de diplomate.

Quant à René González, il avait 42 ans. Il est né à Chicago et ses parents ont longtemps travaillé aux Etats-Unis avant de retourner à Cuba. Il est pilote dans l’aviation civile, diplômé à la fois à Cuba et aux Etats-Unis. Il est également écrivain.

 

Salim Lamrani : Quand ont-ils été mis en examen, avec présentation des accusations de manière formelle ?

 Ricardo Alarcón de Quesada : Dès le début, il était évident qu’il s’agissait d’une opération à caractère politique, destinée à satisfaire le secteur le plus agressif qui a transformé le sud de la Floride en une base pour sa guerre contre Cuba.

Ainsi, le FBI a attendu quatre jours pour notifier l’accusation formelle aux accusés, ce qui constitue en soi une violation juridique.

Isolement arbitraire et illégal

Salim Lamrani : Que s’est-il passé après leur arrestation ?

 

Ricardo Alarcón de Quesada : Dès les premiers instants de leur arrestation, et jusqu’au 3 février 2002, c’est-à-dire 17 longs mois durant, ils ont été maintenus en cellule d’isolement, isolés entre eux et isolés des autres détenus. Ils ont été enfermés au « mitard », et aux Etats-Unis, cela signifie les pires conditions de détention, avec un traitement particulièrement cruel.

           

Ils se trouvaient dans une cellule sans fenêtres. Les portes étaient métalliques et ils ne pouvaient rien voir de ce qui se passait dehors. Une petite ouverture permettait aux gardes d’introduire la nourriture. Les lumières étaient allumées 24 heures par jour, si bien qu’il leur était impossible de distinguer le jour de la nuit.

C’était un endroit extrêmement étroit, et on pouvait à peine y effectuer quelques pas. Ils étaient maintenus pieds nus, avec leurs sous-vêtements et tee-shirt pour uniques vêtements. Ils n’ont eu droit à aucun livre, aucun matériel imprimé, rien. Il y avait même un panneau sur la porte où il était écrit qu’il était interdit de leur adresser la parole, ni de communiquer avec eux par écrit.

Salim Lamrani : Leur comportement avait peut-être justifié ces mesures radicales.

 

Ricardo Alarcón de Quesada : A aucun moment, ils n’ont fait preuve d’indiscipline.

Personne ne pourrait croire que dans cinq pénitenciers différents, dans cinq Etats différents, cinq Cubains aient eu une conduite justifiant un tel traitement. Le hasard n’est pas crédible.

Préface d’Ignacio Ramonet

280 pages

Editions Le Temps des Cerises

Prix : 15€ (12€ pour les associations)

Ce livre est disponible auprès :

-Le Temps des Cerises : [email protected] , 01 49 42 99 11

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de l’auteur pour dédicace : [email protected]

 



Articles Par : Salim Lamrani

A propos :

Docteur ès Etudes Ibériques et Latino-américaines de l’Université Paris IV-Sorbonne, Salim Lamrani est Maître de conférences à l’Université de La Réunion, et journaliste, spécialiste des relations entre Cuba et les Etats-Unis. Son nouvel ouvrage s’intitule Fidel Castro, héros des déshérités, Paris, Editions Estrella, 2016. Préface d’Ignacio Ramonet. Contact : [email protected] ; [email protected] Page Facebook : https://www.facebook.com/SalimLamraniOfficiel

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