Géopolitique numérique : Omnibus viis Americam pervenitur

Les routes numériques sont devenues un enjeu mondial. Les routes terrestres ont contribué à assurer la suprématie de l’Empire romain. Les routes maritimes ont été l’ossature de l’Empire britannique au XVIIIème et aux XIXème siècles. Les routes numériques ont une importance géopolitique croissante, souvent peu relevée par les géopolitologues.

Pourtant, les câbles télégraphiques du XIXème siècle étaient leurs précurseurs et leur rôle historique n’est plus à démontrer. Ces routes numériques ont une importance à différentes échelles. Quelques exemples succincts pour mieux comprendre.

La France : un petit pays, enjeu mondial

Au sein des pays, la répartition des câbles numériques est d’autant plus importante que ces pays sont vastes. Pour un pays peu étendu comme la France (métropolitaine uniquement), la densité du réseau filaire historique de téléphonie et du réseau de téléphonie mobile ainsi que le réseau câblé secondaire permettent de limiter d’éviter des inégalités numériques trop fortes. D’ailleurs, la France prévoit de s’équiper en réseaux très haut débit d’ici à 2025, y compris dans les zones les moins denses. Il faut noter que cette politique numérique de développement a une limite et un défi : l’intégration numérique au niveau régional, mondial et européen des territoires et communautés d’Outre-mer, aussi variés que Saint-Pierre et Miquelon ou la Polynésie.

Le Liban : un petit pays dont le numérique est un enjeu stratégique

Dans le contexte français, les réseaux sont un enjeu stratégique de développement. Dans d’autres circonstances, ils deviennent un enjeu de guerre et de paix. L’exemple du Liban est édifiant. Le 6 mai 2008, le gouvernement décide d’enquêter sur le réseau de télécommunications du Hezbollah qui échappe au contrôle étatique. Le mouvement chiite affirmait que ce réseau, qui comprendrait des dizaines de kilomètres de fibres optiques, faisait partie de la “résistance contre Israël”. Ceci constitue un des facteurs déclenchant de la période de guerre civile (300 morts) qui s’étendit du 8 mai 2008 aux accords de Doha, le 25 mai 2008. Depuis d’autres dizaines de kilomètres de fibres sont enfouies dans ce pays, dans le cadre de la reconstruction post guerre de 2006…

L’Iran : une puissance régionale isolée numériquement

L’Iran devrait lancer, à partir de 2010-11, un câble de télécommunications sous-marin dans le Golfe persique, selon Mohammad Baqer Zohourifar, Directeur général des infrastructures de télécommunications iraniennes. Un programme de connexion au réseau mondial de fibres déjà est en cours d’exécution. Le prochain objectif est de connecter l’Iran à la Turquie et à l’Arménie pour accéder par voie terrestre aux connexions de l’Union Européenne et de l’ancien espace soviétique. Les flux numériques deviennent de plus en plus stratégiques pour ce pays qui s’est doté de moyens d’action dans le cyberspace.

Les câbles sous-marins

Les Etats-Unis disposent d’une position dominante concernant les réseaux numériques internationaux. La quasi-totalité des câbles transatlantiques et surtout transpacifiques convergent vers les Etats-Unis. Cette position n’a aucun équivalent mondial. A l’exception notable du Canada et du Brésil, presque tous les pays américains dépendent indirectement des Etats-Unis pour sortir de la zone Amérique. La doctrine Monroe appliquée au numérique !

La Chine, le Japon et Singapour représentent les nœuds les plus stratégiques en ce qui concerne les communications transpacifiques. L’Australie est sans surprise la plaque tournante du réseau numérique de l’Océanie. L’Afrique et le Moyen-Orient « dépendent » de l’Inde, de l’Egypte, de l’Espagne et de la France, dans le transit des données numériques par câbles sous marins. En Europe le Royaume Uni constitue le point clé des départs numériques vers les Etats.-Unis. Pour parfaire le tableau, il faut noter que la Russie par sa géographie a peu de rôle dans cette géographie des câbles sous-marins mais qu’elle constitue un pont numérique terrestre, significatif et direct, entre l’Europe et l’Asie. Une alternative qui n’est pas à négliger.

Il n’y a pas ou peu de tensions géopolitiques sur les câbles sous marins car à part les trafics Europe-Asie, la plupart des autres grandes routes intercontinentales sont utilisées à moins du tiers de leur capacité (dont trois quart de ce trafic est pris par l’Internet). Il faut noter qu’en cas de conflit entre Etats, certains peuvent plus facilement que d’autres êtres isolés et s’isoler du reste du monde.

En définitive

Le passage des câbles devient un enjeu de puissance et de développement, tant le numérique irrigue notre vie. Les câbles ne suffisent pas à décrire un niveau de puissance numérique mais il faut garder à l’esprit que leurs routes sont aussi situées sur des routes maritimes, terrestres ou énergétiques stratégiques. Ils y contribuent, en indiquant un degré de pouvoir de nuisance pour ceux qui possèdent des nœuds majeurs. Elle doit être complétée par une analyse des capacités de télécommunications par satellite et de la localisation des serveurs DNS qui fera l’objet d’un prochain billet. Le rôle des Etats-Unis dans ces domaines est prépondérant. Une géopolitique des flux numériques dans le cyberespace reste sans doute à écrire, notamment dans les régions crisogènes et en développement.

Note(s) :

Voir une carte d’Equinix – Pdf

Wikipédia

Iran, numérique et géopolitique

Source : Alliancegeostrategique



Articles Par : Global Research

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