Gaza : ces crimes de guerre qui ne doivent pas rester impunis

Il s’agit de justice, pas de vengeance. En rouvrant le dossier des crimes de guerre perpétrés par Israël lors de son agression de Gaza, l’Humanité entend appuyer la requête de centaines d’associations de par le monde qui demandent qu’il n’y ait pas deux poids deux mesures et que, pour une fois, les lois internationales s’appliquent à Israël. L’actualité vient d’ailleurs souligner l’urgence d’une telle action. La Cour pénale internationale (CPI) vient en effet d’inculper le président du Soudan, alors même que ce pays n’a pas ratifié la création du CPI.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a tout simplement saisi la CPI comme cela est autorisé dans pareil cas. Israël non plus ne reconnat pas la Cour internationale. La France aurait tout à se grandir en se faisant le porte-parole, au Conseil de sécurité, de cette exigence de justice. Cette même France qui n’a pas ménagé ses efforts, en concertation avec les États-Unis, pour créer un tribunal spécial pour le Liban (TSL) chargé de juger les auteurs présumés d’attaques terroristes au pays du Cèdre.

L’offensive militaire menée contre la bande de Gaza pendant trois semaines, du 27 décembre 2008 au 18 janvier 2009, a été d’une ampleur rarement atteinte. Les dégâts humains et matériels sont considérables. Écoles (dont certaines de l’ONU) détruites, lieux religieux touchés, infrastructures publiques sciemment ciblées, utilisation de bombes au phosphore blanc et peut-être d’armes interdites… Les images sont là, les témoignages aussi. Durs, sans appel. Comme celui de Khaled Abed Rabbo, trente ans. Il se trouvait avec sa famille au rez-de-chaussée d’un immeuble du hameau d’Ezbet Abed Rabbo (au nord de Gaza) dans lequel vivaient 27 personnes. Le 7 janvier, en milieu de matinée, les Israéliens sont arrivés. Ils ont installé un poste militaire. Les chars se sont mis en position derrière des buttes de sable alors que, par haut-parleurs, ils intimaient l’ordre aux gens de sortir. « Comme nous habitions au rez-de-chaussée, nous sommes sortis les premiers, a raconté Khaled à l’Humanité. J’étais avec ma femme, nos trois filles et ma mère. J’avais un drapeau blanc. Sur le char, il y avait deux soldats. L’un mangeait des chips, l’autre du chocolat. On est resté comme ça pendant plus de cinq minutes, alignés. Personne ne nous disait rien. On ne savait pas quoi faire. Soudain un soldat est sorti du char. Il était roux et portait les papillotes des religieux. Il a tiré sur ma petite fille de deux ans, Amal. Ses intestins sont sortis de son ventre. Puis il a visé en rafale celle de sept ans, Sohad. Ma femme s’est évanouie. Il a tiré sur ma mère. » Les deux petites filles, Amal et Sohad, sont mortes. La troisième, grièvement blessée, a été évacuée vers la Belgique. Elle est tétraplégique.

Comme beaucoup, la famille Samouni a payé un lourd tribut au déchaînement israélien. Le hameau où ils vivaient (c’est une famille élargie de près de 200 membres, répartis dans plusieurs maisons qui se jouxtent dans le quartier de Zeitoun, à Gaza ville), a été investi. Plus d’une centaine de personnes ont été regroupées dans une des maisons. Salah Samouni est un des rescapés, il raconte. « Les soldats nous avaient dit d’aller dans cette maison. Nous étions enfermés et ils nous avaient laissés sans eau et sans nourriture pendant trois jours. On est alors sorti pour prendre du bois pour faire du feu et ramasser ce qu’on pouvait. C’est alors qu’ils ont fait feu. Une première bombe est tombée. Deux personnes ont été tuées. Je suis rentré dans la maison. Un deuxième obus s’est abattu, en tuant 27 au- tres. J’en ai appelé à Dieu, je croyais que j’étais mort. J’ai vu que je respirais et que je pouvais me lever. J’ai regardé autour de moi, il y avait 27 membres de ma famille qui étaient morts. Un troisième obus est tombé, cette fois dehors. Je suis sorti et j’ai vu des gens qui portaient leurs enfants, leurs parents, blessés ou morts. Je suis allé trouver les soldats israéliens et je leur ai dit : « Pour l’amour de Dieu appelez les secours. » Et ils m’ont répondu :“Va-t-en et crève”. »

Une question se pose maintenant : ces crimes vont-ils rester impunis ? De nombreuses associations se sont tournées vers la CPI, la Cour pénale internationale (lire l’entretien ci-contre). D’autres, comme la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), formulent trois demandes, ainsi que l’explique son président d’honneur, Me Patrick Baudoin. « Nous souhaitons, et nous nous adressons à l’ONU, la création d’une commission d’enquête internationale afin de recueillir des informations sur ce qui s’est passé à Gaza. D’autre part, sans nourrir beaucoup d’illusions, nous demandons au Conseil de sécurité des Nations unies de créer un tribunal spécial comme cela a été fait après l’assassinat du premier ministre libanais Rafic Hariri ou, mieux, de saisir la CPI comme cela a été fait pour le Darfour. Mais on sait que cela suppose l’accord des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et que les États-Unis et même la France ne donneront hélas ! pas leur feu vert. » Pour la FIDH, il semble plus efficace « d’utiliser le mécanisme de la compétence universelle et donc de rassembler le maximum d’éléments incriminant pour constituer des dossiers et, à travers ça, remonter les chaînes de commandements, cibler les responsables politiques et militaires israéliens et, à l’occasion de leurs déplacements dans certains pays, déposer des plaintes ». Israël le sait. Ehoud Olmert, premier ministre qui a osé prétendre qu’il pleurait lorsqu’il voyait des enfants morts, a donné le signal : « Les commandants et les soldats envoyés à Gaza doivent savoir qu’ils seront totalement protégés face à tous les tribunaux et qu’Israël les aidera. » Pour la première fois, Tel-Aviv sait qu’il peut être accusé de crimes de guerre et poursuivi. Ce qui ne donne que plus de poids aux actions entreprises. D’où la nécessité d’interpeller la représentation nationale française, la présidence de la République, le gouvernement, mais aussi chaque député pour qu’ils se déterminent dans ce combat pour la justice et le respect du droit international. « Je veux que le monde entier juge cet acte, pas moi, dit Khaled Abed Rabbo. Je demande la paix pour tout le monde. J’espère que mes enfants seront les derniers morts. Nous sommes un peuple qui aime la vie. »



Articles Par : Pierre Barbancey

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