Gaza. « Cette guerre a changé nos habitudes »

« Ce matin, c’est un peu calme par rapport à hier. Les heures de trêve ont changé : de 10 heures à 13 heures, au lieu de 13 heures à 15 heures. Il est 13 h 15, en principe, ça devrait s’arrêter, ça bombarde encore mais pas comme hier. Dimanche, les chars israéliens étaient sur la plage, ce matin (lundi), ils n’y sont plus. L’armée israélienne qui s’est approchée des quartiers de Zeïtoun et Ajlia, s’en est éloignée ce matin.

Les Israéliens font toujours de petites incursions. On dirait qu’ils testent les capacités de défense des résistants palestiniens ou qu’ils cherchent à les disperser en ouvrant de nouveaux fronts. Les maisons bordant le quartier de Zeïtoun, abandonnées par leurs propriétaires, sont occupées par l’armée israélienne. Les plus hautes sont utilisées comme site d’observation et de tir. De toute manière, même en période d’accalmie, les drones ne quittent pas le ciel de Gaza. On ne les voit pas parce qu’ils volent à haute altitude. Ils surveillent en permanence la ville.

Les F16 aussi, on ne les voit pas arriver, on ne les voit pas du tout, mais on les entend. Les seuls qu’on voit, ce sont les hélicoptères Apache. Justement, j’en vois un de ma fenêtre qui se dirige vers le sud. Il va certainement balancer un missile. Les Apache tirent surtout sur les véhicules et les combattants, mais aussi sur des civils. Quant aux F16, ils sont utilisés pour bombarder des maisons supposées abriter des gens du Hamas. Les combattants, qui disposent de faibles moyens, ne peuvent rien : ils tirent sans succès sur les hélicoptères Apache. Des communiqués du Hamas, diffusés par les radios locales, affirment avoir touché et abattu des drones ! Impossible à vérifier. Il est 14 h 45. Un bruit de sifflement. Un missile. Une explosion. Je ne sais pas où. Les bombardements (par terre, ciel et mer) viennent de reprendre. Israël concentre ses tirs sur Zeïtoun et Ajlia. Et comme d’habitude, les hôpitaux sont débordés et les secours font du mieux qu’ils peuvent pour secourir les blessés. Le chiffre de 1 000 morts va être bientôt atteint.

Les convois humanitaires en provenance (150 camions) des pays arabes et de Turquie ont pu passer par Rafah, côté égyptien. Des médecins égyptiens, jordaniens, algériens et marocains mais aussi turcs sont également arrivés et sont déjà dans la ville de Gaza. Et grâce à la Croix-Rouge internationale, des blessés palestiniens ont pu être évacués vers l’Égypte, la Jordanie, l’Algérie et le Maroc. Ce matin toujours, on a pu sortir en ville. Il y a un peu plus de choses sur le marché pour ceux qui ont encore de l’argent : les Égyptiens ont laissé transiter par le poste frontière de Karim Abou Salem, réservé aux commerçants, une trentaine de camions de produits alimentaires. Les autres, la majorité des Palestiniens, comptent sur l’aide humanitaire qui vient d’arriver. C’est toujours mieux que rien.

Cette guerre a changé nos comportements. On prend de nouvelles habitudes, les enfants surtout. Ils ont mûri avant l’âge. Ils sont moins exigeants, ne demandent plus d’argent pour s’acheter des petites choses. Ils écoutent leurs parents, ne protestent plus contre les plats qu’ils n’aiment pas, ils mangent ce qu’il y a. La première semaine, ils ne dormaient pas. Maintenant, ils dorment. Comme ils ne vont plus à l’école, ils ont plus de temps, qu’ils occupent à jouer. Du fait de la situation, le père est plus présent à la maison. C’est rassurant pour les enfants. Il y a aussi plus de solidarité entre les voisins. On s’entraide, on donne à ceux qui manquent de tel ou tel produit alimentaire. On ne laisse pas tomber ceux qui manquent de tout. Cette guerre est en train de resserrer comme jamais les liens entre les Palestiniens.

Israël dit qu’il respecte le droit international mais la question est de savoir pourquoi son armée tire sur les civils. Grâce à leurs moyens, leurs informateurs (il y en a certainement), les Israéliens sont parfaitement informés : ils savaient où se trouvaient les chefs du Hamas. Ils ne veulent pas les liquider. À mon avis, Israël veut contraindre le Hamas à accepter un cessez-le-feu humiliant, il veut l’humilier non l’anéantir, car il a besoin de lui pour faire pression sur Mahmoud Abbas. Et en ciblant les civils, ils veulent nous casser, casser notre moral, nous humilier également, mais sur ce plan, ils perdent leur temps. Car, pour nous, à Gaza, la priorité, c’est l’arrêt des combats, après on aura le temps de demander des comptes aux uns et aux autres.

Propos recueillis par Hassane Zerrouky

© Journal l’Humanité, le 13 janvier 2009.



Articles Par : Ziad Medoukh

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]