Guerre et mondialisation

Entrevue avec Michel Chossudovsky

Michel Chossudovsky est l’auteur du best-seller international The Globalization of Poverty (titre français: « La mondialisation de la pauvreté», éd. Écosociété) qui a été publié en 11 langues. Il est professeur d’économie à l’Université d’Ottawa, Canada, et directeur du Center for Research on Globalization Global Research. Il collabore également à l’Encyclopaedia Britannica. Son dernier ouvrage est intitulé « America`s War on terrorism« ,  Global Research, 2005.  Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre
Entrevue avec Michel Chossudovsky (deuxième partie)

R-F : Comment le simple citoyen peut-il s’y retrouver en entendant le langage hermétique, qu’emploient les spécialistes, pour expliquer les interactions complexes entre : les pouvoirs politiques et militaires, les organisations internationales de gestion (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International (FMI), Organisation Mondiale du Commerce (OMC), les complexes militaro-industriels, les consortiums géants de l’énergie (pétrole et gaz naturel), les banques, les médias, etc. En d’autres termes, comment peut-on expliquer, d’une manière simple, la complexité des rapports de force entre tous ces intérêts, et ce, dans une perspective mondiale?

M-C : La façon de l’expliquer, c’est qu’une guerre n’est jamais menée pour des raisons à caractère idéologique. Le budget de la défense nationale aux États-Unis est de l’ordre de 450 milliards de dollars. Ça représente presque l’équivalent du produit national brut (PNB) de la Russie. Et le but de tout ce déploiement, c’est de combattre le terrorisme et d’aller chercher Ben Laden et son réseau Al-Qaida. Comme si Ben Laden et Zarquawi1 constituaient une grande puissance militaire dans le monde. C’est un camouflage! C’est un mensonge, car les objectifs d’une guerre sont toujours économiques en fin de compte. Ces objectifs se résument à contrôler : les ressources naturelles, les institutions, les personnes et leur travail, l’eau… bref, un ensemble de visées économiques. Et qui retrouve-t-on en arrière de ces projets? Les compagnies de pétrole et les grandes banques. Pourquoi les banques? Parce qu’elles sont créancières. Elles investissent dans les pays qui font l’objet d’opérations militaires. Et puis, au lendemain d’une guerre, il y a un phénomène de privatisation. C’est-à-dire qu’on confisque et qu’on vole les actifs des pays conquis. C’est le cas en Irak où la richesse pétrolière est à peu près cinq fois supérieure à celle des États-Unis. L’Irak possède 11% des réserves mondiales de pétrole contre 2,5% dans le cas des États-Unis.

R-F : Dans votre livre Guerre et Mondialisation, vous affirmez que : dans une perspective historique, le 11 septembre constitue la pire fraude de l’histoire américaine (p.216). Qu’entendez-vous par cette déclaration?

M-C : Absolument! C’est une fraude parce qu’on essaie de nous faire croire que le 11 septembre est un acte perpétré par des terroristes islamistes alors que, de plus en plus, on a les éléments et les preuves que ce n’est pas le cas. Deuxièmement, on essaie de nous faire croire que cet acte constitue une attaque à l’endroit des États-Unis qui justifierait la guerre contre l’Afghanistan, l’Irak et l’Iran. La guerre contre l’Afghanistan a été enclenchée trois semaines après le 11 septembre. Quand on connaît la façon d’organiser des opérations militaires, on sait qu’une guerre ne se prépare pas en trois semaines. La phase opérationnelle d’un affrontement de cette envergure se prépare au moins un an à l’avance. Et actuellement, dans le cas de l’Iran, c’est deux ans à l’avance. Il est évident, pour moi, que le 11 septembre a servi de prétexte. Mais ce qui est particulièrement grave par rapport à cet événement, c’est que les organisations terroristes, qui sont les présumés auteurs des attaques, sont des créations des services de renseignements américains. Les preuves existent. Elles sont exposées dans le document Able danger2. On sait aujourd’hui que le Pentagone surveillait les agissements de ces groupes en sol américain, à peu près un an et demi avant que les événements du 11 septembre ne surviennent. On sait aussi qu’il y a eu, dans la région des Balkans, des opérations conjointes d’Al-Qaida et des services militaires américains peu de temps avant le 11 septembre. Qui plus est, les services secrets pakistanais, en plus de soutenir les présumés terroristes, collaboraient très étroitement avec leurs homologues américains. Je n’aurais pas dit cela en 2001 ou en 2002. On a cependant les preuves aujourd’hui que l’explication officielle concernant le 11 septembre tient carrément du mensonge. Le rapport de Thomas Kean3 est erroné. Il est fabriqué.

R-F : Êtes-vous déçu de la faible mobilisation des gens lors des manifestations qui ont souligné la troisième année de l’invasion militaire américaine en Irak?

M-C : Je suis déçu mais je ne suis pas surpris. Ce mouvement anti-guerre a toujours été basé sur le principe des grands événements de rue. C’est important d’en faire, mais ce n’est pas suffisant. Le sentiment anti-guerre ne désarme pas un projet militaire. On devrait créer des réseaux et des bases anti-guerre qui s’étendraient dans les localités, les paroisses, les Cégeps et les universités. Il faudrait d’abord qu’on ait des réseaux de comités au niveau local qui, subséquemment, se mettraient ensemble pour les grandes manifestations. Ces réseaux constitueraient un poids qui pourrait remettre en question la légitimité des acteurs. Ils informeraient les citoyens et cibleraient les médias. Mais qu’est-ce qui se passe présentement? Les gens qui forment le comité anti-guerre à Montréal sont supers. Et je ne veux pas critiquer là ou il ne faut pas critiquer. Mais ces gens n’ont pas de moyen, ils n’ont pas de bureau, ils n’ont pas l’appui des syndicats et des principales organisations non gouvernementales (ONG). Et certaines de ces ONG ont été un petit peu pro-guerre. Je le sais car, quand j’ai parlé contre les guerres de Yougoslavie et d’Afghanistan, ils m’ont quasiment mis sur leur liste noire. Ils disaient que l’Afghanistan était une guerre juste, étant donné qu’on y allait pour chercher des terroristes. Ils ont dit la même chose par rapport à la Yougoslavie; que c’était une guerre juste car on y était allé pour protéger les intérêts d’une minorité ethnique. Il y a beaucoup de confusion. Certains mouvements, comme Alternative, appuient l’occupation militaire canadienne en Haïti. Ces mouvements étaient pourtant invisibles lors des grandes mobilisations qui ont dénoncé les opérations militaires en Yougoslavie et en Irak. Il faut commencer à se regarder. Pourquoi les organisations de la société civile ont été si timides dans leur façon d’agir? De plus, elles se sont souvent comportées d’une manière qui était nettement contradictoire. Je pense aussi que toute la question concernant l’attitude vis-à-vis du 11 septembre est un élément clé là-dedans. Si on appuie la guerre au terrorisme, on donne une certaine légitimité à ce projet. Ce qui se passe typiquement, c’est que dans les réunions anti-guerre, on va souvent dire qu’on est contre l’administration Bush, vu qu’on la considère criminelle… mais qu’en même temps, on est pour la guerre aux terroristes. En dernière instance, ce genre de discours sert le projet militaire.

1Abou Mouss’ab Al-Zarquawi est un militant islamiste Jordanien âgé de 36 ans. Il est le présumé chef d’Al-Qaida en Irak. C’est l’homme le plus recherché par les services secrets américains après Oussama Ben Laden.

2 Document classifié conçu dans le cadre d’un programme ultra secret du Pentagone qui relève du US Special Operations Command (SOCOM). Ce document prouve que les services de renseignements américains avaient pisté, depuis au moins un an, la tête dirigeante des attentats du 11 septembre, Mohamed Atta, et 3 des 19 terroristes qui ont participé aux détournements d’avions. De plus, le document suspecte une relation entre ces membres et la cellule d’Al-Quaida qui fut à l’origine de l’attentat contre le World Trade Center en 1993. Le document Able Danger contredit ainsi la version officielle de la Maison Blanche selon laquelle, les autorités ne connaissaient pas Atta et les trois terroristes, antérieurement aux attentats du 11 septembre. Pour plus d’informations à ce sujet: www.wikipedia.org

3 Thomas Kean a occupé le poste de gouverneur républicain de l’État du New Jersey de 1982 à 1990. Il a dirigé la commission nationale d’enquête sur les attentats du 11 septembre. Les conclusions de cette commission sont disponibles dans le rapport 9/11 Commission report: www.9-11commission.gov ). Ce rapport souligne la vulnérabilité des États-Unis, la faiblesse de la protection des frontières et les failles du Renseignement américain (CIA, FBI, etc). Il propose une réforme du système de sécurité américain et des relations des États-Unis avec le monde arabe. Source: www.wikipedia.org À voir aussi, les critiques pertinentes en ce qui concerne ledit rapport; notamment: la commission n’a pas tenu compte du document Able Danger, conflits d`intérêts au sein des membres qui la composent, manque de coopération de la part de la Maison Blanche, commission utilisée à des fins partisanes. Source: www.en.wikipedia.org/wiki/911_Comission.

La Galère, Volume 4, numéro3
Mai-Juin 2006

Guerre et mondialisation



Articles Par : Roberto Franchi

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