Guerre sans frontières: Les enjeux du projet américain

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Publié initialement le 19 mai 2005, transcription d’une conférence de Michel Chossudovsky, Directeur du Centre de recherche sur la mondialisation, Montréal, professeur d’Economie à l’Université d’Ottawa.

Conférence organisée par l’Institut d’Etudes Européennes et Internationales du Luxembourg au Casino syndical à Luxembourg le 2 février 2004

 

D’abord, un remerciement à tous et notamment à l’Institut pour l’invitation et l’hospitalité au Luxembourg.

Ce soir, j’aimerais surtout aborder la question politique et géopolitique sous-jacente au projet militaire américain car je crois qu’on vit sans doute la crise la plus grave de l’histoire moderne.

Nous avons ou nous vivons actuellement une aventure militaire qui menace l’avenir de l’Humanité parce que c’est non seulement une guerre annoncée, c’est également ce qu’on appellerait une feuille de route.

Les étapes de cette guerre ont déjà été annoncées, établies au niveau de la planification militaire, et ce qu’on entend bien sûr dans les médias, c’est les aspects plutôt de surface, « armes de destruction massive », « changements de régime », etc.

Bien sûr, un projet de guerre a besoin également des outils de propagande. Donc tout l’appareil de propagande est sous-jacent à ce projet de guerre et s’exprime par l’entremise de cette soi-disant guerre au terrorisme où il s’agit également d’inventer un ennemi. C’est dans ce contexte également que le discours sur les événements du 11 septembre jouent un rôle clé dans la justification et le prétexte pour mener cette opération militaire.

Si vous lisez les discours officiels et la doctrine de la sécurité nationale aux Etats-Unis, vous observez d’abord qu’il y a un certain nombre de concepts.

D’abord il y a ce qu’on appelle Defense of the homeland, défendre la patrie,

Defense of the homeland, implique également l’établissement de ce qu’on appelle The Northern Command, donc une unité qui est chargée de défendre les Etats-Unis contre une invasion, une agression.

Deuxièmement, il y a également cette notion de mener une guerre contre les terroristes ou les « Etats voyous ».

En fin de compte dans la doctrine de la sécurité nationale ces deux concepts sont en quelque sorte liés, l’identification d’organisations terroristes ou d’Etats terroristes, « l’axe du Mal », l’identification d’Etats qui sont bien sûr visés par la politique étrangère américaine et ensuite vous avez cette notion de « guerre préventive. »

Maintenant la guerre préventive en elle-même est également assortie d’une politique d’utilisation d’armes, d’armes de destruction massive dans le sens propre du terme puisque ce projet implique également la militarisation de l’espace et également l’utilisation d’armes nucléaires sur une base préventive ou préemptive… En fait en français on dit préventive, ce n’est pas tout à fait le même concept en anglais preemptive mais, de fait, il s’agit en fin de compte de la doctrine au niveau de l’appareil de propagande :

Les Etats-Unis sont attaqués, il y a des ennemis, il faut bien sûr fabriquer les ennemis et, dans ce contexte, le discours et la propagande créent un ennemi qui est le réseau Al Qaida et cet ennemi donne lieu à des justificatifs au niveau de la politique étrangère et également au niveau de la sécurité nationale.

J’y reviendrai plus tard, mais nous devons comprendre d’emblée dans notre compréhension de ce processus que le réseau Al Qaida est une création des services de renseignement américain. Quelque chose que les médias ne vous mentionnent pas.

On va dire que c’est un ennemi extérieur qui menace la sécurité de l’Etat, Ce qu’on ne vous dira pas c’est que ce réseau a été établi à partir du début des années 80 dans le cadre de la guerre soviéto-afghane par la CIA, financée par la CIA. Les camps de formation en Afghanistan et au Pakistan furent financés par la CIA, les écoles coraniques également.

Donc, il y a tout un historique sur le réseau Al Qaida qui est documenté, et ce qui est important de comprendre c’est que l’ennemi d’abord est fabriqué.

Certes il y a de véritables organisations islamistes qui se sont formées. Mais au point de départ, « ce réseau terroriste» ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui sans la participation et les actions menées par les services de renseignement américain avec leurs homologues pakistanais à partir du début des années 80

Et là on retrouve des liens très directs, et j’insiste, très directs, entre des hauts responsables américains incluant Colin Powell et Richard Armitage d’une part et des individus qui sont liés au terrorisme international et au réseau Al Qaida. Ce n’est pas une question de dire « Oui, mais ». Nous avons les documents du Congrès qui le prouvent et j’y reviendrai éventuellement lors de la discussion.

Mais au point de départ, il faut comprendre que le justificatif qui, d’ailleurs, est présenté tous les jours dans les journaux, celui de l’attaque d’Al Qaida, est fabriqué de toutes pièces. Et ceci est d’autant plus grave que nous avons maintenant les éléments de preuve que les dites alertes terroristes, celles du mois de décembre 2003, donc du 21 décembre au 2 janvier, ce qu’on appelle le « Code orange », aux Etats-Unis également, fut mis en œuvre sur la base de renseignements fabriqués.

Et, d’ailleurs, c’étaient les services secrets français qui ont d’ailleurs réfuté les informations provenant de leurs homologues américains en disant « Non, il n’y a pas lieu d’annuler les vols parce que nous avons démontré effectivement que le Intelligence était fabriqué ». Et ce n’est pas la première fois ! Il y a tout un historique.

A ce sujet, les services du FBI sont souvent à contre courant avec ceux de la CIA. Lorsque Colin Powell a fait son discours au Conseil de sécurité en février dernier (2003), vous vous souviendrez que le jour suivant il y a eu une alerte également au « Code orange », et qu’est-ce qui s’est passé ? On a mis le pays en état d’urgence. On a commencé à annuler les vols etc. et quelques jours plus tard, le FBI a accusé la CIA d’avoir inventé le renseignement donc fabricated intelligence pour effectivement mener à bien cette alerte terroriste.

The Project for the New American Century

Vous avez un projet militaire qui est d’ailleurs très bien énoncé dans ce document qui est produit par un think tank de Washington mais qui représente, en fin de compte, en fait, la politique officielle de l’administration Bush qui s’appelle The Project for the New American Century.

Il a été publié quelques mois avant l’accession de Bush à la Maison Blanche et il est très clair dans la description et dans les objectifs de cette guerre. Donc il ne faut pas se tromper lorsque l’on vous dit que les armes de destruction massive n’ont pas été trouvées etc. Tout ceci est un faux-fuyant. Ce que ce document dit très clairement, c’est que d’une part l’objectif de la politique américaine est de mener des guerres multiples, en anglais multiple theater wars.

On parle de théâtres de guerre, multiple and simultaneous theater wars, donc multiple veut dire plusieurs théâtres de guerre, simultanément, ça veut dire qu’on a l’intention de menr mène des guerres de manière simultanée dans des théâtres multiples, (et non pas de de manière séquentielle.)

Ça veut dire qu’on peut avoir un théâtre de guerre au Moyen-Orient et un autre en Asie de l’Est. L’autre element de poids du PNAC, c’est « fight, and decisively win simulataneous multiple theater wars.»

Lisez-le attentivement et ensuite lisez votre journal et demandez-vous si on vous dit la vérité sur les enjeux du projet américain.

Les objectifs du PNAC

1. Le premier c’est de defendre la « American Homeland,» donc pour défendre la Homeland il faut avoir un ennemi, alors l’ennemi il faut le fabriquer : c’est Oussama.

2. Deuxièmement, « fight, and decisively win multiple simultaneous major theater wars ».

C’est absolument clair, limpide, que le projet est un projet de guerre sans frontières.

Ce n’est pas une guerre dans une région. C’est une série de guerres et d’ailleurs il faut comprendre que cette guerre fut annoncée déjà au début des années 90 certainement avec les guerres en Yougoslavie qui visaient essentiellement l’établissement d’une zone d’influence américaine dans le sud-est de l’Europe, bien sûr en alliance avec l’Europe et par l’entremise de l’OTAN.

Mais également cette guerre en Yougoslavie avait des liens avec les opérations à venir au Moyen-Orient et bien sûr avec l’axe de guerre qui se dessine maintenant qui est l’axe Moyen-Orient-Asie centrale.

3. Le troisième point de repère de cette politique américaine, de ce projet américain, c’est ce que les architectes du PNAC appellent des opérations de gendarmerie au niveau planétaire. (constabulary functions).

Mais, de fait, ce n’est pas exactement ce qu’on entend par « gendarmerie » parce que ce sont des opérations militaires d’envergure à partir éventuellement du global positioning system et l’envoi de missiles ou des actions punitives. Donc ce n’est pas un théâtre de guerre comme tel, mais ce sont des actions diverses qui visent à contenir ou à punir des ennemis dans différentes parties du monde et c’est de cette façon-là que c’est défini.

4. Et la quatrième composante de cette politique américaine, c’est ce qu’ils appellent la Revolution in military affairs.

Alors, revolution in military affairs, très simplement, c’est le développement de manière massive de nouveaux systèmes d’armement et ça implique, en quelques mots, parce que c’est quand même un domaine très complexe, la militarisation de l’espace.

Notez bien que l’Irak était la première guerre des étoiles, en quelque sorte, puisque 60% des missiles téléguidés furent envoyés à partir de commandes satellites donc impliquant la militarisation de l’espace.

1. Alors, la militarisation de l’espace, c’est la première composante. Qui fait partie de également la strategic defense initiative. .

2. Deuxièmement, il y a un autre programme qui est très important. C’est the FALCON program. C’est le développement d’un système de missiles téléguidés à partir du sol américain qui peuvent être déployés en l’espace d’une heure ou deux. FALCON veut dire , Force Application and Launch from the Continental U.S. (FALCON)

Donc du continent américain on pourra lancer ces actions au lieu d’avoir des bases militaires éparpillées à travers le monde. Ça c’est un élément important.

3. Et troisièmement, vous avez les armes nucléaires. Depuis quelques années les Etats-Unis ont redéfini leur politique en matière d’armes nucléaires. Ils parlent de l’utilisation de ce qu’on appelle les mini nukes ou ce qu’on appelle également les armes nucléaires tactiques. Ces mini nukes ne sont pas aussi petits qu’on le pretend.

On essaie d’abord de dire que ces armes-là sont inoffensives pour la population civile. Ils ont une puissance explosive environ de un tiers jusqu’à 6 fois une bombe d’Hiroshima !

Dans ce contexte, il y a eu avant la campagne en Irak tout un débat sur les armes nucléaires tactiques, une vaste campagne de propagande à savoir que ces armes nucléaires tactiques n’atteignaient pas les populations civiles parce que les explosions étaient souterraines.

On n’a pas parlé évidemment des effets radioactifs de ces bombes qui sont les mêmes que pour les bombes nucléaires conventionnelles. Et on a également dit, d’ailleurs Rumsfeld l’a dit lui-même :

« Nous n’hésiterons pas à utiliser des armes nucléaires si on est attaqué avec des armes de destruction massive » en se référant à la meance de Saddam Hussein.

Maintenant, dans le débat actuel, suite aux déclarations de David Kay au Comité du Sénat, Armed Services Committee, il s’avère que selon un haut responsible de la CIA, les dits les armes de destruction massive n’existent pas. Ce sont les paroles de quelqu’un qui fut nommé par la CIA.

David Kay a été nommé par la CIA et il y a deux semaines à peine, le 23 janvier, il déclarait au Sénat, et c’est très fort en fait comme négation à la politique des gens qui l’ont nommé,

« Il n’y a pas d’armes de destruction massive. Il n’y en a jamais eu ».

Ce qui est très grave également, c’est que une semaine avant la déclaration de David Kay au Sénat, le président Bush a cité David Kay dans son State of the union address en disant « David Kay has said there are mass destruction weapons in Irak ».

Vous pouvez vérifier les citations précises dans ces différents cas.

Bref, les armes de destruction massive n’existent pas. Ça faisait partie de l’idéologie. Mais tout le monde le sait d’ailleurs et toute l’affaire de la BBC, de nouveau, c’est une façon de confondre les enjeux parce que la BBC tout au long du débat dans les mois avant l’occupation de l’Irak avait bele et bien soutenu l’effort de guerre américain ; la BBC a soutenu le gouvernement britannique et a désinformé la population sur les enjeux de cette guerre.

On sait très bien que les armes de destruction massive n’existaient pas et on sait également que les textes déposés au Conseil de sécurité par Colin Powell, le 5 janvier, étaient non seulement des textes fabriqués, mais c’était des textes plagiés sur l’Internet. A savoir que le document présenté au Conseil de sécurité avait été copié d’un travail d’étudiant au doctorat aux Etats-Unis, copy and paste, et ceci a été réalisé par le bureau d’Alistair Campbell. Ce n’était pas le travail des services secrets britanniques (MI6). C’était trois journalistes spécialisés en relations publiques qui ont fait ce travail et ensuite Colin Powell est arrivé au Conseil de sécurité et a dit « Ecoutez, regardez.

This is the wonderful work that has been given to meby Tony Blair, fabulous intelligence etc. ». Alors notre collègue de Cambridge, Glen Rangwala a fait un petit search sur l’Internet et a découvert évidemment que ce texte-là avait été plagié et copié, n’est-ce pas. J’ai ici le document original qui a été plagié. Alors quand on commence à dire que la BBC a exagéré la question, que Callaghan a exagéré la question des armes de destruction massive, de nouveau, c’est une façon en fin de compte de déjouer ou de contourner le véritable débat.

La Hutton Commission avait pour mandat de faire enquête sur la mort de David Kelly. Personnellement, je pense que tout indique qu’il s’agit d’un assassinat politique.

Je n’entrerai pas dans le débat, mais nous avons quand même certains indices. Il n’en reste pas moins que le Hutton Report n’a pas véritablement enquêté sur cette question-là. Ce qu’ils ont fait, ils ont blanchi le premier ministre et ils ont accusé la BBC, ce qui est d’ailleurs très injuste parce que la BBC était le principal instrument de propagande et de censure du gouvernement britannique. Mais ça démontre également un autre aspect de cette crise. C’est que, dans le contexte actuel, il n’existe pas véritablement une liberté de presse où ces enjeux peuvent être débattus ou voire même où les citoyens peuvent être informés.

Et lorsque les journalistes qui sont déjà dans le carcan de l’autocensure osent dire la vérité, ils sont pénalisés soit par un renvoi voire même, comme c’est le cas de certains journalistes en Irak, carrément assassinés.

Nous avons également des reportages à ce sujet où des journalistes ont été assassinés pour avoir révélé les enjeux de cette guerre aussi bien durant la guerre mais également après la guerre.

Revenons pour un instant au Homeland Defense.

Toutes ces alertes terroristes créent un environnement au sein de la population américaine. Le justificatif c’est que les Etats-Unis sont attaqués, des mesures d’urgence sont mises en application.

Dans une entrevue d’ailleurs publiée au mois de septembre, le général Tommy Franks, qui était le commandant des forces de la coalition en Irak, a fait une entrevue où d’ailleurs il a identifié le rôle de ce qu’il appelle un ‘mass casualty producing event`’.

Je n’arriverai pas à traduire mot à mot en français mais essentiellement le mass casualty producing event, c’est un événement du type du 11 septembre et j’aimerai lire la citation en anglais.

« A terrorist mass casualty producing event will occur somewhere in the western world, it may be the United States that causes our population to question our constitution and to begin to militarise our country in order to avoid a repeat or another mass casualty producing event ».

Cette déclaration de Tommy Franks n’est d’ailleurs rien de nouveau. Vous allez la retrouver dans le Project for the New American Century qui dit textuellement

« Some catastrophic and catalysing event like a new Pearl Harbor ».

On le retrouve dans d’autres déclarations notamment celles de David Rockefeller et également Zbigniew Brzezinski.

Donc l’idéologie du mass casualty producing event qui est le phénomène du 11 septembre fait partie de la doctrine militaire.

Vous avez peut-être lu dans les dernières semaines la référence à l’article de William Saffire dans le New York Times : il prédit individu basé sur des renseignements fiables émanant des services de renseignment qu’il y aura un deuxième 11 septembre avant les élections présidentielles.

Il s’agit d’une personne qui a des liens avec les services de renseignement américain et le secrétariat d’Etat, etc

Donc ce ne sont pas les ’théoriciens de la conspiration’ qui sont en train de prédire si il y aura ou si il n’y aura pas tel ou tel évènement ou un deuxième 11 septembre.

Nous sommes dans une situation où ce sont les journalistes comme William Saffire qui sont d’ailleurs liés étroitement au pouvoir qui avancent la possibilité d’un deuxième 11 septembre.

Nous avons également les déclarations du Project for the New American Century qui d’ailleurs reflète l’équipe Bush au pouvoir) et également bien sûr les déclarations du Général Tommy Franks, qui met l’accent sur le rôle de ce ‘mass casualty producing event’ afin de mobiliser les citoyens pour un projet qui aurait éventuellement pour objet de suspendre les droits démocratiques et d’établir la loi martiale.

Personnellement, je pense que ce qui est beaucoup plus probable c’est qu’il y aura une loi martiale assortie d’une démocratie de façade. Mais, il faut bien le comprendre, de facto, nous avons déjà aux Etats-Unis une militarisation des institutions civiles et en ce moment le Pentagone est en train de « pressionner » activement au niveau du Congrès pour annuler une loi qui date de 1878 qui s’appelle The Posse Comitatus Act.

Maintenant The Posse Comitatus Act interdit aux instances militaires, à savoir le Pentagone et bien sûr la CIA et toutes les organisations qui sont connexes, d’intervenir dans les instances juridiques et policières. A savoir que la justice et le FBI et le LAPD et le NWPD qui aujourdhui sont des institutions qui relèvent des citoyens et non pas du Pentagone, seraient en quelque sorte placées sous le contôle du Pentagone.

En ce moment, on est en fait quasiment dans une situation de régime militaire de facto. Ce que le Pentagone vise c’est de mettre en veilleuse cette loi de 1878 afin d’ouvrir la voie vers une militarisation des institutions de l’Etat.

Je devrais mentionner qu’aux Etats-Unis actuellement si le gouvernment améericain venait a declarer le « Code rouge », des procédures d’urgence sous l’autorité du federal emergency management agency et du homeland security department seraient mises en application. La FEMA appartient maintenant au Homeland Security Department et le secrétaire, Tom Ridge, a dit très textuellement « If we go to red, we close down the country ». Il a fait cette déclaration le 22 décembre.

Et ça veut dire effectivement que toutes les institutions civiles, ce qu’on appelle la démocratie, incluant le FBI, incluant le LAPD, incluant les cours de justice seraient soumises à une loi martiale. A savoir si cette loi martiale serait maintenue ou non, et pour quelle pétiode, ça c’est une autre question.

Mais le ‘code rouge` est déjà contemplé au niveau de la planification militaire. Il n’y a absolument aucun doute parce que les déclarations et tout ce que je répète ici, c’est des déclarations officielles. J’essaie de voir un peu où on s’en va dans cette conjoncture.

La Guerre au Moyen Orient

J’en viens à la question de ce théâtre de guerre.

D’abord, il faut comprendre la relation entre l’Afghanistan et l’Irak, entre les deux théâtres de guerre.

En fait vous avez plusieurs théâtres de guerre.

L’Afghanistan est au carrefour de pipelines très importants du point de vue stratégique, c’est le projet du pipeline transafghan. Mais notez que l’Afghanistan est maintenant militarisé parce que les bases militaires américaines sont déjà établies au Pakistan et en Afghanistan et également à la frontière de la Chine. Donc vous voyez la Chine touche l’Afghanistan juste à la pointe orientale de l’Afghanistan et vous avez les anciennes républiques soviétiques qui sont d’ailleurs contiguës à cette région.

Maintenant, envisageons la macro région à partir de la pointe de l’Arabie Saoudite jusqu’à la Mer Caspienne. Cette région détient 70% des réserves mondiales de pétrole.

Les réserves des Etats-Unis sont de l’ordre de 2.5%. Les plus grands producteurs sont bien sûr l’Arabie Saoudite avec 25% des réserves mondiales et l’Irak, deuxième producteur mondial, avec 11% des réserves mondiales, donc ces deux pays ont 36%.

La macro région (Moyen orient- Asie centrale) qui s’étend de la pointe de l’Arabie Saoudite jusqu’à la Mer Caspienne qui constitue un enjeu géopolitique très important.

Depuis quelques années, les Américains ont également militarisé cette région dans le cadre d’accords qui ont été réalisés notamment avec un certain nombre de républiques de l’ancienne Union soviétique.

Le GUUAM (Georgie-Ukraine, Uzbekistan,Azerbaidjan et Moldova) constitue un accord militaire signé en 1999 avec l’OTAN mais surtout avec les Etats-Unis. Lòbjectif du GUUAM consiste à protéger les pipelines à partir de la Mer Caspienne vers les marchés européens ou vers les marchés occidentaux.

Et là, vous avez les enjeux de plusieurs sociétés pétrolières mais en plus des pétrolières anglo-américaines, vous avez les pétrolières russes et chinoises dans une moindre mesure et, bien sûr, vous avez les deux principales compagnies du pétrole européennes, Total-Fina-Elf d’une part et la ENI Italienne qui sont impliquées dans cette région.

Certainement, le pétrole est l’enjeu de cette guerre.

C’est d’ailleurs inscrit dans la doctrine de la sécurité nationale et ce n’est pas une innovation de la politique étrangère de l’administration Bush. En 95, dans un document du Central Command donc des cadres militaires, on disait textuellement : Iraq first, Iran next « the objectives of US engagement is to secure uninterrupted, US / Allied access to Gulf oil »

Dans ce texte on parle de « in theater », alors lorsque l’on parle de « in theater », on parle d’opérations militaires, on parle de la stratégie militaire, on ne parle pas de géopolitique ou de géodiplomatie. C’était très clairement dit que la trajectoire ou la feuille de route de cette guerre c’est d’abord l’Irak, ensuite l’Iran,

Et nous avons déjà des déclarations très claires à savoir que la Syrie est la prochaine étape de cette guerre parce que les Américains l’ont déjà annoncé. Et si effectivement la Syrie est la prochaine étape de cette guerre soit par un changement de régime ou une déstabilisation politique et économique ou une opération militaire, on peut s’attendre certainement à ce que Israël sera impliquée.

D’ailleurs Israël fait partie de cette coalition anglo-américaine. La coalition anglo-américaine est basée sur des enjeux militaires et économiques. Israël est la cinquième puissance nucléaire au monde avec des ogives nucléaires qui, selon les experts, sont plus sophistiquées et plus développées que celles de la Grande-Bretagne. Elle vient après la France au rang des puissances nucléaires.

En d’autres mots, Israël est la cinquième puidssance nucléaire bien qu’elle ne figure pas officiellement dans la liste des pays détenant des armes nucléaires. Et ces armes nucléaires d’Israel sont toutes braquées vers des villes du Moyen-Orient.

Alors vous avez un axe militaire anglo-américain qui dépend de manière cruciale du pétrole ou des enjeux du pétrole. L’axe anglo-américain n’a rien à voir avec Tony Blair, mais surtout avec le fait que l’industrie du pétrole aujourd’hui est anglo-américaine. A savoir qu’il y a une imbrication des intérêts britanniques et américains notamment en ce qui concerne la British petroleum qui est l’union de la American Oil company (AMOCO) et Atlantic Ritchfield Corporation d’une part et de la British Petroleum (BP) d’autre part. Il s’agit d’une méga société anglo-américaine.

Donc l’axe militaire anglo-américain repose sur des intérêts partagés dans l’industrie du pétrole. Mais, en même temps, il faut également comprendre qu’il y a aussi une intégration dans l’industrie de l’armement entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. En 1999, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont signé un accord qui s’appelle The Transatlantic Bridge.

The Transatlantic Bridgedésigne une procédure qui permet à British Aerospace System Corporation de participer aux appels d’offre du Département de la défense américaine avec les mêmes avantages que les « defense contractors » américains, à savoir que, selon cet accord, la British Aerospace System Corporation est considérée au États Unis comme une entreprise locale.

Elle a une filiale aux Etats-Unis. Elle fournit le Pentagone de la même manière que la Lockheed Martin ou la Northrop Grunman. Par conséquent, il y a une imbrication des interêts américains et britanniques aussi bien dans le pétrole que dans l’industrie de l’armement.

Dans ce contexte, les pétrolières franco-belge et italienne (TOTAL et ENI) sont exclues de cette alliance dans l’industrie `du pétrole.

La contrepartie européenne (franco-allemande) de cette union dans l’industrie de la défense c’est la EADS, European Aerospace Defense System Corporation qui intègre Aérospatiale Matra avec la Deutsche Aerospace qui est la filiale du groupe Daimler. EADS constitue en fait le plus important noyau de l’industrie de l’armement européen.

C’est important de voir un peu cette division qui est en train de s’articuler à l’intérieur de l’industrie de la défense européenne.

Donc vous avez une rupture dans l’industrie du pétrole, vous avez une rupture dans l’industrie de l’armement. Elle n’est pas totale parce qu’il y a des liens très complexes et même beaucoup de joint-ventures entre l’Allemagne et les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne etc. Mais il y a quand même une structure qui s’articule.

La question monétaire

Le troisième élément dans cette conjoncture, c’est bien sûr la rivalité entre le dollar et l’euro.

Dans les projets de conquête, ce qui importe avant tout c’est de prendre possession des circuits financiers et monétaires. Et depuis que l’euro se dessine comme une monnaie internationale qui est utilisée dans les pays émergents et dans les pays en développement, on assiste à un nouveau phénomène qui est celui de la confrontation entre le dollar et de l’euro, au moyen orient, en Asie centrale et en ex-Union soviétique. .

Dans les Balkans, c’est l’euro qui prédomine. Déjà même avant l’installation de l’euro, c’était le Deutschmark.

Donc on a une confrontation entre des pouvoirs financiers et monétaires concurrents.

Un des enjeux très important de cette guerre, c’est la monnaie de transaction utilisée par les pays de l’OPEP. Il y a eu un certain nombre de pays exportateurs de petrole qui ont dit qu’ils allaient utiliser l’euro au lieu du dollar comme monnaie de réserve et de transaction au niveau du marché du pétrole.

Cette action a pour conséquence d’affaiblir bien sûr le pouvoir financier américain.

Par cette guerre n’est pas strictement une guerre à l’encontre de l’Irak ou à l’encontre des peuples du Moyen-Orient. C’est une guerre de conquête et c’est une guerre dont l’objectif consiste à monopoliser les ressources.

Et bien sûr les entreprises pétrolières européennes et russes avaient d’importants contrats en Irak. Ils avaient des ententes qui supposaient la levée des sanctions. Les pétrolières européennes ont des intérêts en Iran, dans la Mer Caspienne. Par conséquent, l’enjeu de cette guerre c’est de monopoliser, d’exercer un pouvoir de monopole par les pétrolières anglo-américaines sur ces ressources, sur les pipelines et également évidemment d’écarter les pétrolières européennes et russes.

Au Conseil de sécurité, où bien sûr il y a eu toute cette diplomatie de façade, la France avait mené une campagne avant la guerre afin de bloquer le projet de guerre,

Mais une fois la guerre accomplie, ils se sont mis à négocier. Et alors de qu’est-ce qu’il s’agit dans l’après-guerre ? C’est le partage du butin de cette guerre. C’est les concessions qui éventuellement pourraient être octroyées à telle et telle société européenne. Mais bien sûr les Américains ont été très clairs là-dessus. Ceux qui ne les ont pas soutenus sont exclus de l’obtention de contrats.

Et, par conséquent, il est très clair que l’objectif maintenant, c’est la mainmise sur les ressources pétrolières de l’Irak qui sont maintenant contrôlées par les Américains: la coalition, la coalition provisional authority (CPA).

Alors, ça c’est, en fin de compte, l’enjeu de cette guerre. C’est un enjeu économique. C’est une guerre qui vise le contrôle du pétrole et qui vise également le contrôle des institutions et des économies locales.

Mais cette région Moyen orient-Asie centrale occupe un rôle géopolitique et stratégique.

c’est une guerre qui s’articule également en relation à la Chine.

La militarisation de la frontière occidentale de la Chine est une des conséquences de l’occupation de l’Afghanistan par les forces américaines.

En même temps ou pratiquement en même temps, il y a eu une militarisation de la Mer de Chine et du détroit de Taiwan. Par conséquent, ce qu’on observe surtout depuis 1999 et certainement au lendemain de la campagne militaire en Afghanistan, c’est une militarisation, c’est un encerclement de la Chine au niveau militaire, donc présence militaire américaine à la frontière occidentale, dans la Mer de Chine et également dans la péninsule coréenne.

En même temps, on assiste à une militarisation de toute cette région, incluant les anciennes républiques del’union sovietique, avec lesquelles les Etats-Unis ont des accords de coopération militaire.

J’ai mentionné le GUUAM mais il y a également d’autres accords qui ont été signés et l’objectif de cette militarisation vise essentiellement à déstabiliser la Russie et écarter la Russie de la Mer Caspienne.

Donc ce n’est pas strictement une guerre régionale. C’est une guerre qui a des visées géopolitiques plus amples.

Et comprenez bien que l’entrée de la Chine à l’OMC joue également un rôle. Les conditions imposées¸à la Chine dans le cadre de son admission au sein de l’OMC donnent la possibilité aux institutions financières occidentales d’intégrer les structures bancaires, financières locales en dedans de 3 à 5 ans. Il existe des mécanismes dans le cadre de cet accord qui auraient éventuellement pour effet de déstabiliser le système financier chinois.

Je pense qu’il faut comprendre que les enjeux de l’OMC et de l’entrée de la Chine dans l’OMC, sont intimément liés aux enjeux stratégiques et militaires.

La question nucléaire

Maintenant, j’en viens de nouveau à la question nucléaire puisque ça concerne la Russie et la Chine.

En février 2002, l’administration américaine a soumis au Sénat un document qui s’appelle Nuclear Posture Review. La Nuclear Posture Review définit la politique nucléaire.

J’en ai déjà parlé en ce qui concerne les armes nucléaires tactiques, mais la Nuclear Posture Review définit la politique nucléaire,

Ce qui est important dans le document déposé au Sénat en 2002, c’est qu’il identifie un certain nombre « d’Etats voyous. » : la Syrie, la Libye, la Corée du Nord, l’Irak, l’Iran. Ces pays sont bien sûr visés par la politique préventive en matière d’armes nucléaires, à savoir que les Etats-Unis se réservent le droit de les attaquer avec des armes nucléaires afin de se défendre.

Donc on connaît un peu le contexte idéologique de cette politique préventive en matière d’armes nucléaires. Mais dans la Nuclear Posture Review, la Chine et la Russie, sont également inclus comme cibles impliquant une action nucléaire preventive éventuelle des États Unis.

La Nuclear Posture Review inclut une liste de pays et on dit « la Chine est également visée », donc les ogives nucléaires alliées, américaines et anglo-américaines visent Moscou et Pékin.

Il faut bien le comprendre. Alors ce document a été déposé au Sénat début 2002. Durant toute la période commençant à partir de la Nuclear Posture Review jusqu’à la campagne en Irak, donc à peu près une année, on a continué cette campagne visant à légitimer l’utilisation d’armes nucléaires pour « se défendre » donc sur une base préventive.

On a mis l’accent sur une nouvelle génération d’armes nucléaires, mais on a également défini, en date du 6 août 2003, le jour même de la commémoration de la première bombe atomique à Hiroshima une nouvelle poltique nucléaire.

De manière très cynique, les hauts responsables du Pentagone ont choisi ce jour-là (Hiroshima Day) pour convenir une réunion secrète à huis clos au Central Command Headquarters au Nebraska. Il s’agit d’une première car à cette réunion tenue à la Air Force Base du Nebraska, ils ont invité, les représentants du secteur privé, donc l’industrie de la défense américaine et de l’industrie nucléaire américaine, pour des consultations afin de déterminer la politique non seulement de production mais d’utilisation de ces armes nucléaires.

Si vous voulez, c’est en quelque sorte une privatisation de la guerre nucléaire, c’est-à-dire, un peu comme si on privatisait l’eau, l’électricité ou les services de santé.

En d’autres mots, on privatise maintenant la guerre et on demande aux grandes sociétés du complexe militaro-industriel de formulaer cette politique. Ces sociétés sont bien sûr en bout de ligne, « ceux qui reçoivent le fric», récipiendaires des contrats de la défense nationale.

Tout ce programme va mener à des contrats avec l’industrie de la défense américaine. L’industrie de la défense américaine définit non seulement la ligne de conduite en matière de production mais également en matière d’utilisation.

Alors cette réunion a été tenue à huis clos et constitue en quelque sorte une nouvelle donne. Les médias n’ont pour ainsi dire rien dit à ce sujet. Nous avons publié plusieurs documents à ce sujjet.

Mais, disons, d’une façon générale, la presse est silencieuse. C’est comme si ça n’existait pas.

Alors, privatisation de la guerre nucléaire, consultation à haut niveau avec des représentants du secteur privé etc. et silence au niveau des médias, au niveau des moyens de communication etc.

Voilà à peu près où on se situe actuellement: une guerre sans frontières menée avec des armes de destruction massive, militarisation de l’espace.

Le prétexte pour cette guerre, et c’est très important de s’en souvenir, c’est Oussama Ben Laden.

Dans toutes les interprétations du justificatif de cette guerre, n’est-ce pas, à tour de bras, on vous dit « C’est Oussama Ben Laden qui attaque l’Amérique etc.»

Ce que les médias ne vous disent pas c’est que Ben Laden est une création des services de renseignement américain.

Richard Armitage et Colin Powelll sont parmis les architectes du réseau Al Qaida. En effet, on se souviendra que durant l’administration Reagan, la CIA avait utilisé des ventes illéegales d’armes à l’Iran pour financer non seulement les CONTRA du Nicaragua mais également les moudjahidines, donc Al Qaida. C’est documenté.

Et l’individu qui a donné son autorisation à la livraison des armes, c’était Colin Powell. Colin Powell était lieutenant général à l’époque et dans le contexte du scandale Iran Contra Colin Powell a signé les « release forms » permettant le transfert des armes de la dvision de la Defense Logistics à la CIA et ensuite la CIA bien sûr les a acheminé vers l’Iran et avec l’argent des ventes on a financé les moudjahidines et les CONTRA du Nicaragua.

C’est un peu de l’histoire ancienne, mais néanmoins si vous regardez le cheminement de ces individus vous allez voir qu’ils sont liés de très près au réseau Al Qaida. Nous avons également toute la filière des services secrets pakistanais. Nous savons que les services secrets pakistanais, le ISI, Inter Services Intelligence, a soutenu le réseau Al Qaida toujours agissant au nom de leurs homologues américains.

Donc le ISI est une filiale en quelque sorte de la CIA. Nous savons également que le chef des services secrets pakistanais selon le FBI aurait transféré de l’argent au chef de file présumé des attentats du 11 septembre, Mohammad Atta , alors que ce même individu le Général Mahmoud Ahmad avait des rapports à haut niveau à Washington du 3 au 12 septembre.

Donc il y a tout un ensemble, toute une série d’enjeux autour du 11 septembre qui, pour des raisons de temps, je ne peux pas aborder maintenant, mais qui sont étroitement liés à notre compréhension de la guerre et le fait que le 11 septembre en quelque sorte, c’est le pilier idéologique de cette guerre. La guerre contre le terrorisme fait partie de la doctrine de la sécurité nationale.

Il est arrivé le 4 septembre et il est parti le 13. Et c’est lui qui a signé l’accord de coopération entre les Etats-Unis et le Pakistan dans la lutte au terrorisme. C’est-à-dire que c’est l’individu qui, selon le FBI, est le bailleur de fonds des terroristes du 11 septembre, le bailleur présumé bien sûr, qui a négocié avec Colin Powell et Richard Armitage les termes de la coopération du Pakistan dans la lutte contre le terrorisme ! Si vous voulez, c’est un petit peu comme demander à Al Capone « Al, could you help us in fighting organised crime ». C’est un peu l’analogie, mais je n’ai pas le temps d’entrer dans le détail, mais peut-être durant les questions.

Surtout il y a beaucoup de doutes à ce sujet et nous avons quand même un certain nombre de documents. Nous n’avons pas des documents précis qui nous disent qui est derrière le 11 septembre, mais nous avons des documents de source officielle qui démontrent certainement que des hauts responsables de l’administration Bush ont des liens avec Al Qaeda, et ce sont ces mêmes individus d’ailleurs qui accusent, qui font des accusations que tel et tel chef d’Etat ou chef de gouvernement est lié aux réseau terroriste. Il s’agit de Colin Powell et Richard Armitage.

Merci pour votre attention.et votre chaleureux accueil à Luxembourg.

Michel Chossudovsky

Luxembourg, le 2 février 2004

 



Articles Par : Prof Michel Chossudovsky

A propos :

Michel Chossudovsky is an award-winning author, Professor of Economics (emeritus) at the University of Ottawa, Founder and Director of the Centre for Research on Globalization (CRG), Montreal, Editor of Global Research.  He has taught as visiting professor in Western Europe, Southeast Asia, the Pacific and Latin America. He has served as economic adviser to governments of developing countries and has acted as a consultant for several international organizations. He is the author of eleven books including The Globalization of Poverty and The New World Order (2003), America’s “War on Terrorism” (2005), The Global Economic Crisis, The Great Depression of the Twenty-first Century (2009) (Editor), Towards a World War III Scenario: The Dangers of Nuclear War (2011), The Globalization of War, America's Long War against Humanity (2015). He is a contributor to the Encyclopaedia Britannica.  His writings have been published in more than twenty languages. In 2014, he was awarded the Gold Medal for Merit of the Republic of Serbia for his writings on NATO's war of aggression against Yugoslavia. He can be reached at [email protected]

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