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Égypte : le souffle tiède de la révolte
Par Marie Girod
Mondialisation.ca, 20 janvier 2011
20 janvier 2011
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Plusieurs symboles sacrificiels en Algérie, Mauritanie et Egypte attirent l’attention sur le niveau de désespoir des populations concernées. Quatre hommes au Caire ont procédé  par immolation dont deux devant le Parlement, lieu stratégique devant lequel se déroulent habituellement les protestations hebdomadaires des Égyptiens.

Scepticisme et tension règnent. Si les Égyptiens partagent la joie de voir la Tunisie s’être débarrassée de son tyran, croire que l’Égypte pourrait faire de même dans les semaines à venir laisse dubitatif. L’Égypte et la Tunisie, d’un point de vue politique et économique subissent les mêmes contraintes depuis trois décennies. Mais l’argument qui les dissocie concerne l’idée d’une faiblesse de la conscience politique des Égyptiens.

Peut-on condamner si vite un peuple à ne pas participer au champ des possibles ?

Ahmed, commerçant d’une cinquantaine d’années dont la boutique se situe à deux pas du Parlement est sceptique quant à une révolte en Égypte à court terme, car les jeunes n’ont plus d’espoir : « Je me rappelle les émeutes dans les années 70 à propos de la hausse des prix, les gens sont descendus dans les rues et la police a réprimé dans le sang».

Or, l’Égypte est à l’aube d’élections présidentielles (septembre 2011) jouées d’avance préparant le renouvellement de l’ère Moubarak. On ne trouve plus beaucoup de gens pour apprécier certains « bénéfices » de la politique dictatoriale du PND (Parti au pouvoir), le ras le bol a gagné toutes les strates de la société, d’où une fonction unificatrice.

D’après Tewfik Aclimandos, chercheur au Collège de France, « les Égyptiens ont une conscience politique mais ne croient pas les hommes politiques. Si l’on compare avec la Tunisie, les classes moyennes tunisiennes sont plus instruites, l’autoritarisme tunisien plus crispé. La hausse des prix en Égypte est facteur de risques d’ insurrection populaire».

Démocratie, Dictature, ou Islamisme ?

L’Occident entretient un double discours qui consiste à promouvoir les valeurs démocratiques dans le monde arabe via le dialogue culturel entre autres, mais lorsqu’il s’agit de la liberté des peuples à s’autodéterminer l’Occident devient frileux, prône qu’une dictature vaut mieux que le risque de voir les pays aux mains des islamistes.

Les Frères musulmans sont en réalité très divisés sur la manière dont ils gouverneraient l’Égypte ce qui ne permet pas d’envisager qu’il serait aisé pour la confrérie de prendre le pouvoir dans un avenir proche, surtout par la force. Quant à la menace d’un coup d’état qui suivrait une destitution du pouvoir actuel n’est pas la seule option pour l’Égypte, meme si cette dernière force est numériquement importante et socialement soutenue.  

De l’opposition émergent de nouveaux mouvements ces dernières années tel le Hashd (Mouvement démocratique populaire pour le changement), héritier des nasséristes pour une part, qui appelle ce 25 janvier, jour de la fête de la police, à l’insurrection. Jihan Ibrahim, membre du Hashd, rappelle le mouvement des ouvriers de Mehala (au nord du Caire) en 2008, et la succession de grèves aux motifs diverses depuis. « Le choix symbolique du jour de la police pour manifester vise directement cet état policier qui est un instrument brutal du régime pour réprimer les libertés. Je doute, explique Jihan Ibrahim que la révolte se déclare ce jour-là mais j’espère que le president prendra cela comme un avertissement qu’il peut lui arriver la même chose qu’à Ben Ali en Tunisie.» 

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