Hamon, le frondeur, les cocus et les arrivistes

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Je vis dans une France où le député des Yvelines et conseiller régional d’Ile de France, ayant autrefois occupé les fonctions de député européen, de porte-parole du Parti socialiste, de ministre délégué à l’Economie sociale et solidaire et de ministre de l’Education Nationale, peut se présenter comme un socialiste frondeur alors qu’il n’a pas voté une motion de censure, sous prétexte qu’elle était de droite, contre la loi El Khomri. Je vis dans une France où il y a encore des gens pour s’accrocher à cette baudruche gonflée au gaz hilarant qui « traîne pourtant », nous rappelle Marianne, « une réputation d’apparatchik un rien combinard ».

Combinard, il l’a été indéniablement, lorsque, afin d’être élu à la tête du Mouvement des Jeunes Socialistes, il n’a pas hésité à faire repousser la limite d’âge à 29 ans alors que pour être candidat, il fallait avoir 25 ans maximum.

Combinard, il l’a été aussi en 2005 en rejoignant l’équipe Emmanuelli-Peillon, trahissant du même coup Montebourg qui l’avait nommé « porte-parole et cheville ouvrière du Nouveau parti socialiste »* trois ans auparavant, sous l’étiquette duquel il avait été élu député européen (2004).

Combinard, le député des Yvelines et conseiller régional d’Ile de France est aussi homme de réseaux : « Son aire d’influence s’étend du Mouvement des jeunes socialistes (MJS) à La Mutuelle des étudiants (LMDE), en passant par l’Union nationale lycéenne (UNL) et une bonne partie de l’UNEF »* lit-on dans Marianne. Et plus loin : « Pour Pascal Terrasse, député de l’Ardèche, « les réseaux Hamon, c’est une vraie entreprise de placement. »*

En lisant cela, je comprends que les intéressés, les arrivistes, les futurs placés, ceux qui se poussent du coude en escaladant les échelons de la machine électorale qu’on appelle encore PS, soutiennent Benoît Hamon, le manœuvrier, l’homme de réseau, l’apparatchik qui « s’occupe de tout le monde [et] place les uns et les autres sur des listes ou dans des cabinets, notamment locaux » et c’est d’ailleurs pour ce choix et pour leur arrivisme que je les méprise. « Tous à la gamelle ! », tel est leur perpetuum mobile.

Mais ceux que je ne comprends pas, ce sont les autres, les trompés, les cocus enflés par un candidat Hollande qui en 2012 avait dénoncé devant eux une finance sans visage pour aller aussitôt rassurer la vraie, celle qui en a plusieurs, des visages, et prépare ses mauvais coups dans les donjons de verre de la City. « Aujourd’hui, il n’y a pas de communistes en France », avait-il crié aux grands spéculateurs, « ou pas tellement… La gauche a été au gouvernement pendant 15 années durant lesquelles nous avons libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et aux privatisations. Il n’y a pas à avoir peur »**.

« Allez, venez messieurs les pirates! venez piller les biens des Français qui vont m’élire sous peu! Venez, je vous ouvre les portes du pays et vous tiens la France prête pour continuer la curée! », voilà ce qu’il leur a dit le futur président Hollande.

Alors ceux-là, les trompés, les cocus, les enflés, je les juge coupables, allons, pas autant que les arrivistes, mais coupables tout de même, d’avoir été naïfs et paresseux – contrairement aux arrivistes qui ne le sont pas et ne méritent aucune grâce -, coupables d’avoir soutenu le PS, cette deuxième droite comme l’ont qualifiée Jean-Pierre Garnier et Louis Janover, une deuxième droite qui n’a de socialiste que l’intitulé trompeur et dont la fonction a été et reste aujourd’hui de désarmer les salariés devant une offensive patronale de période de crise et de soumettre la France à l’OTAN, à l’Europe et à un capital dont la voracité est illimitée.

Hamon le frondeur, les cocus et les arrivistes…

Bruno Adrie

 

*Citations tirées de Etienne Girard, « Du MJS à la primaire : Benoît Hamon, 25 ans de combines au PS », Marianne, Dimanche 22 Janvier 2017 

** « Today there are no Communists in France. Or not many … the left was in government for 15 years in which we liberalised the economy and opened up the markets to finance and privatisations. There is no big fear » , The Guardian, 17 février 2012.



Articles Par : Bruno Adrie

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