Harper veut museler les groupes de femmes

Stephen Harper est un homme de droite, mais tous les gens de droite ne s’acharnent pas, comme lui, contre les droits de la personne. Le premier ministre du Canada s’est peut-être trompé de vocation. On l’aurait plutôt vu général d’armée sous les ordres de George W. Bush, son mentor.

Si on savait depuis longtemps que Stephen Harper n’est pas un militant des droits de la personne, on savait moins de quelle bassesse il était capable pour tenter de bâillonner les gens qui se montrent critiques à l’endroit de son gouvernement. Pour mettre au pas les groupes de défense des droits, le général Harper ne menace pas avec un fusil : il se sert des fonds publics et du pouvoir que lui a confié la population en le plaçant à la tête du pays.

Après avoir voulu museler la presse, dont il ne supporte pas la critique, après avoir dégagé des milliards de dollars pour l’armée canadienne et l’engagement du Canada en Afghanistan, coupé les vivres à la Palestine en imposant un odieux blocus économique aux Palestiniens de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, aboli le Programme de contestation judiciaire et imposé des compressions de l’ordre de dix millions à l’Initiative canadienne en matière de bénévolat, de 39 millions aux organismes de développement économique, de 18 millions aux programmes d’alphabétisation et de 55 millions aux Initiatives emploi jeunesse, le gouvernement Harper s’attaque maintenant aux groupes de femmes.

Bassesse : c’est le mot qui convient pour désigner la tentative du gouvernement Harper de monnayer l’action politique et le silence des groupes de femmes. Par la voix de la ministre Beverley Oda, responsable de la Condition féminine (beau programme pour une ministre de la Condition féminine !), ce gouvernement veut interdire aux groupes de femmes d’employer des subventions (d’ailleurs réduites) à des «activités de défense des droits ou de lobbying».

Dans les faits, que font ces groupes, sinon défendre les droits des femmes et suppléer, par les services qu’ils offrent, aux lacunes et aux iniquités de l’État ? S’ils renoncent à des «activités de défense des droits», donc à leur vocation première, à quoi serviront les fonds que le gouvernement leur accordera ? Aussi bien se faire hara-kiri !

À l’époque actuelle, les «activités de défense des droits» sont devenues une condition sine qua non de survie pour certains éléments de la société. Plus que jamais, il est nécessaire de protéger les plus vulnérables et les moins nantis des décisions arbitraires prises par des personnages imbus d’eux-mêmes qui se font élire pour représenter la population et qui ne songent ensuite qu’à se maintenir au pouvoir et à servir les intérêts des puissances économiques et militaires. Il faut même se protéger des comportements arbitraires de la Gendarmerie royale du Canada et du système judiciaire canadien !

L’opposition qui pactise

Ces personnages imbus d’eux-mêmes qui, une fois élus, ne songent qu’à leur réélection, c’est autant le gouvernement Harper, minoritaire, que les trois partis d’opposition qui le laissent agir à sa guise. Ces partis ne défendent pas plus que lui des principes et des droits fondamentaux, ou alors ils le font seulement quand cela leur semble rentable sur le plan politique. Ils composent, tergiversent, calculent, pactisent. C’est à leurs intérêts qu’ils pensent d’abord lorsqu’ils laissent le gouvernement minoritaire de Stephen Harper saper les droits et les programmes sociaux alors qu’ils pourraient aisément le renvoyer devant l’électorat. Mais ils ont eux aussi des privilèges à préserver, par exemple leur accès aux fonds publics.

Au moment où le gouvernement Harper, qui dispose cette année d’un surplus de 13 milliards, soustrayait cinq millions au budget de 13 millions de Condition féminine Canada, coupait dans plusieurs programmes sociaux et demandait aux groupes de femmes de renoncer à leur raison d’être en retour de subventions, on apprenait que tous les partis politiques à Ottawa gaspillent l’argent des contribuables dans des frais de déplacement et de communication excessifs. On s’étonnera ensuite que les contribuables se révoltent et n’aient guère d’estime pour les femmes et les hommes politiques. L’estime et le respect se méritent.

Les fonds publics n’appartiennent ni à Stephen Harper, ni à Beverley Oda, ni aux partis d’opposition, mais à la population, au sein de laquelle les femmes sont majoritaires mais souvent traitées comme une minorité, et les groupes qui les défendent ont le droit d’avoir leur part des revenus collectifs sans qu’on tente de les réprimer en les menaçant de les appauvrir. Une telle attitude est une odieuse tentative d’extorsion et d’intimidation. Le gouvernement Harper a-t-il le droit de se livrer au chantage ou à l’intimidation en se servant des fonds publics ? Cette question devrait être examinée à la lumière de la Charte canadienne des droits et libertés. […]

Micheline Carrier est éditrice du site Sisyphe



Articles Par : Micheline Carrier

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