Hillary Clinton, Barak Obama et le conflit israélo-palestinien

Hillary Clinton, Barak Obama et le conflit israélo-palestinien

Par Samuel Ghiles Meilhac (Chercheur) 11H55 05/02/2008 Un attentat suicide palestinien a frappé hier la ville israélienne de Dimona alors que la situation à Gaza reste très instable . A quelques heures du super tuesday, petit tour d’horizon des positions des deux candidats démocrates sur le conflit israélo-palestinien.

Barack Obama et Hillary Clinton ont fait évoluer leur discours au fil des années en direction d’un soutien net et quasi-inconditionnel à Israël. Ils avaient pourtant pris dans les années 1990 des positions fortes sur ce sujet. Hillary pour un Etat palestinien dès 1998 Alors qu’elle était first lady, Hillary Clinton s’était déclarée en mai 1998 favorable à ce que la « Palestine devienne un État » alors même que cette option n’était pas encore publiquement défendue par l’administration de son mari.

Cette déclaration, ainsi qu’une rencontre avec Souha Arafat, l’épouse du Président palestinien, avaient été utilisées par le maire de New York Rudolph Guliani, connu pour ses position très anti palestiniennes, afin de nuire à la candidature d’Hillary Clinton au poste de sénatrice dans l’Etat de New-York. Obama et les groupes arabes américains La même année, Barack Obama, alors élu du Sénat de l’Illinois, participait à plusieurs événements organisés par des groupes arabes américains de la région de Chicago. C’était l’occasion pour lui de rencontrer le palestino-américain Edward. W. Said. Professeur de littérature à Columbia et auteur de l’Orientalisme, cet intellectuel a été un farouche dénonciateur des accords d’Oslo qui n’apportaient selon lui qu’une mainmise israélienne supplémentaire sur les territoires palestiniens et renforçaient le pouvoir autocratique de Yasser Arafat.

De plus en plus pro-israéliens Plus les chances d’être candidat à l’élection présidentielle devenaient grandes plus ces deux personnalités démocrates de premier plan se sont efforcées d’apparaître comme de fervents soutiens aux politiques israéliennes. Hillary Clinton, qui relate dans ses mémoires le « dégoût » que lui avait inspiré sa rencontre avec Souha Arafat (qui avait déclaré quelques heures après sa rencontre, que les Israéliens « empoisonnaient l’air et l’eau des Palestiniens »), s’est rendue en Israël en 2006 afin de démontrer son soutien sans faille à l’Etat hébreu. Elle a visité, accompagnée d’officiels israéliens, le mur construit en territoire palestinien et a déclaré en soutenir le principe (pour des raison de sécurité) et le tracé, qui contrevient au droit international. Ce positionnement très pro-israélien n’est pas très surprenant lorsque l’on observe les votes de la candidate depuis 2001, au Sénat, où elle a soutenu l’essentiel des dispositions de la « guerre contre le terrorisme ».

Obama : une position plus subtile Barack Obama semble défendre une position plus subtile qui lui vaut la suspicion de part et d’autre. Pour flatter les groupes pro-israéliens, il se dépense sans compter. Il s’est rendu en 2007 devant un parterre de personnalités de l’Aipac, le American Israel Public Affairs Committee, l’élément le plus puissant du lobby pro-israélien aux États-Unis , où il a déclaré vouloir « préserver un engagement total pour la relation unique de défense qui lie [les États-Unis] à Israël ».

Il y a quelques jours encore il a pris sa plume pour écrire au représentant américain à l’Onu afin d’exiger que la résolution relative à la situation dans la bande de Gaza rappelle avant tout le « droit d’Israël à l’auto-défense ». Certains groupes de la gauche et des associations arabes américaines dénoncent son alignement pro-israélien. Mais Barack Obama avance des positions innovantes sur le Moyen-Orient. Il se dit prêt à dialoguer directement avec la Syrie et l’Iran, sur les questions relatives au terrorisme, au nucléaire et à la situation en Irak. Et en Israël, certains voient déjà rouge, comme Danny Ayalon, ancien ambassadeur israélien à Washington, qui a dénoncé « l’ambiguïté » du candidat démocrate à l’égard de l’Iran ; craignant qu’Israël n’en fasse les frais.

Barack Obama sait combien le débat est sensible sur ces sujets, alors que très récemment, les rumeurs sur sa foi musulmane ou de sa supposée hostilité aux Juifs avaient déclenché des controverses incontrôlables et irrationnelles. La récente publication du livre de John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, a eu le mérite d’ouvrir un débat public sur la relation entre les États-Unis et Israël. Il serait pour autant faux de voir dans les groupes de défense d’Israël les seules raisons du soutien américain à Israël. Le sentiment de partager un destin commun, celui d’un peuple pionnier, le lien aux textes saints comme la perception d’être des démocraties luttant contre le terrorisme islamiste, sont des éléments essentiels.

Au-delà des discours habituels pour la création d’un État palestinien et pour la sécurité d’Israël, il reste difficile d’imaginer quelle politique serait menée par Barack Obama ou Hillary Clinton. Les démocrates seront-ils capables, et auront ils la volonté de susciter une nouvelle dynamique au Moyen-Orient s’ils gagnent en novembre prochain ?



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