Honduras: lutte contre la privatisation de la santé et de l’éducation

L’actuel soulèvement qui se poursuit jour après jour au Honduras est catalysé par la privatisation des systèmes de santé et de l’éducation que veut mettre en place le « gouvernement ». Déjà la situation actuelle est gravissime, la majorité des enfants qui terminent l’école primaire n’accèdent pas à l’enseignement secondaire. Les hôpitaux manquent de matériel médical, de fournitures et de médicaments. Les patients ne peuvent se procurer les médicaments qui leurs sont prescrits… La privatisation achèverait de consacrer ce qui ressemble de plus en plus au génocide du peuple du Honduras, alors que plus de 60 % de la population vit dans la misère, et que l’exode est devenu le chemin obligé de ceux qui veulent avoir une chance de survie. Le soulèvement du peuple du Honduras, c’est le cri d’un peuple en colère qui veut en finir une fois pour toute avec la dictature et participer à la reconstruction du pays. Un pays où il ferait bon vivre pour tous.

Il y a quelques jours a été lancée le Dialogue Alternatif de la Plateforme contre la privatisation de la santé et de l’éducation. Il illustre parfaitement le sens de cette lutte et la manière dont la conduisent, au risque de leurs vies, des personnes éminemment respectables.

Ce moment est le passage d’un seuil dans cette lutte, passage de la protestation à l’action constructive, qui a été rendu possible par la massive mobilisation d’un peuple déterminé à prendre son destin en main. Ce dialogue, c’est le point de départ d’une transformation totale du mode de gouvernement du pays, de la dictature à la souveraineté populaire. C’est un moment d’histoire écrit par le Peuple.

Le but de ce dialogue alternatif est de réaliser un plan de santé et d’éducation COHÉRENT qui permette à chaque habitant(e) d’accéder tant à une bonne éducation qu’aux soins médicaux dont il ou elle aurait besoin pour conserver une bonne santé. Si des techniciens de haut niveau technique du pays et des invités expérimentés participent à la conception de ce plan, les populations des diverses régions du pays jusqu’aux plus petites municipalités, des divers secteurs d’étude et de travail, sont invitées à former leur propres tables de dialogues pour participer à son élaboration. « Con mucho alegria », avec cette joie contagieuse et cette chaleur humaine qui toujours refont surface, chez le peuple résistant du Honduras, jusque dans les pires moments  de douleur, d’affrontement et de répression.

La capacité d’auto-organisation du peuple du Honduras, sa détermination sont exemplaires.

L’Assemblée se lève pour une minute de silence et de recueillement offerte à ceux qui ont perdu la vie depuis les débuts de cette lutte. La première réunion de la plateforme a eu lieu le 12 avril en cette même salle du collège médical. On se s’engage pas dans une lutte contre l’état au Honduras sans mettre sa vie en danger.

L’Assemblée entonne ensuite en cœur l’hymne national. Parce qu’il est question ici d’un projet de patrie.

Le but de dialogue est d’établir une radiographie cm² par cm², de la situation dans l’ensemble du pays et des besoins de toute la population en matière de santé et d’éducation, afin de formuler un projet en adéquation avec les besoin réels des habitants. La proposition d’un modèle alternatif, incluant, respectueux des droits humains et tous sont appelés à participer.

Ce jour-là sont présent les coordinateurs de la plateforme, les professionnels de la santé et de l’enseignement, le peuple militant. Il y a aussi quelques invités de marque, observateurs, rapporteurs et professionnels venus apporter une aide technique. Le Représentant de l’Union Européenne, un représentant de l’Ambassade de France, un représentant de l’Ambassade du Canada, un représentant de l’Ambassade de Costa Rica, un représentant du Programme des Nations Unies pour le développement et la représentante de la haute commission des Nations Unies pour les Droits Humains. Et cela est remarquable, puisque ces mêmes instances soutiennent le projet de développement pour la région initié par Andres Manuel Lopez Obrador et élaboré par la CEPAL (Commission de l’ONU pour le développement économique de l’Amérique Latine) qui ne pourra malheureusement être mis en pratique au Honduras que lorsque le pays sera débarrassé de la corruption. Des représentants du gouvernement sont également présents : le vice-ministre de l’éducation et un membre du ministère de gouvernement et justice. Accueillis entre huées et applaudissements, la présentatrice leur rappelle que pour participer à cette plateforme, ils doivent en respecter les principes comme l’égalité entre participants.

[Pendant ce temps, les USA, Israël et quelques pays d’Amérique Latine envoient au Honduras des armes et des contingents de militaires « pour faire face aux situations d’urgence », entendre  « réprimer le peuple en résistance »]

Cet engagement est aussi engagement politique, une lutte contre les politiques néo-libérales imposées depuis plus de trente ans dans le pays, dans la région et dans le monde. Leur échec à assurer le bien-être des populations, le développement des pays est amplement consommé, il est temps de changer de modèle. C’est aussi une lutte contre la corruption qui gangrène tous les rouages de l’état sur tout le territoire.

Le dialogue alternatif est issu de l’échec du dialogue tenté avec le gouvernement, spécialiste en Consultations biaisées, dont il décide par avance des résultats auquel devrait parvenir le simulacre de dialogue. Les conditions d’un nouveau dialogue avec le gouvernement : il devra intégrer la Plateforme comme interlocuteur à part entière, alors que l’entièreté des débats devra être transmise en direct par les médias, un médiateur international spécialisé dans les politiques publiques devra être présent garantissant le respect des droits humains et de l’impartialité des débats. Des conditions inacceptables pour le gouvernement et donc la plateforme se met au travail sans lui, commençant à écrire l’histoire d’un nouveau système de santé et d’éducation pour le pays, une nouvelle histoire du Honduras. Sachant que le lutte pour faire respecter la Constitution qui accorde à tous le droit à la santé, à l’éducation – actuellement un fiction de droits – se gagne dans la rue. Et que le slogan que tous reprennent à présent : « Fuera JOH ! » qui appelle à la démission du président Juan Orlando Hernandez, est à présent dans toutes les bouches, comme la condition de possibilité d’une régénération du pays.

Vidéo en espagnol  :

La docteure Figueroa, présidente du Conseil des Médecins et leader incontestée et aimée du mouvement prononce alors quelques mots. Elle remercie les présents mais aussi tous ceux, innombrables, qui dans tous le pays se sont mobilisé pacifiquement pour défendre les droits de tous. En particulier la jeunesse, les étudiants qui se sont dédiés de tout cœur à cette lutte. Elle remercie aussi les patients qui sont leur raison d’être et leur inspire une vocation de service. « Le peuple s’est mobilisé pour un meilleur avenir face à un gouvernement qui non seulement utilise le pouvoir à son propre profit mais qui aussi oublie que le véritable pouvoir repose dans le peuple et non dans les charges qu’il occupe de manière transitoire. La forme du pouvoir établie par l’article 4 de la constitution est représentative, le pouvoir n’est pas exercé directement par le peuple sinon par des personnes élues pour agir en tant que ses représentants, en son nom et pour son bénéfice et non le contraire comme cela se produit aujourd’hui. Le dialogue citoyen alternatifsera un exercice de participation – incluant, objectif, formulant des propositions – entre différentes personnes, groupes, secteurs de la société hondurienne, incluant des représentants de l’état et d’organisations internationales et coopération qui convergent en fonction de l’Intérêt Général de la société pour concevoir un Plan pour l’amélioration intégrale du système de santé et d’éducation publique. Ce plan entend récupérer les système de santé et d’éducation publique du pays – qui aujourd’hui sont externalisés selon un modèle de gestion de services –  qui, finalement, puisse parvenir à ce que l’éducation et la santé soient garanties et reconnues comme des droits fondamentaux et non comme des biens du Marché, comme c’est le cas en ce moment ». Elle fait valoir que ces fonctions de l’état doivent être à charges de professionnels compétents et expérimentés de la santé et de l’éducation à l’écoute des besoins de chacun(e) et non remis entre les mains de gestionnaires de marchés.

Différentes Tables de Travail vont être mises en action, les premières concernent le secteur de la santé. 1)Une étude du cadre législatif et normatif en vigueur. 2)Une étude de l’affectation efficiente et rationnelle des budgets. 3) Une étude du rôle du secrétariat de l’éducation et de celui de la santé, de leurs attributions constitutionnelles et légale. 4)Modèle d’attention au système de santé. 5) décentralisation pour rendre accessibles santé et éducation dans tous le pays 6) Bilan de l’état des système de santé et d’éducation et de ses ressources humaines dans tout le pays. Afin d’ouvrir des espaces pour tous ceux qui jusqu’ici ont été exclus 7)Une table d’administration, contrôle et gestion des ressources et d’identification des situation d’urgence.  8)Une autre table sera plus spécifiquement orientée vers l’enfance et la jeunesse, leurs besoins spécifiques en matière d’éducation et de santé. 9)Une table fondamentale est celle qui sera chargée de la lutte contre la corruption. Celle sans quoi rien n’est possible.

Parallèlement des tables spécifiques seront consacrées aux différents aspects du système d’éducation. Et le processus est ouvert à la création de nouvelles tables en fonctions d’autres thématiques spécifiques qui seraient identifiées.

Chaque Table aura à sa disposition un coordinateur et un rapporteur et sera composée d’au moins 10 personnes reconnues pour leurs compétences, pour leur intégrité et leur compromission social, ils seront assistés par une équipe technique qui facilitera les processus internes de travail de chacune des différentes tables. Chacune comptera aussi la présence d’observateurs nationaux et internationaux ayant les mêmes qualités d’intégrité et d’engagement social. Ceux-ci seront présents afin de rendre compte du sérieux du travail effectué, de sa transparence, de son objectivité et de sa rigueur technique.

Après que soit posé un diagnostique des forces et faiblesses des deux systèmes, des propositions stratégiques et opératives seront formulées et présentées publiquement et officiellement aux autorités à charge de ces domaines. La plateforme, représentée par des membres des échelles nationales, régionales et municipale, des hôpitaux, des écoles et universités, des organisations populaires et de travailleurs, etc. et des personnes qui s’impliquent individuellement, accompagnera la création et contrôlera la mise en œuvre du Plan afin que celui-ci ait un visage humain, le visage et l’empreinte d’un peuple qui a été historiquement exclu des décisions pour le pays et qui aujourd’hui réclame un espace pour l’exercice de la participation et qui par dessus tout réclame ce qu’on lui a pris : « Non à la privatisation ! », conclu la docteure Figueroa.

J’ai entendu beaucoup de discours qui résonnent comme le bla bla bla des pieux souhaits et de manifestations de bonne intention dont on sait à l’avance qu’ils ne déboucheront jamais sur quoi que ce soit de concret, comme j’ai participé à ces réunions et tables de travail dont on réalise très vite que les conclusions dirigées ont été décidées à l’avance par quelque instance « supérieure ». Ici chaque mot résonne de la réalité concrète de ces millions de personnes mobilisées, impliquée, actives dans la réalisation de cette transformation du pays, chaque mot est chargé de l’intégrité, la rigueur, la compétence, la force de travail de ceux qui conduisent ce Projet. Et dans la salle le public enthousiaste est gonflé de l’espoir qui s’est en ce moment substitué à la colère.

A ce moment la présentatrice de cet événement nous apprend que 7 militants de la plateforme viennent d’être arrêtées dans un autre département du pays. L’ombre de la répression plane omniprésente.

Le prochain intervenant est le professeur Hernandez qui va expliquer comment la Plateforme a identifié les personnes qui seront observatrices et conseillères du processus. « Il y a quelque chose d’important dans ce processus de lutte, dans ce processus de pouvoir et de souveraineté politique » fait-il remarquer , « la participation à ce processus insurrectionnel à permis aux membres des différents Collèges Universitaires de sortir de leur bulle d’élitisme et de s’identifier à la Cause du Peuple du Honduras, de se rappeler qu’ils font partie du Peuple. »

Il va alors présenter les différents observateurs et conseillers choisis pour accompagner ce travail. Il y a des conseillers du Honduras au parcours de lutteurs sociaux éprouvés et d’autres venus de pays, Costa Rica, Bolivie et même États-Unis et du Canada qui ont participé dans leurs pays respectifs à des luttes similaires.

Le prochain intervenant (dont le nom m’échappe) est le président du Conseil d’infirmerie du Honduras. Il y a 37 ans dans les années 80, synonyme de dictature au Honduras, il était un étudiant en médecine et se retrouvait avec un de ces professeurs (présent dans la salle) et un autre médecin à discuter des conditions de possibilité de l’autonomie universitaire alors légalement limitée. Ils étaient trois, aujourd’hui ce sont des millions de personnes qui se sont mobilisées, le peuple s’est organisé. S’il évoque la sinistre mémoire des 80, trop semblable à la dictature actuelle, c’est pour rappeler que : « Tout se qui est légal n’est pas correct. A une époque, l’esclavage était légal et ce n’était pas correcte. Des peuples ont été soumis à la souffrance de manière légale et ce n’est pas correct. Or les humains doivent toujours agir en fonction de ce qui est moralement correct. »

Article 3 de la Constitution du Honduras : Nul ne doit obéissance à un gouvernement usurpateur ni à qui assume des fonctions ou des emplois publics par la force des armes ou par des procédés qui contreviennent ou méconnaissent ce que cette Constitution et les lois établissent. Les actes validés par de telles autorités sont nuls. Le peuple à le droit de recourir à l’insurrection en défense de l’ordre constitutionnel.

Cette inauguration va se poursuivre pendant encore plus d’une heure, et confirmer la qualité des intervenants, de leur expérience,  du travail entrepris et du soutien qu’ils veulent apporter à la résistance du Honduras. Les gens qui sont venus sont tellement nombreux que beaucoup d’entre eux n’ont pu trouver place dans la salle, une mobilisation se déroule dans la rue aux environs du Collège de Médecine. A la fin de cette présentation, tous vont aller les rejoindre pour constituer ensemble une marche pacifique qui se rendra à l’Université Nationale pour soutenir les étudiants et professeurs qui y sont en lutte. Symbiose et interaction de ceux qui ensemble forment un peuple uni.

Ce sont là les délinquants qui sèment le chaos au Honduras selon ce que diffusent les médias de propagande.

Anne Wolff

Cet article a été publié initialement sur le blog de l’auteur :

Honduras: lutte contre la privatisation de la santé et de l’éducation – Le blog de Anne Wolff



Articles Par : Anne Wolff

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