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Hong Kong, le «Je me souviens» des Chinois
Par Robin Philpot
Mondialisation.ca, 09 juillet 2020

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Il est surprenant de voir tant de commentateurs au Québec prendre parti contre la Chine et pour l’ancienne puissance coloniale britannique dans le litige sur Hong Kong. Car la prise de Hong Kong par l’Empire britannique s’est passée à exactement la même époque que la suppression brutale des Patriotes québécois, du rapport Durham et de l’Acte de l’Union du Bas et du Haut Canada, la « deuxième Conquête ».

Le dessein de l’Empire britannique dans les deux cas était le même : consolider et étendre la « merveilleuse machine de domination et de puissance britanniques … dans toutes les parties du monde », selon l’expression du gouverneur britannique Gosford en 1835.

L’Empire britannique a, en effet, déployé son armée en 1837 et 1838 pour réprimer le mouvement des Patriotes et ainsi empêcher la création d’une « république française dans le Bas-Canada », pour reprendre les termes du rédacteur en chef du Montreal Herald (10 nov. 1835), lui qui faisait déjà un appel aux armes. Il s’agissait pour la Couronne britannique de conserver sa mainmise sur cette pièce capitale dans les Amériques, puisque les colonies britanniques, toujours selon le Montreal Herald, « mettent le globe terrestre à sa portée et la rendent maîtresse du monde ». Pour le Herald, il s’agissait d’un maillon essentiel qui complétait ce qu’il qualifiait de la « chaîne de supériorité commerciale qui s’étend de la côte norvégienne à celle de la Chine. »

Bataille de Saint-Denis (1837). Source : Wikipédia

Pour fortifier cette chaîne, les Britanniques se sont acharnés à mettre à genoux la Chine au moyen de l’opium, de guerres du même nom et du dépeçage de son territoire.

Le Royaume-Uni a pris officiellement le contrôle de Hong Kong en 1842 à la suite de la première guerre de l’opium, guerre qu’ils ont provoquée eux-mêmes. En réponse au refus de la Chine de commercer avec l’Angleterre, cette dernière avait inondé la Chine d’opium produit dans sa colonie voisine de l’Inde dans le but de l’affaiblir et de provoquer des guerres internes. 

L’Empire britannique dans le port d’Armoy en Chine en 1841 

La Chine n’a jamais oublié que cette partie de son territoire national lui a été volée. Patiente, elle a attendu 50 ans après la libération nationale de 1949 pour réintégrer dans son territoire national.

 

Une question de souveraineté et d’intégrité territoriale

Les 53 pays qui ont appuyé la Chine lors du vote au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU le 30 juin dernier ont bien précisé dans leur résolution qu’il s’agissait de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale d’un État membre de l’ONU. (Le Canada a voté contre cette résolution). Ce respect est le principe fondateur de l’ONU et de l’ordre international né dans la foulée la Seconde guerre mondiale. 

On reproche aux Québécois de trop souvent oublier notre devise, « Je me souviens ». Or s’il y a une époque dont on se souvient, c’est bien celle des Patriotes de 1837-38. Le Québec même remplacé la Fête de la Reine – jadis Empire Day et toujours Victoria Day au Canada – par Journée nationale des Patriotes. 

Pourquoi donc ne peut-on pas comprendre le « Je me souviens » de la même époque des Chinois? 

Robin Philpot

 

Image en vedette :

Parmi les sources :

The Prophetic Anti-Gallic Letters, Adam Thom and the Hidden Roots of the Dominion of Canada de François Deschamps (Baraka 2016);

En français, Les ennemis français de la race anglaise, Les Lettres d’Adam Thom au gouverneur en chef des Canadas, 1836 (Septentrion 22019))

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