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Huit ans après l’invasion
Par Bill Van Auken
Mondialisation.ca, 17 octobre 2009
WSWS 17 octobre 2009
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https://www.mondialisation.ca/huit-ans-apr-s-l-invasion/15726

Washington est confronté à une débâcle de plus en plus grave en Afghanistan

Cela fait huit aujourd’hui que la guerre des États-Unis contre l’Afghanistan a été lancée. Le bombardement aérien de Kaboul, Kandahar et Jalalabad avait été suivi du déploiement de troupes d’élite de la CIA et de l’armée qui avaient servi à marquer les cibles de l’aviation militaire américaine pour éliminer les combattants talibans. Les milices de l’Alliance du Nord – un rassemblement de seigneurs de guerre ayant des liens avec le trafic de l’opium et responsable de crimes de guerre au cours des dix années précédentes – avaient servi d’auxiliaires pour Washington.

En l’espace de deux mois, toutes les provinces afghanes étaient tombés aux mains de la force d’intervention américaine, un grand nombre des résistants talibans étaient faits prisonniers et massacrés et d’autres étaient repoussés dans les montagnes de Tora Bora ou derrière la frontière pakistanaise. Durant ces deux mois, un total de 12 soldats américains avaient été tués.

Huit ans plus tard, la Maison blanche d’Obama et le Pentagone sont engagés dans un débat animé sur la question de savoir s’il faut envoyer 40 000 soldats supplémentaires – en plus des 68 000 Américains et 38 000 venants d’autres pays de l’OTAN qui y sont déjà déployés – dans une tentative de sauver une intervention qui n’a réussi qu’à intensifier la résistance à l’occupation sous commandement américain et à la propager dans tout le pays.

Le nombre de soldats américains et de l’OTAN tués en Afghanistan cette année se monte à 400 pour l’instant – près de six fois plus que le nombre de morts dans la première année de l’intervention. La guerre dure depuis deux fois plus longtemps que la durée de l’engagement des troupes américaines dans la deuxième guerre mondiale.

Le gouvernement de Bush avait lancé cette guerre au nom de l’écrasement d’Al Quaida et de la capture, ou du meurtre, d’Oussama Ben Laden. Cela avait été justifié comme une vengeance pour les attaques du 11 septembre 2001, événement tragique dont les véritables origines n’ont toujours pas été l’objet d’une enquête sérieuse.

Le gouvernement Obama se sert du même prétexte fondamental, décrivant l’Afghanistan comme une « guerre par nécessité » – par contraste avec la « guerre par choix » en Irak, toujours occupé également – Comme son prédécesseur, Obama insiste sur le fait que cette guerre vise à empêcher une nouvelle attaque terroriste, il maintient ce prétexte alors même que son conseiller à la sécurité nationale, le général en retraite James Jones, a admis cette semaine qu’il n’y a pas plus de 100 membres d’Al Quaida dans tout l’Afghanistan, et qu’ils n’ont aucun moyen d’attaquer les États-Unis.

Le World Socialist Web Site a, dès le départ, rejeté cette justification comme étant un mensonge. Dans une déclaration de l’équipe de rédaction affichée le 9 octobre 2001, deux jours après le lancement de la guerre, le WSWS expliquait :

« Si les événements du 11 septembre ont servi de catalyseur à l’assaut contre l’Afghanistan, sa véritable cause est plus profonde. La nature, progressiste ou réactionnaire, de cette guerre ou de toute autre, n’est pas déterminée par les événements qui l’ont immédiatement précédée, mais par la structure de classe, la base économique et le rôle international de chacun des Etats impliqués. De ce point de vue décisif, l’action menée par les États-Unis est une guerre impérialiste.

« Le gouvernement américain a lancé la guerre pour faire valoir les vastes intérêts internationaux de l’élite dirigeante américaine. Qu’est l’objectif central de la guerre ? L’effondrement de l’Union soviétique il y a dix ans a créé un vide politique en Asie centrale, région qui constitue le deuxième plus important bassin recensé de pétrole et de gaz naturel au monde. »

Cette déclaration poursuivait, « En attaquant l’Afghanistan, en y établissant un régime client et en y introduisant des forces armées en grand nombre, les Etats-unis ont pour but d’établir un nouveau cadre politique dans lequel ils exerceront leur contrôle hégémonique. »

Il n’y a rien à changer à cette analyse. Depuis octobre 2001, des preuves suffisantes sont venues confirmer que la décision d’envahir l’Afghanistan – comme celle de conquérir l’Irak – avait été prise bien avant les attaques du 11 septembre. Ces attaques n’ont servi que de prétexte à deux agressions militaires, elles n’en sont pas les causes.

La débâcle à laquelle l’impérialisme américain est confronté en Afghanistan est de son propre fait. Al Quaida et les Talibans sont tous deux les produits de précédentes interventions des États-Unis en Afghanistan. À partir de 1979, Washington accorda des milliards de dollars en armes et aides diverses aux guérillas islamistes qui cherchaient à abattre le gouvernement du pays soutenu par l’URSS. Ils poussèrent délibérément les Soviétiques à envahir le pays entraînant une guerre qui fit plus d’un million de victimes, plus de cinq millions de réfugiés et brisa toute la société afghane.

À cette époque, Ben Laden faisait partie du réseau CIA-Arabie Saoudite – Pakistan. L’essentiel de l’aide américaine allait aux forces du chef Moudjahidin Gulbuddin Hekmatyar, qui est maintenant accusé des attaques du week-end dernier qui ont tué huit soldats dans la province reculée du Nuristan.

L’occupation américaine commencée il y a huit ans s’est révélée être une catastrophe majeure de plus pour le peuple Afghan. Des milliers de gens ont été tués dans les bombardements aériens et les raids de répression dans tout le pays, et le taux de pertes civiles est en constante augmentation.

Des conditions de vie déjà inacceptables n’ont fait qu’empirer. Les Nations unies ont récemment rangé l’Afghanistan à la 181e place mondiale, sur 182, pour les indices de développement humain. Seul le Niger est en dessous.

L’espérance de vie est tombée à 43 ans depuis l’invasion américaine. Au moins 40 pour cent de la population est au chômage et 42 pour cent vit avec moins d’un dollar par jour. Un enfant sur cinq meurt avant son cinquième anniversaire, et une naissance sur 50 se termine par la mort de la mère, l’un des taux les plus élevés au monde. Les deux tiers de la population adulte du pays ne savent pas lire et écrire.

Les conditions de vie s’aggravent continuellement même avec les 36 milliards de dollars d’aide étrangère qui ont afflué dans le pays à partir d’octobre 2001, l’essentiel de ces sommes se retrouvant dans les poches de la cleptocratie dirigée par le pantin des États-Unis, le président Hamid Karzai.

Haïs par la majeure partie de la population et ayant ouvertement triché lors de l’élection présidentielle du 20 août, Karzai ne reste au pouvoir que par la grâce de Washington, qui est arrivé à la conclusion qu’ils n’ont personne pour le remplacer.

Ce contexte de violence, de dégradation sociale et de corruption est à l’origine du large soutien populaire envers ceux qui s’opposent à l’occupation. Le débat qui se déroule à Washington porte sur le meilleur moyen de supprimer cette résistance.

D’après les articles de presse, les deux principales options envisagées sont : soit le déploiement de 40 000 soldats supplémentaires pour une reprise de la campagne contre les insurgés, ce que demandent le général Stanley McChrystal et le pentagone, soit l’usage de drones d’attaque, de bombardements aériens et d’opérations ponctuelles des forces spéciales au Pakistan, ce que proposent le vice-président Joseph Biden et d’autres membres du gouvernement. Les deux solutions impliquent une guerre plus sanglante et plus étendue.

Bien qu’il y ait incontestablement des divisions sur la manière dont la guerre devrait être conduite, tout le monde part du principe qu’il faut accomplir les objectifs initiaux de cette guerre : établir le contrôle des ressources énergétiques de l’Asie centrale pour que l’impérialisme américain prenne un avantage décisif sur ses rivaux économiques en Asie et en Europe.

L’avènement de la crise financière mondiale n’a fait qu’intensifier les contradictions qui motivent le militarisme américain, en particulier le conflit entre une économie au fonctionnement mondial et une organisation du monde en Etats-nations capitalistes rivaux. Ce conflit trouve son expression la plus explosive dans le déclin de la domination de l’impérialisme américain.

La majorité des Américains sont contre les guerres d’Afghanistan et d’Irak, des millions d’entre eux ont voté pour Obama du fait de cette opposition. Mais ces deux guerres se poursuivent, et Obama se prépare à aggraver le carnage en Afghanistan et au Pakistan, tout en menaçant l’Iran d’une intervention militaire.

Le gouvernement d’Obama ne représente pas moins que Bush et les républicains les intérêts de l’oligarchie patronale et financière qui dirige les États-Unis – que ce soit en politique étrangère ou intérieure. Ces guerres lointaines s’accompagnent d’une inégalité sociale croissante ainsi que d’une attaque contre le niveau de vie et les droits démocratiques et sociaux des travailleurs aux États-Unis mêmes.

La discussion qui a lieu actuellement à la Maison blanche – et à l’insu du peuple américain – pour savoir comment garantir au mieux les intérêts de l’impérialisme américain en Asie centrale, comporte des risques immenses. Une intensification de cette guerre, que ce soit avec plus de troupes au sol, ou avec plus d’attaques aériennes, risque de déstabiliser le Pakistan, qui est une puissance nucléaire, ainsi que tout le Sud et le centre de l’Asie. La Chine, puissance montante, et la Russie, présente de longue date dans la région, ne resteront pas spectateurs indéfiniment devant les tentatives de Washington de maintenir sa domination par la force armée.

La guerre entamée huit ans plus tôt et le risque de son intensification vers une conflagration bien plus sanglante ne peut trouver sa fin que par l’intervention de la classe ouvrière aux États-Unis et internationalement, luttant contre le système d’exploitation capitaliste qui est à la source du militarisme.

Dans cette lutte, il faudra exiger le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes étrangères d’Irak et d’Afghanistan, la fin des attaques américaines sur le Pakistan, et le démantèlement de l’appareil militaire et des renseignements américains, pour trouver les milliards de dollars nécessaires aux réparations à accorder aux victimes des agressions américaines ainsi que pour assurer des emplois et améliorer les conditions de vie de tous les travailleurs, américains comme étrangers.

Article original, WSWS, paru le 7 octobre 2009.

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