Hydrocarbures et environnement : Les fausses vérités de Gaz Métro

Le déclencheur: «Le gaz naturel est bien sûr un hydrocarbure, mais c’est le moins polluant et le moins émissif sur le plan des GES […]» S’alimenter en gaz naturel localement peut avoir un impact positif sur l’environnement, puisqu’ on éviterait ainsi les émissions de GES associées au transport du gaz naturel sur de longues distances.[1]»

En se portant à la défense de la campagne de publicité de la compagnie Gaz Métro qu’elle représente, Mme Stéphanie Trudeau énonce quelques lieux communs réitérés par l’industrie qu’on peut qualifier de faussetés. Par exemple, il est faux de prétendre que le gaz naturel qu’on exploiterait à Anticosti serait moins polluant et moins émissif sur le plan des gaz à effet de serre (GES) que n’importe quel autre hydrocarbure. Il est aujourd’hui démontré que le gaz obtenu par fracturation hydraulique est davantage émetteur de GES que le charbon[2]. Et les dommages collatéraux causés à l’environnement et à la santé par l’empoisonnement des sols, de l’eau et de l’air ne font qu’assombrir encore le bilan de cette filière énergétique décriée partout dans le monde.

Contrairement à ce qu’affirme Mme Trudeau, l’exploitation du gaz au Québec ne représente pas «un avenir énergétique meilleur». L’exemple de nos voisins américains est assez éloquent à ce sujet.  Leurs émissions de GES sont toujours en hausse et la transition vers les énergies faibles en carbone stagne. La frénésie du gaz de schiste, qui a marqué ces dernières années, nuit à la transition énergétique. L’eau souterraine de la Pennsylvanie est maintenant contaminée et possède un taux de radioactivité 60 fois supérieur à la normale[3]. Un nuage de méthane grand comme l’État du Delaware surplombe les champs de forage du Nouveau-Mexique, gracieuseté des compagnies gazières[4].

Lors des consultations publiques menées par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles sur le thème de l’efficacité et l’innovation énergétiques, le 13 février 2015, plusieurs dirigeants d’entreprises québécoises dans le domaine de l’énergie solaire, de l’éolien et de la géothermie ont fait valoir l’immense potentiel d’énergie renouvelable que recèle le Québec. Les rapports de plus d’une centaine de scientifiques sur la transition énergétique vont dans le même sens[5]. Le Québec et le Canada possèdent toutes les ressources pour être libérés des hydrocarbures d’ici 2035[6]. Voilà ce qui représente un avenir énergétique meilleur! Quelle que soit l’ampleur des émissions de méthane en provenance des infrastructures de gaz naturel, la consommation des énergies fossiles pour produire de l’énergie, incluant le gaz, contribue aux changements climatiques. Plusieurs experts l’ont exprimé on ne peut plus clairement: «Le gaz naturel est un pont vers le néant.[7]»

Louise Morand

Comité vigilance hydrocarbures de l’Assomption

8 novembre 2015



[1] Stéphanie Trudeau. «Une campagne de publicité engagée», Le Devoir, 5 novembre 2015. http://goo.gl/jU0fJ6.

[2] Robert W. Howarth, Renee Santoro et Anthony Ingraffea. «Methane and the greenhouse-gas footprint of natural gas from shale formations», Climatic Change, juin 2011, vol. 106, p. 679-690. http://goo.gl/7fRc89.

[4] «Largest methane cloud in the U.S. grows. Leaks of greenhouse gas from energy-production sites continue to expand nationwide», The Columbus Dispatch, 6 novembre 2015. http://goo.gl/tclN35.

[5] Un grand bond vers l’avant. https://leapmanifesto.org/fr/un-grand-bond-vers-lavant/.

[6] Catherine Potvin et al. Agir sur les changements climatiques, http://biology.mcgill.ca/unesco/FR_Fullreport.pdf.

[7] Andrew Nikiforuk. «Natural Gas Is a Bridge to Nowhere: Cornell Methane Expert», The Tyee, 23 mai 2014. http://goo.gl/G1by5q.

 



Articles Par : Louise Morand

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