Il n’y a plus d’oiseaux dans le ciel de Gaza

J’adore le bleu du ciel et les nuages blancs au-dessus de Gaza.

Gaza ! Ville de beauté, de créativité, de dignité, de rébellion, de résilience, de fermeté, d’ambition et de triomphe.

Gaza ! Ville d’agonie, d’amertume, d’humiliation, de gaspillage, de déplacement et de délabrement physique et psychologique.

À Gaza, la couleur du ciel ravive les souvenirs.

La violence génocidaire d’Israël à Gaza a commencé le 7 octobre. Depuis, nous sommes tourmentés de toutes les manières possibles.

Même le ciel a changé, sa couleur parle la douleur. Il n’est plus jamais pur, il est juste émaillé de roquettes, de missiles et de tirs d’artillerie.

Les oiseaux volent toujours dans le ciel, mais les survivants quittent Gaza et l’impitoyable occupation israélienne.

Les missiles frappent partout, sans discrimination. Les bébés sont assassinés, les hommes blessés et les femmes portent dans les yeux un chagrin constant.

Même les chats se réfugient sous nos vêtements ou derrière nos maisons.

Au lieu du gazouillis des oiseaux, nous n’entendons que lamentations.

“Mon oncle, j’ai attendu trois jours que ma sœur m’apporte une gorgée d’eau, mais elle repose désormais sous les décombres. Elle n’a goûté qu’à une tasse de chagrin”, dit une petite fille.

Une femme pleure son fils tombé sous les balles.

“Je l’ai appelé Ayoub pour qu’il soit source de tolérance … Dieu, accorde-moi la tolérance”.

Un homme épuisé invoque la générosité de Dieu alors que tombe la pluie.

“Mes enfants n’ont pas bu d’eau depuis hier soir. Aujourd’hui, ils étanchent leur soif avec la pluie d’hiver”.

Les lamentations de Gaza

Une mère partage son chagrin :

“J’ai subi 350 injections pour accoucher après 12 ans d’attente. Israël m’a privée de l’enfant que j’attendais depuis longtemps.”

Une mère partage sa joie :

“Ma sœur ! Kamal ! Il est vivant !“

Un homme est là, debout dans les décombres de sa maison.

“J’ai perdu ma maison. J’ai perdu mes souvenirs.”

Une fillette lance, révoltée :

“Monde ! Je suis fière que ma famille soit tombée en martyr”.

Un garçon de 13 ans avoue ne plus rien ressentir :

“J’ai perdu toutes mes émotions.”

Un père raconte à sa fille avoir cherché du pain pendant quatre jours. Une mère veut mourir pour rejoindre ses enfants. Un enfant réclame de l’eau. Un médecin fatigué aboie des ordres.

Une jeune femme, Khuloud, raconte :

“La nuit a été horrible. Nous ne pouvions pas appeler notre père pour lui demander conseil sur l’endroit où aller. Les bombes tombaient de partout. Nous avons tellement peur.”

“Nous avons fui jusqu’au bout de Gaza, mais on n’est plus nulle part en lieu sûr ici”, dit une femme en colère.

Un enfant dit :

“Nous sommes devenus si vieux…”

“Sommes-nous des êtres humains ?” Cette femme a perdu ses enfants. “Nous sommes faits de chair, de sang, de cœur et d’esprit. Nous connaissons joie et tristesse. Nous aimons notre vie. Nous voulons vivre.”

Un père en deuil se défend d’être un héros.

“Nous sommes un peuple fort. Mais nous sommes épuisés, et nous voulons la paix.”

Le réconfort de la prière

Le ciel est sombre, les airs résonnent de lamentations.

Je déteste la nuit. Je la déteste !

Le 11 décembre, ma femme et moi avons été réveillés en sursaut par l’effroyable vacarme des tirs d’artillerie. Les fenêtres ont volé en éclats.

Le ciel était barbouillé du rouge sombre des incendies et des explosions.

Nous avons quitté précipitamment nos chambres pour rejoindre la famille blottie dans un tout petit espace tout juste assez grand pour nous tenir regroupés.

Une mère avec son bébé d’un mois a prié à voix haute :

“Dieu, si nous mourons, faites que je meure avec mon bébé. Je ne peux supporter l’idée de le laisser seul dans ce monde”.

Ses larmes m’ont profondément touché.

Au milieu du chaos, ma famille s’est mutuellement rassurée, et j’ai trouvé du réconfort dans la prière.

Israël n’a pas le droit d’ôter la vie aux innocents. Rien ne le justifie. Nos âmes et nos corps sont morts. Comment ont-ils osé ?

La nuit, notre secteur a de nouveau été bombardé, avec un nouveau black-out d’internet et d’électricité. Ils ont ciblé les ambulances et les journalistes.

Nous avons essayé de nous rendormir, mais en vain. Quand le soleil s’est levé, j’ai souhaité ne serait-ce qu’une demi-heure de répit.

Le 15 décembre à 19 heures, le ciel s’est éclairé d’une lueur inquiétante, présageant une nouvelle nuit de peur.

Moralement épuisé, j’évite de dormir pour ne pas me réveiller en panique.

La nuit est comme une tombe. On ne sait jamais si sa porte va s’ouvrir ou se refermer sur nos âmes et nos corps.

Je ne veux pas mourir sans avoir revu ma mère, mon père, et mes frères et sœurs.

Nous pensions être en sécurité à Khan Younis. Nous nous sommes trompés. Israël massacre les civils, même dans le sud.

Il n’y a plus d’oiseaux dans le ciel. Plus aucune couleur n’est pure. Il flotte un voile de fumée lourde et grise que seule la teinte rouge des attaques israéliennes vient troubler.

Le ciel reflète notre sang versé, et notre désespoir.

Batoul Mohamed Abou Ali

 

Article en anglais :

https://electronicintifada.net/content/birds-no-longer-grace-gazas-sky/42901

Traduction : Spirit of Free Speech

Image en vedette : Capture d’écran. Un petit garçon et un chat se réconfortent l’un l’autre dans un abri temporaire à Khan Younis, dans le sud de la bande de Gaza. Naaman Omar APA images

Batoul Mohamed Abou Ali a récemment obtenu son diplôme à l’université islamique de Gaza.



Articles Par : Batoul Mohamed Abou Ali

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