Importance stratégico-militaire des Iles Malouines – Falklands

USA, l’Angleterre le pétrole mystérieux et la nécessité militaire

Pour l’ambassade des Etats-Unis à Londres, les Malouines (Malvinas en espagnol) n’existent pas, au moins pas avec ce nom. Un câble exfiltré par Wikileaks rend compte de différentes interprétations de deux multinationales pétrolières : Desire et Exxon et de la vision qu’a Washington sur l’importance stratégico-militaire des possessions Britanniques.

Dans une dépêche publiée par Wikileaks, le terme utilisé pour se référer aux îles de l’Atlantique Sud est « Falklands » et le nom qui est donné au gouvernement de la Grande-Bretagne, est celui de « gouvernement de Sa Majesté ». La dépêche confidentielle de février de l’an dernier rend compte de la « tension » causée par l’arrivée aux îles d’une plate-forme de forage pétrolier sous-marine et l’annonce argentine de ce que tous les navires requerront une autorisation de navigation avant de partir de l’Argentine ou des eaux argentines en destination des îles Malouines.

À la différence des dépêches envoyées depuis l’Ambassade US à Buenos Aires, qui se réfèrent aux îles comme « Malvinas/Falklands » , dans les câbles londoniens la dénomination Argentine disparaît, comme si la souveraineté réclamée par le pays occupant n’était pas en doute. En revanche, la référence au « gouvernement de Sa Majesté » (HMG) apparaît dans les dépêches londoniennes et celles faites depuis l’Argentine.

Le câble sur les forages dit que l’entreprise pétrolière britannique Desire, qui les a en charge, assure que les Malouines sont pleines de pétrole. Mais la dépêche ajoute qu’une autre importante entreprise pétrolière, Exxon-Mobile, ne croit pas qu’il y en ait suffisamment pour que son extraction devienne rentable.

« (Desire) estime le potentiel du pétrole récupérable à 3500 millions de barils, avec des réserves de gaz de plus de 250 millions de mètres cubes. (Note : Le directeur international d’Exxon/Mobil Brad Corson nous a dit qu’il ne croit pas qu’il y ait suffisamment de pétrole dans la plateforme continentale des îles Falklands, pour faire du profit, citant les précédentes explorations pétrolières de Shell qui ont été abandonnées. Fin de note). » [Voir note confidentielle complète en documents joints ou ici : Confidential Section 01 of 03 London 000439 : UK Defends Oil Exploration in Falkland Islands waters]

La note est signée par l’ambassadeur Lou Susman, l’ex-directeur de Citigroup et l’un des principaux financiers de la campagne du président Barack Obama. Il explique les démarches nécessaires, aussi bien aux Malouines, qu’au Royaume-Uni, pour obtenir une licence pétrolière pour l’extraction dans la mer qui entoure les îles, et il décrit brièvement les entreprises qui les ont obtenues. Il affirme que selon Desire les forages vont être faits dans « des eaux fermement britanniques », et par conséquent en accord avec le droit international, chose que l’Argentine conteste.

« Desire a dit que la plate-forme est strictement dans des eaux britanniques et que les protestations argentines n’altéreront pas ses activités ».

Des croisières, ok

Selon la note confidentielle, la mesure adoptée par le gouvernement argentin n’affecte pas vraiment la production pétrolière ni l’économie des îles, tant que restent ouvertes des routes d’approvisionnement depuis le Chili, l’Uruguay et le Brésil, et elle souligne que les croisières touristiques n’ont pas eu à interrompre leurs voyages dans les îles.

« (Le fonctionnaire de la Chancellerie britannique) Allen a dit que le gouvernement argentin avait appliqué jusqu’à présent son décret en requérant des autorisations de navigation entre le continent et les Falklands qu’à un seul bateau et que les croisières continuent de voyager entre des ports argentins et les îles. En tout cas, il a dit qu’il y a peu de circulation aérienne et maritime entre les Falklands et l’Argentine. Allen a remarqué que les principales voies d’approvisionnement pour les îles étaient un vol hebdomadaire depuis le Chili et des cargos qui arrivaient depuis l’Uruguay et le Brésil. Il a exprimé un certaine inquiétude à l’idée que ces pays dans l’avenir pourraient être incités à restreindre ces voies par solidarité avec l’Argentine ».

Jusqu’à présent, les inquiétudes du fonctionnaire britannique ne se sont pas matérialisées, au-delà de l’appui diplomatique de ces pays à la sollicitude de souveraineté argentine dans divers forums. Cependant, en septembre de l’année dernière, l’Uruguay a refusé l’accès du port de Montevideo à un navire militaire britannique en route vers les Malouines.

À l’égard de la demande argentine de souveraineté sur les îles, le fonctionnaire britannique dans la dépêche citée dit que son gouvernement maintient sa position historique de l’ignorer tant que les insulaires se refusent à la considérer. Malgré cette attitude, le fonctionnaire britannique reconnaît que le gouvernement argentin de Cristina Kirchner a fait part de sa protestation face au refus britannique de manière pacifique et légale.

« (Allen) nous a dit le 24 février qu’aucun gouvernement du Royaume-Uni ne négocierait la souveraineté des Falklands sans l’approbation des insulaires, qui dans leur immense majorité s’opposent à de telles discussions. Il a souligné le désir du gouvernement de « Sa Majesté » de continuer à coopérer avec l’Argentine sur tous les autres sujets. Il a dit que l’Argentine semblait avoir adopté une posture similaire, en signalant un communiqué du gouvernement de l’Argentine disant qu’il le fera d’une manière légale et diplomatique. »

La dépêche remarque que ni l’entreprise ni la Grande-Bretagne ne veulent de problèmes avec l’Argentine de par leur décision de permettre l’exploitation de pétrole aux Malouines. « Desire a confirmé que les actions de l’Argentine n’interrompront pas ses activités et a dit qu’elle avait travaillé avec la Chancellerie britannique (Foreign and Commonwealth Office) pour essayer d’éviter que s’enflamment des tensions. Avec l’exception des Falklands, le gouvernement de « Sa Majesté » cherche à continuer avec sa relation normale avec l’Argentine. »

Dans son commentaire final, l’auteur de la note confidentielle suggère que les forages britanniques aux Malouines sont une réalité que l’Argentine devrait accepter sans dire mot. « Des fonctionnaires du gouvernement du Royaume-Uni ont fait des déclarations publiques consolidant le droit des îles Falklands d’émettre des autorisation d’exploration et de production dans sa zone de conservation conformément au droit international. Cependant, ils ont tenu un profil bas face l’affrontement et à l’impact que cela pourrait avoir dans la relation entre le Royaume-Uni et l’Argentine et avec d’autres pays de l’Amérique Latine. Le gouvernement de « Sa Majesté  » a essayé d’éviter une escalade des tensions et a souligné que le gouvernement de « Sa Majesté » désire avoir des relations normales avec l’Argentine sur tous les autres sujets. La Chancellerie britannique espère que l’Argentine procède de manière similaire ».

Página 12 . Buenos Aires, le 10 avril 2011.

*** La diplomatie US décrit les colonies Britanniques
RESTES DE L’EMPIRE

Une note étasunienne datée à Washington et filtrée par Wikileaks reflète la vision de Washington sur l’importance stratégico-militaire des possessions de Londres.

Les quatorze colonies britanniques, y compris les Iles Malouines, sont les restes d’un empire où ne se couchait jamais le soleil et les navires de « Sa Majesté » régnaient sur les sept mers. Cela ne n’est pas dit par une association d’ex-combattants argentins, ni le Parti Communiste Révolutionnaire anglais, mais par le Département de l’État des Etats-Unis dans une dépêche diplomatique confidentielle du mois de mai 2009, écrite à Washington, et publiée par Wikileaks.

La dépêche dit qu’il n’y a aucune ironie dans sa description des colonies comme héritières d’un passé romantique impérialiste. Le bureau diplomatique reconnaît que étant données leurs caractéristiques propres, ces territoires n’ont pas en général d’économies, ni d’institutions politiques solides. Mais elle justifie, la validité du système colonialiste par les services que ces colonies prêtent au contrôle de la sécurité que la Grande-Bretagne et les États-Unis partagent de par le monde.

Dans ce sens, le câble reconnaît que quelques colonies ont été très utiles dans certaines guerres, y compris celle des Malouines. La note ne fait aucune distinction entre les intérêts des États-Unis ou ceux de la Grande-Bretagne, laissant comprendre que les deux bénéficient mutuellement de la même façon des largesses du système colonialiste, puisque partagent les mêmes ennemis. Il s’agit d’une symbiose que les militaires argentins n’ont pas sue ou n’ont pas voulu voir en 1982, jusqu’à ce qu’il fusse trop tard.

« Les Territoires Britanniques d’Outremer (BOT, en anglais) sont quatorze possessions lointaines sous souveraineté britannique avec les résonances d’une ère dans laquelle Britania gouvernait vraiment les vagues. Un fonctionnaire de la Chancellerie Britannique (FCO, en anglais) a décrit précisément les BOT comme « des restes d’empire » acquis par la Grande-Bretagne quand la phrase « où ne se couche jamais le soleil » pouvait être prononcée sans une goutte d’ironie », ainsi démarre le note.

Dans le paragraphe suivant il mentionne la demande argentine de souveraineté sur les Malouines, ou Falklands, dans le langage du diplomate des Etats-Unis, l’auteur du câble. « Les Territoires vont depuis des localités lointaines sans population permanente, comme les Îles « Georgias du Sud » et les Îles « Sandwich de Sud », jusqu’à des entités généralement indépendantes comme les Bermudes. Certaines, comme les Îles Falklands et Gibraltar, sont soumises à des contestation de souveraineté de la part d’autres nations, mais une majorité écrasante de la population dans les Falklands et à Gibraltar a une forte préférence pour rester dans l’orbite britannique. »

La note nomme les différentes colonies et mentionne leur diversité culturelle, idiomatique et densité de peuplement, et après explique pourquoi le diplomate britannique qui lui sert de référence pour son texte les décrit comme des restes de l’empire. « Comme un fonctionnaire du FCO avec une expérience étendue dans les Territoires d’Outremer a dit au fonctionnaire politique (de l’ambassade d’EU) ces territoires sont « des restes d’empire ». Certainement, la Grande-Bretagne a acquis la majorité d’entre eux dans l’apogée de son pouvoir national et de son prestige, avec des dates d’acquisition qui vont du XVIIe siècle au début du XXe siècle. Les Bermudes ont été le premier territoire colonisée en 1609 ; la Grande-Bretagne a réclamé ces îles comme le Territoire de l’Antarctique Britannique. »

L’auteur de la note reconnaît que les colonies ne sont pas d’une grande utilité économique pour le vieil empire, ni se distinguent dans leurs pratiques démocratiques et ni dans leur transparence.

« Le FCO a identifié plusieurs problèmes auxquels les BOT sont confrontés. Selon le FCO, beaucoup des BOT font face à des défis communs à toutes les économies de petites îles, ou bien, de petits pays courent le risque d’être marginalisés dans l’économie globale. Quelques économies des BOT sont fragiles parce qu’ils dépendent d’un ou deux secteurs (ou bien, du tourisme et/ou des la finance international). Quelques BOT, spécialement ceux du Caraïbe, sont vulnérables au trafic de drogues et à la criminalité organisée. Dans plusieurs instances, le manque d’une société civile développée, d’une forte législature et(ou) d’une presse vibrante, signifie qu’il y a peu de contrôles de l’exécutif. »

Dans un autre passage, le câble consacre plusieurs paragraphes à l’« invasion » argentine des Falklands et à la demande argentine de souveraineté sur celles-ci et sur les îles de l’Atlantique Sud. « Quelques BOT sont sources de controverse internationale basée sur des contestations de souveraineté en cause. L’Argentine a envahi les Îles Falklands en 1982, mais la Grande-Bretagne les a reprises après un dur conflit armé qui a duré sept semaines. La Constitution Argentine réclame les Îles Falklands, mais l’Argentine a accepté en 1995 qu’elle ne recommencera pas à utiliser la force pour mener sa demande. Le gouvernement de « Sa Majesté » repousse continuellement les demandes de discutions de souveraineté entre le Royaume-Uni et l’Argentine, citant la forte préférence de la population des îles pour rester des sujets britanniques. L’Argentine, réclame aussi les « Georgias du Sud » et les « Sandwich du Sud ». Le gouvernement de « Sa Majesté » met en equestion la demande de l’Argentine de droits souverains (incluant des droits miniers et pétroliers) sur la plate-forme sous-marine qui entoure les « Territoires Britanniques d’Outremer de l’Atlantique Sud ». La Grande-Bretagne soumettra sa propre demande de droits de plate-forme maritime pour ses territoires de l’Atlantique Sud devant l’organisme de Nations Unies qui prend en charge les demandes de droits de plate-forme maritime. Le gouvernement de « Sa Majesté » n’a pas actuellement l’intention de présenter des demandes de droits de la plate-forme maritime pour le « territoire Antarctique Britannique », mais il se réserve le droit de le faire dans l’avenir. »

Dans son paragraphe final, sous le sous-titre « L’Importance stratégique », le câble explique pourquoi les Forces Alliées impériales se refusent à obéir à l’ordre des Nations Unies de décoloniser. « Diego García, dans les Territoires de l’Océan Indien, héberge actuellement une installation conjointe d’appui naval d’Etats-Unis et du Royaume Unis. L’îlot est d’une importance vitale stratégique pour la défense des Etats-Unis et du R.U., pour des opérations en Irak et en Afghanistan. (Note : Pour plus d’information sur la Base d’Appui Naval de Diego García voyez www.cnic.navy.mil/DiegoGarcia. Une fin de note). L’Île de L’Ascension (BOT Santa Helena) est le lieu de la Piste Aérienne Wideawake, une opération conjointe entre la Royal Air Force (RAF) et la USAF. L’île a été amplement utilisée pendant la Deuxième Guerre mondiale et fut partie intégrante du succès britannique dans la guerre des Falklands. Les Aires Souveraines de Bases d’Akrotiri et de Dhekelia à Chypre sont géographiquement des bases militaires différenciées. La base de la RAF à Akrotiri est une plate-forme importante de décollage pour des avions et l’une des rares stations importantes de la RAF placées en dehors du Royaume-Uni. »

Página 12. Buenos Aires, le 10 avril 2010.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par  : Estelle et Carlos Debiasi


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El Correo. Paris, le 10 avril 2011.



Articles Par : Santiago O’Donnell

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