Israël/Palestine à Madrid : « La solution des deux états est morte »

« Palestine/Israël, un pays, un Etat » s’est conclus hier (6 juillet) à Madrid, par l’approbation d’un document dont les promoteurs – dont l’historien Ilan Pappé, des universitaires et militants  étasuniens, sud-africains, israéliens et palestiniens- s’engagent à mettre au point la solution d’un état démocratique comme issue unique et urgente à l’impasse des négociations que la question palestinienne vit depuis des années. Nous en parlons avec une des rédactrices, Leila Farsakh, enseignante en Sciences politiques à l’Université du Massachusetts (Boston), et auteur de « Independence, cantons or bantoustans. Whiter the palestinian state ? » et d’une série de publications sur l’économie israélo-palestinienne.

Vous avez déclaré que le nationalisme palestinien est mort.

 

Je n’ai pas dit cela. Je dis que la bataille de notre peuple pour obtenir un état indépendant est finie. Nous devons repartir avec la résistance à l’occupation et au colonialisme, mais en formulant une nouvelle stratégie qui se fonde sur le concept de citoyenneté, et non plus ancrée  sur l’idée de partition de la Palestine historique. Quarante ans de lutte –depuis l’occupation des territoires en 1967-  méritent peut-être un état qui serait autre chose qu’un ensemble de bantoustans en territoire israélien, sans continuité territoriale ?

Quelle est la différence entre état binational et état unique ?

Dans l’état binational les groupes (ici israélien et arabe)  conservent  une série d’institutions, par exemple le système éducatif, séparées. Séparées  et garanties par la constitution.  Par état unique on entend au contraire un état laïque et démocratique dans lequel aucune identité particulière n’est protégée par la loi. Reconnaître que l’état n’est pas homogène, mais mettre au centre du discours le citoyen, pas les ethnies. Chez ceux, comme nous,  qui considèrent désormais comme impossible la partition de la Palestine, il y a encore des divergences sur lequel de ces deux modèles, ou leurs variantes, serait le plus opportun d’adopter.

 

La perspective d’un état unique ne vous semble-t-elle pas très lointaine ?

 

La réalité territoriale, économique et démographique de la Palestine montre que nous n’avons jamais été aussi  proches de l’état unique. Le territoire de la Cisjordanie n’a jamais été  aussi fragmenté, les bantoustans sont de fait déjà là, les Palestiniens dépendent  d’Israël pour leurs déplacements, ils n’ont aucune souveraineté sur la terre. La force de travail de la West Bank dépend de l’état occupant.  Et d’un point de vue démographique nous en sommes  quasiment à la parité avec les Israéliens. D’ici 5 ans, les Palestiniens seront majoritaires. Les deux états sont morts, il faudra au moins une génération pour réaliser l’état unique, mais il n’y  a pas d’alternative.

Et si au contraire ceux que vous appelez les bantoustans fonctionnaient ?

 

Israël ne voulait pas créer la politique d’apartheid à laquelle nous sommes arrivés maintenant, il visait le transfert (l’expulsion, NDR) des Palestiniens. Il l’a en partie réalisé avec la guerre de 1948, mais en 1967 il a occupé la terre palestinienne et en a exploité la force de travail, sans par ailleurs l’annexer. Les bantoustans à quoi on est arrivé ne peuvent pas durer : la politique des permis de travail pour les Palestiniens est insoutenable, tout comme le financement, par l’Union européenne, de centaines de millions d’euros par an pour les salaires de l’Autorité palestinienne, que l’état d’Israël, en tant qu’occupant, devrait prendre à son compte sur la base de ce qui est prévu par le droit international.

Oui, mais ces éléments là sont objectifs. Et les éléments subjectifs, à commencer par Israël où la très grande majorité des partis est sioniste, qu’indiquent-ils ?

Ils sont rivés à la vision de deux états. E Israël. La direction palestinienne –que ce soit pour une nécessité de durer, ou par fidélité à la stratégie de ces 40 dernières années – est aussi ancrée sur les deux états.  Ce qui me préoccupe le plus c’est la dimension internationale : depuis la résolution 181 des Nations Unies, la vision  dominante a de fait été celle de la partition  de la Palestine historique.  Et, pour la première fois, dans le discours du Jardin des roses de la Maison Blanche (2003) le président Bush a parlé de nécessité de l’Etat palestinien, avec des frontières provisoires, en essayant de cette façon de légitimer les bantoustans.

Peut-on faire abstraction de ce contexte international ?

Ce cours conférence représente le premier pas  pour l’élaboration de stratégies politiques et universitaires. Il s’agit d’expliquer au monde que l’idée de deux états est morte.  La prochaine étape sera une rencontre beaucoup plus importante, auquel nous sommes en train de travailler, qui se tiendra dans quelques mois dans une capitale européenne. C’est la précipitation des événements sur le terrain qui nous aidera.  L’Occident, avec le dit « front modéré » Egypte-Jordanie, est en train d’accélérer pour la proclamation de l’Etat palestinien fantoche, dont il compte déclarer les frontières provisoires dans quelques mois.  Mais il s’agira de quelque chose, qui se réfère à la réalité qui s’est créée sur le terrain, que ni le président Abu Mazen ni aucun palestinien ne pourra jamais accepter. C’est là que les jeux vont se rouvrir. Et que « notre » proposition entrera en jeu.

Edition de samedi 7 juillet 2007 de il manifesto

http://www.ilmaifesto.it/Quotidiano-archivio/07-Luglio-2007/art44.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Articles Par : Michelangelo Cocco

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