Italie: « Viré, avec la police, j’espère que ça n’est pas par vengeance »

Dante De Angelis, cheminot. Et un peu plus : il est la conscience critique, le fleuron du mouvement qui se bat pour la sécurité sur les trains – pour ceux qui y travaillent, ceux qui y voyagent, pour les ouvriers qui sont le long des lignes de chemin de fer, souvent salariés d’entreprises  de sous-traitance où ce qui compte avant tout est d’avoir des coûts de travail les plus bas possibles.

Bref, Dante est un Rappresentante lavoratori per la sicurezza (Rls) (Représentant des travailleurs pour la sécurité), la seule sécurité qui ne fait pas la une, sauf  le jour où on compte les morts. Le jour de Ferragosto (le 15 août, une date quasi sacrée chez les Italiens, NdT), il a été licencié des Ferrovie di stato (l’entreprise équivalente à la Sncf en France, Ndt), motif : le fait d’avoir dénigré l’entreprise. Sa faute ? Avoir soutenu publiquement que derrière les accidents continuels des ruptures de trains italiens, en commençant par l’Etr500 qui est la bannière de notre système ferroviaire, il pourrait y avoir  un problème d’usure : « Si la gaffe (crochet) se brise ça veut dire que le contrôle et la manutention laissent à désirer ». Dante collabore depuis longtemps au manifesto, et c’est grâce à sa disponibilité que nous  avons pu raconter les dynamiques d’accidents graves, les problèmes d’organisation du travail,  et de sécurité, les assemblées des cheminots. Dont certaines organisées justement par lui pour soutenir notre journal dans sa dernière (avant-dernière) (en été 2006, NdT) crise économique.

Dante, comment as-tu appris  ton licenciement ?

De la pire manière : hier (le 15 août, Ndr) je me suis rendu au travail au siège du Bureau de la manutention Alta Velocità (Grande vitesse), à San Lorenzo, à Rome, pour prendre la conduite de l’Etr Roma-Rimini. J’avais demandé un jour de congé mais on ne me l’avait pas donné, « pour raisons de service ». Au lieu du train, on m’a remis la lettre de licenciement. J’ai un peu résisté à prendre en main cette mesure incroyable, alors ils ont appelé la police. Oui, j’ai été licencié avec l’intervention de la police. C’est après seulement que j’ai découvert que le 14 août j’avais reçu à la maison une lettre dans laquelle on m’informait  que je devais aller retirer un courrier. Mais ce jour là je n’étais pas chez moi, si bien que je ne l’ai trouvée qu’aujourd’hui.

Comment s’est fait ton licenciement ?

Le 14 juillet, il y avait eu une rupture sur un train à Milan, ça avait été un accident très dangereux qui aurait pu provoquer une tragédie. En tant qu’Assemblée des délégués des cheminots (dont font partie les Rls  inscrits à divers syndicats, Cgil, Orsa –l’organisation de Dante- Cub et Fest Ferrovie, NdR) on avait donné l’information, moi j’ai avancé certains doutes  sur les systèmes de contrôle et sur la manutention des trains, et on avait envoyé notre préoccupation formalisée dans une lettre à l’administrateur délégué Moretti et au ministre des transports Mattioli.  A cause de ça, je suis accusé d’avoir violé les codes, éthique, civil, pénal. Sauf que quelques jours après seulement, le 22 juillet, et toujours à Milan, un autre train s’est cassé, et Moretti lui même, répondant à une journaliste, a admis l’existence de quelques problèmes sur les Etr500. Malgré ça, le lancement d’une procédure à mon égard s’est transformé en licenciement sans préavis.

Evidemment Dante De Angelis est perçu dans l’entreprise non pas comme une personne ressource  pour définir et  remédier aux problèmes mais comme un problème, une gêne dont il faut se débarrasser.  Face aux critiques sur la sécurité de notre système ferroviaire, la société répond par la répression  sur l’initiative de son administrateur délégué, qui est arrivé aux Ferrovie directement du sommet de la Cgil (équivalent de la Cgt en Italie…, NdT).

 

Je ne voudrais pas que mon licenciement  soit un acte de vengeance, de représailles. Peut-être parce que, avec d’autres collègues, j’ai fait opposition au classement d’une affaire, qui aurait  sauvé Moretti et deux autres dirigeants des Ferrovie, Elia et Paganelli, d’une accusation d’homicide involontaire pour la drame de Crevalcuore (une collision entre deux trains en janvier 2005, qui a provoqué 17 morts et 80 blessés, NDR). Le juge  avait accepté  notre thèse et bientôt, le 23 septembre, va avoir lieu la première audience du procès avec interrogation de Moretti en tant qu’imputé. J’ai peur qu’il y ait un lien entre cette affaire et mon licenciement ».

Bien sûr cette affaire, ouverte par les Ferrovie  pour « faute grave » – et ce n’est pas la première aux détriments de Dante-  n’est qu’un début. Nous attendons de voir tous les syndicats au complet aux côtés de De Angelis. Et tous ceux qui ont à cœur les droits et la sécurité de ceux qui travaillent et de ceux qui voyagent.

Edition de dimanche 17 août de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/17-Agosto-2008/art21.html

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio



Articles Par : Loris Cambetti

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