« Je suis Québec »

Comment Radio-Canada répand de fausses nouvelles au delà des frontières

Le Québec est sous le choc.  Le dimanche 29 janvier un attentat terroriste au Centre culturel islamique de Québec a fait six victimes et cinq blessés graves. Un homme cagoulé a fait irruption dans le centre et ouvert le feu sur des fidèles réunis pour prier au rez-de-chaussée.

Cet acte de terrorisme d’extrême droite semble suivre le courant politique à l’échelle mondiale et s’établit dans la ligne des nouveaux décrets  signés par le président des États-Unis, Donald Trump.

Dans cette idéologie néo-libérale de « guerre des religions », le jour même de cet acte meurtrier les médias ont commencé à faire circuler des rumeurs attribuant la fusillade à des « musulmans terroristes ». Les auteurs de l’attentat seraient des « musulmans radicalisés », c’est ainsi que l’animateur Alain Gravel nous informait de la fusillade qui a eu lieu dans un lieu de culte musulman.

Les journalistes ne semblaient pas se poser la question sur les raisons d’un tel acte dans une mosquée. Les « musulmans extrémistes attaquent les musulmans ». Cette fausse nouvelle a d’ailleurs été récupérée non seulement par les grands médias étasuniens, mais par Donald Trump qui s’est dit alors prêt à aider le Canada dans sa lutte contre le terrorisme musulman. Cette confusion, avant même le début de l’enquête policière, a été largement diffusée par la radio d’état « Ici Radio-Canada ».

 Selon des informations obtenues par Radio-Canada, les deux suspects qui ont été appréhendés en lien avec l’attentat terroriste perpétré dimanche soir au Centre culturel islamique de Québec étudieraient à l’Université Laval.

C’est ce qu’a confié à Radio-Canada une source près de l’enquête qui précise que les deux suspects sont des résidents de Québec. L’un d’eux serait d’origine marocaine.

L’un des deux suspects s’est rendu aux policiers près du pont de l’île d’Orléans. Il aurait lui-même appelé les policiers pour leur signaler qu’il se trouvait dans la bretelle d’accès menant vers le pont de l’île d’Orléans.

Il attendait les agents de la paix à leur arrivée sur les lieux. Des artificiers de la Sûreté du Québec ont été dépêchés sur place parce qu’on craignait que des explosifs se trouvent à l’intérieur de sa voiture, un véhicule utilitaire sport de marque Mitsubishi.

Il y avait au moins une arme à bord de la voiture d’un des suspects.

Au moins une perquisition liée à ces arrestations était en cours dans la nuit de dimanche à lundi dans une résidence du secteur de Sainte-Foy où résiderait l’un des suspects.

(http://www.rcinet.ca/fr/2017/01/30/attaque-terroriste-a-quebec-les-deux-suspects-seraient-des-etudiants-de-luniversite-laval/)

 

Des fausses nouvelles ont ainsi commencé à se répandre par l’intermédiaire des médias :

Le lundi (30 janvier) à l’émission de Gravel le matin  sur la première chaine de de Radio-Canada on affirmait qu’un des suspects arrêtés aurait eu des remords et avait appelé le 911. Il s’agissait d’un Marocain. Avant même le début de l’enquête, les médias commençaient déjà à faire pratiquement un portrait robot du (ou des) tueurs. On le(les) décrivait déjà comme un(des) musulman(s) radicalisé(s). Les journalistes mettaient ainsi l’accent sur la rumeur et le sensationnalisme du terrorisme. On voulait même nous faire croire qu’on avait trouvé un véhicule rempli d’armes —heureusement on ne nous parlait pas de passeport(s) !!

http://quebec.huffingtonpost.ca/2017/01/30/attentat-mosquee-quebec-suspects_n_14490522.html

Tout semblait ressembler à un acte terroriste de « musulmans extrémistes ». Qui était ce témoin affirmant que les tireurs auraient criés « Allahu Akbar »?

 http://www.tvanouvelles.ca/2017/01/29/important-deploiement-policier-a-quebec

Cette rumeur a été non seulement reprise par les divers médias canadiens, mais également par le mégamédia américain Fox News :

 

Même si quelques heures plus tard Fox corrigeait le tir en expliquant que de fausses informations avaient circulé, le directeur des communications de la Maison-Blanche, Sean Spicer, établissait un lien entre l’attentat de Québec et le décret migratoire aux États-Unis. (Caroline G. Murphy, Trump utilise les fausses informations de Fox sur l’attentat de Québec pour justifier «ses politiques», Le journal de Montréal, le 30 janvier 2017)

«Nous condamnons fortement ces attaques. Cela nous rappelle pourquoi il faut rester vigilant et pourquoi le président est proactif quant à la sécurité de notre nation» a-t-il déclaré lors d’un point de presse.

 https://www.thestar.com/news/world/2017/01/30/the-white-house-just-cited-the-quebec-mosque-attack-to-justify-trumps-policies.html

 

11 h 45 : Le président des États-Unis, Donald Trump, téléphone au premier ministre Trudeau pour lui offrir ses condoléances ainsi qu’au peuple canadien. Il propose aussi son aide.

VERS 15 h : L’identité du principal suspect est confirmée. Il s’agit d’Alexandre Bissonnette, 27 ans.

 À 14h44, dimanche le 29 janvier, l’internaute écrit : «Quel jour les mosquées sont le plus actives? Je veux manifester à la mosquée principale de ma ville et je veux y aller au bon moment».

Il suivait des pages comme Génération Nationale, Israeli Defense Forces, ou Marine LePen. Il suivait également des pages liées au Parti québécois, suivait Donald Trump.

Le suspect marocain arrêté et mis en liberté le lendemain était sur les lieux et voulait apporter de l’aide aux blessés. Un « héros » vite relégué aux rangs des terroristes…

«J’étais dehors à faire le déneigement de l’escalier. J’ai entendu les coups de feu et j’ai hésité, mais je suis rentré prudemment. C’est un réflexe. On ne peut laisser des gens qui ont besoin d’aide. J’ai voulu donner des soins médicaux à un ami avec mon manteau. J’ai vu qu’il respirait encore et je voulais qu’il reste chaud.»

La suite de son témoignage précise davantage ce qui a mené à son interpellation. «J’ai vu comme une image, un homme qui portait une arme. Je ne savais pas que c’était un policier. J’ai pensé que c’était un tireur qui était revenu», a raconté Mohamed pour expliquer ce qui a pu laisser croire qu’il était à l’origine de la tuerie.

En panique, il a entendu les forces de l’ordre demander aux gens de se coucher au sol. Il serait ensuite sorti à l’extérieur dans le stationnement de la mosquée et c’est à ce moment que les policiers ont cru qu’il était possiblement l’un des tireurs.

(Jean-françois Racine, Attentat à Québec: Mohamed Belkhadir n’en veut pas aux policiers, Journal de Montréal, le 30 janvier 2017)

Les médias devraient également se préoccuper des milliers de victimes des terroristes armés par l’Occident. Ils doivent cesser de répandre les fausses nouvelles qui définissent les terroristes, de Syrie par exemple, comme des rebelles.

Dans le cas de Québec il s’agissait bien d’un terroriste « blanc » et canadien, étudiant à l’université et non d’un « extrémiste musulman » marocain.

Les victimes de l’attentat

Parmi les six victimes, on retrouve deux Algériens, un Marocain, un Tunisien et deux Guinéens

Khaled Belkacemi, 60 ans, était professeur en génie alimentaire à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval.

Azzeddine Soufiane d »origine marocaine était à Québec depuis près de 30 ans. L’homme de 57 ans travaillait à l’épicerie-boucherie Assalam, située tout près du Centre culturel islamique de Québec

L’Algérien Abdelkrim Hassane, 41 ans, Informaticien, il est arrivé au Québec en 2010

Le Tunisien d’origine Aboubaker Thabti, 44 ans, a également péri lors de la fusillade. Résident de Québec travaillait comme chef d’équipe chez Exceldor.

 

Mamadou Tanou BarryComptable originaire de la Guinée Âgé de 42 ans, il travaillait dans une firme privée au centre commercial Place de la Cité.

Le Guinéen Ibrahima Barry Âgé de 39 ans, M. Barry travaillait comme informaticien pour Revenu Québec, selon l’Association des Guinéens du Québec. Il détenait également sa nationalité canadienne.

 



Articles Par : Micheline Ladouceur

A propos :

Ph.D. en géographie. Spécialiste des questions latino-américaines et brésiliennes. Directrice associée du Centre de recherche sur la Mondialisation, Rédactrice de Mondialisation.ca et des pages en portugais et en italien.

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