Jean-Marie Le Pen accusé d’avoir torturé en Algérie

A quelques jours des élections législatives, le journal Le Monde a publié dans son édition datée du 4 juin, plusieurs témoignages selon lesquels le leader de l’extrême droite aurait pratiqué la torture pendant la guerre d’Algérie. Jean-Marie Le Pen a aussitôt porté plainte contre le quotidien pour diffamation.

Les faits se seraient déroulés à Alger en février 1957, alors que Jean-Marie Le Pen était lieutenant du 1er régiment étranger de parachutistes. Quatre témoignages inédits de militants du FLN -publiés dans le journal Le Monde- affirment avoir été torturés par le leader de l’extrême droite: Abdelkader Ammour, Mustapha Merouane, Mohamed Amara et Mohamed Abdellaoui ont décrit avec force détails les sévices qui leur ont été infligés par le lieutenant Le Pen mais aussi par Paul Aussaresses, l’officier français qui a provoqué un scandale à l’automne 2000 en reconnaissant avoir pratiqué la torture en Algérie. Ainsi Mohamed Abdellaoui, arrêté par les parachutistes français, déclare avoir été torturé par le général Paul Aussaresses et Jean-Marie Le Pen. Il affirme en particulier que ce dernier lui a «mis une serviette sur le visage» et qu’Aussaresses a «versé de l’eau». «Mon ventre est devenu énorme. Le Pen s’est mis debout sur moi. L’eau m’est sortie par la bouche et par le nez (…) Je suis tombé dans les pommes (…) Ils ont continué ensuite de me poser des questions, Aussaresses surtout. Lui avait, je m’en souviens, trois barrettes sur son treillis», a-t-il raconté. Abdelkader Ammour, autre probable persécuté, a confirmé les faits: «Ils ont pris de l’eau sale dans les toilettes, m’ont étalé une serpillière sur le visage et me l’ont fait avaler de force. Le Pen était assis sur moi, il tenait un chiffon pendant que l’autre versait la flotte. Je l’entend s encore qui criait: vas-y, vas-y, t’arrête pas!».

Lors de son meeting au Palais des Congrès, à Paris, devant un millier de partisans, le président du Front national (FN), ulcéré, a confirmé qu’il allait poursuivre en diffamation le quotidien. «J’oppose à tout cela un démenti méprisant», a-t-il dit tout en dénonçant pêle-mêle «les mélanges extravagants de ces déclarations 45 ans après, de gens qui se souviennent qui est Le Pen parce qu’ils l’ont reconnu sur une photo». Avant de s’interroger: «A qui profite le crime ? Qui peut tirer bénéfice de cette campagne de diffamation ?». Cet article publié six jours avant le premier tour des élections législatives a permis au leader de l’extrême droite d’endosser le costume de la victime. Jean-Marie Le Pen a conclu son long discours de plus d’une heure en lançant ses troupes dans la bataille. Il s’est déclaré convaincu que le FN serait le «premier parti de France» à l’issue du second tour, le 16 juin prochain, malgré ce nouveaux «complot médiatico-politique». Dimanche 2 juin, à la veille de la parution de l’article du Monde, Jean-Marie Le Pen avait démenti avoir pratiqué la torture. Il avait même estimé que cette publication a été faites «avec la complicité des services secrets algériens» et qu’un tel reportage «publié dans la semaine précédent le premier tour des législatives» constituait une «manipulation particulièrement déloyale et me visant personnellement». Prié de dire, par les journalistes qui l’interviewaient, s’il avait torturé ou non en Algérie, Jean-Marie Le Pen a répondu par la négative. Le dirigeant de l’extrême droite est déjà sorti vainqueur dans un premier temps de ses procès contre les médias reprenant les propos d’Algériens affirmant avoir été torturés sous son commandement. La Cour de cassation avait confirmé en 1989 un jugement en appel, estimant que l’honneur du président du FN avait été atteint puisqu’il n’avait pas lui-même revendiqué le recours à la torture. Mais le 24 novembre 2000, la même juridiction avait jugé que s’interroger sur l’éventuel passé de tortionnaire de Jean-Marie Le Pen pouvait être légitime dans certaines circonstances. La plus haute juridiction ne s’était toutefois pas prononcée sur le fond du dossier et s’était appuyée sur le principe de la liberté d’expression. Devant les tribunaux, l’évocation de faits de torture commis pendant la guerre d’Algérie relève d’une procédure particulière en raison des lois d’amnistie.

Copyright ©  Clarisse Vernhes, RFI 2002. Pour usage équitable seulement .



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