Guantanamo (Gitmo pour les Nord-Américains), serait, en devenant un anachronisme typique de la période soviétique (goulags), devenu la cible des critiques d’organisations humanitaires, comme Code Pink, Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International (AI), qui ont dénoncé des pratiques inacceptables pour la dignité humaine (privation de sommeil, enfermement de prisonniers nus dans des chambres froides, interrogatoires exténuants et suicides) tout revenant cher. 

La dérive totalitaire des Etats-Unis. Le terme dystopie a été inventé à la fin du 19ème siècle par John Stuart Mill en contraste avec le terme utopie, utilisé par Thomas More pour désigner un lieu ou une société idéale et ce serait une utopie négative où la réalité se produit en termes antagonistes à ceux d’un idéal de société. Les dystopies se situent dans des environnements fermés ou claustrophobes encadrés dans des systèmes antidémocratiques où l’élite dirigeante croit qu’elle est investie du droit d’envahir tous les domaines de la réalité dans ses plans physique et virtuel et même dans le nom de la sûreté sacrée de l’Etat pour éliminer le principe de l’inviolabilité (habeas corpus) des personnes qui sont tous les symptômes d’une dérive totalitaire ultérieure du système.

Ainsi, dans les sous-sols de l’establishment, un véritable coup d’Etat virtuel se forgeait qui se serait déclenché dans l’attaque violente contre les tours jumelles du 9/11, attribuée à Al-Qaïda. La lutte contre l’Axe du mal a depuis été mise en œuvre comme leitmotiv pour cacher le mandat désastreux de George W. Busch en Irak, Iran et Corée du Nord, en intronisant Ben Laden comme icône de l’Empire du Mal.

Un mois après l’attaque du 11/09, le gouvernement de George W. Bush a secrètement décidé d’annuler l’une des principales protections constitutionnelles de ce pays (habeas corpus) par le biais de la loi dite «USA-Patriot Act» en justifiant sa «lutte contre le terrorisme», selon des documents officiels révélés fin 2005 dans une série de reportages dans le New York Times. Le journal a parlé de l’existence d’un programme d’écoute électronique confidentiel pour surveiller les mails et les appels téléphoniques dans le monde en étant l’héritier de l’unité de contre-espionnage créée par Donald Rumsfeld et connue sous le nom de Talon (Threat and Local Observation Notice). En outre, selon le média américain, depuis 2002, la Section de soutien stratégique (SSB)» a été créé par Donald Rumsfeld et elle a fonctionné clandestinement sans limitations légales et sous les ordres du secrétaire à la Défense. Ses actions seraient les épisodes sanglants de violation des droits de l’homme à Abou Ghraib et à Guantanamo.

L’image des Etats-Unis est en baisse dans le monde suite aux violations des droits humains à Abu Ghraib et Guantanamo. L’une des premières décisions de Barack Obama, après son investiture en 2009, a été de signer un décret pour fermer la prison de la base navale de Guantanamo sur un an. Au cours de son deuxième mandat, ses conseillers étaient toujours à la recherche de mécanismes juridiques pour mettre fin aux «limbes juridiques» de Guantanamo, un espace virtuel fruit de l’ingénierie juridique du soi-disant «comité de guerre» (nom de code du groupe restreint de juristes et de conseillers qui ont travaillé sous les ordres de la Troïka formée par Rumsfeld, Hayden et Cheney), véritables détenteurs du pouvoir pendant le mandat désastreux de George W. Bush. La majorité républicaine au Congrès a poursuivi son travail perturbateur pour éviter la fermeture prévue de la prison. Le Congrès américain a approuvé un amendement du député républicain Jackie Walorski qui interdit d’allouer des fonds pour le transfert des 56 détenus yéménites, invoquant «l’effet de contagion possible de la création de groupes terroristes associés à Al-Qaïda au Yémen». Le Congrès a également rejeté un amendement des démocrates ce qui a favorisé le retard «sine die» de la fermeture prévue de Guantanamo.

Joe Biden et la fermeture de Guantanamo. L’ONG Amnesty International avait demandé à Joe Biden «de s’engager en 2009 à fermer cette prison extrajudiciaire». Celui-ci compterait sur l’atout inestimable de Davis, l’ancien procureur en chef de la commission militaire de Guantanamo, qui dans des déclarations à Change.org a recommandé la fermeture de la prison, arguant que «si un autre pays traitait ses prisonniers comme nous à ceux de Guantanamo, nous le critiquerions carrément et avec raison». Le coût de son entretien serait, selon le New York Times, d’environ 540 millions de dollars en 2018 pour maintenir les 40 prisonniers actuellement incarcérés pendant plus d’une décennie à une détention illimitée. Le statut de «détenu à durée indéterminée» a été établi par le Congrès des Etats-Unis en 2001 comme un type de prisonnier de guerre kafkaïen, car ils ne peuvent être libérés en supposant, selon le Pentagone, «un grave danger pour la sécurité nationale».

D’après le rapport susmentionné de l’ONG Amnesty International, sur les 40 détenus, un seul a été officiellement condamné et purge une peine. 15 restent incarcérés sans inculpation et pourraient être libérés et 24 sont dans les limbes juridiques, sans aucune accusation contre eux. Par conséquent, Joe Biden pourrait nommer un responsable à la Maison Blanche pour élaborer un plan de fermeture de la prison qui inclurait l’utilisation de fonds fédéraux pour envoyer les 39 prisonniers sans charges actives en territoire étranger et l’envoi de la seule personne condamnée (Khaled Cheikh Mohammed, cerveau autoproclamé du 11 septembre) à une prison de haute sécurité aux Etats-Unis.

Germán Gorraiz López, analyste politique



Articles Par : Germán Gorraiz López

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