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Joe Biden et la guerre froide 2.0
Par Germán Gorraiz López
Mondialisation.ca, 25 mars 2021
Observateur continental
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«Les guerres seront plus rares car la responsabilité de leurs effets est ressentie par tous ceux qui les promeuvent et les incitent» (Juan Bautista Alberdi dans Le Crime de Guerre (El Crimen de Guerra 1869)).

L’irruption médiatique d’Edward Snowden, ancien technicien de Booz Allen, sous-traitant de la CIA, avouant être l’auteur matériel des fuites au New York Times et au Guardian à propos du programme PRISM (espionnage des télécommunications en charge de l’ Agence nationale de la sécurité  (NSA), aurait déclenché toutes les alarmes de la CIA devant le danger évident de découvrir les secrets indescriptibles des sous-sols secrets de l’establishment. Vladimir Poutine aurait joué avec maîtrise après avoir accordé l’asile temporaire à l’ex-agent de la CIA. Cela l’a fait apparaître devant le monde comme le champion de la défense des droits de l’homme, bien que conscient de la nouvelle dynamique action-réaction typique des scénarios de guerre froide dans laquelle les relations russo-américaines seront engagées à partir de ce moment (Cold War 2.0).

Revenir à la doctrine du confinement ou à la doctrine Truman. Les dernières et dures déclarations de Joe Biden sur la Russie (Poutine est «un tueur») et la menace voilée de nouvelles sanctions anticiperaient une escalade des tensions entre l’Otan et la Russie, après quoi il est prévisible que les Etats-Unis utiliseront les demandes de la Pologne comme excuse pour achever la cinquième phase du déploiement du bouclier antimissile en Europe (Euro DAM) qui symbolisera l’irruption de la guerre froide 2.0. Cela signifiera le retour à la doctrine du confinement (doctrine Truman), dont les bases ont été exposées par  George F. Kennan dans son essai «Les sources du comportement soviétique» publié dans le magazine Foreign Affairs en 1947 et dont les idées principales sont résumées dans sa citation: «Le pouvoir soviétique est insensible à la logique de la raison mais très sensible à la logique de la force».  On avait assisté  à une déclaration surprenante  du ministre britannique d’alors des Affaires étrangères, Philip Hammond, montrant la volonté américaine et britannique de s’associer contre la Russie. Celui-ci avait alors déclaré dans la presse que «la Grande-Bretagne pourrait à nouveau accueillir des missiles nucléaires américains dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie» et que  «le gouvernement  »examinerait le cas » des missiles de croisière devant être implantés au Royaume-Uni.  C’était déjà la volonté du retour à une course aux armements comme celle entretenue pendant la guerre froide avec l’URSS (relance du projet de partenariat entre les USA et l’Europe pour fournir au Royaume-Uni des missiles Polaris à partir de juillet 1962) et ayant pour effet collatéral une éventuelle scission au sein de l’Otan.

Ainsi, nous pourrions assister à la scission et à la fin de l’actuelle Otan d’où émergera une nouvelle structure militaire qui serait intégrée par les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, les Etats baltes, la Pologne, la Hongrie, la Bulgarie, la Slovaquie, la République tchèque, Roumanie, Espagne, Italie, Portugal, Malte, Chypre, Grèce et Turquie avec l’objectif sans équivoque d’être un bloc de confinement pour les «idéaux expansionnistes de Vladimir Poutine». D’autre part, nous assisterons au renforcement de l’axe Berlin-Paris, mené par la France et l’Allemagne qui se reflétera dans l’Agence européenne de défense (AED) et qui aura, gravitant dans son orbite d’influence vers les pays de sa zone d’influence d’origine (Hollande, Danemark, Norvège, Belgique, Luxembourg et Autriche), le fruit de la réaffirmation des souverainetés nationales française et allemande comme stratégie défensive contre la dérive de l’ancien partenaire américain, (relance du traité de l’Elysée entre De Gaulle et Adenauer (1963)).

Nouvelle course aux armements. Comme l’expliquait Zbigniew Brzeziński dans le magazine National Interest en 2000, «les Européens seront plus immédiatement exposés au risque au cas où un impérialisme chauvin revigorerait la politique étrangère russe», avec lequel il a esquissé un plan qui passerait par l’expansion de l’Otan à des limites dans les années 1990 et la mise en œuvre du nouveau système européen de défense antimissile (European Phased Adaptative Approach (EPAA), avec l’objectif machiavélique de suivre une première attaque surprise des Etats-Unis qui détruirait le potentiel nucléaire russe sur leur propre territoire, neutralisant par la suite la réplique russe au moyen de missiles stationnés en Pologne.

Après les désaccords survenus entre les Etats-Unis et la Russie sur la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo et de l’Ossétie du Sud, Barack Obama aurait rangé le projet Anti-Ballistic Missile Shield (NDM), le remplaçant par «un nouveau système mobile anti-missile de défense» avec l’intention de faire de la Russie un partenaire nécessaire pour sauvegarder la paix et la stabilité mondiales. Cependant, en septembre 2009, le président Barck Obama (sous la pression de l’establishment ou  du pouvoir dans l’ombre des Etats-Unis) a approuvé la mise en œuvre du nouveau système européen de défense antimissile (EPAA), qui est, en fait, sur un bouclier antimissile mondial dans lequel les missiles intercepteurs placés sur des plates-formes mobiles peuvent atteindre des cibles dans un espace commun (sur la base des données transmises par tous les radars et systèmes de reconnaissance optoélectroniques). Initialement, la Russie et l’Otan ont convenu de coopérer avec  le bouclier antimissile pour l’Europe en novembre 2010 lors du sommet bilatéral de Lisbonne, car il était vital pour Moscou que l’Otan offre de réelles garanties que ce système ne viserait pas la Russie et ne disposerait pas d’un document juridiquement contraignant en la matière.

Les déclarations sur la Russie («Poutine est un meurtrier») et la menace voilée de nouvelles sanctions contre la Russie anticiperaient une escalade des tensions entre l’Otan et la Russie, après quoi il est  prévisible que les Etats-Unis utiliseront les demandes de la Pologne comme excuse pour achever la cinquième phase du déploiement du bouclier anti-missile en Europe (Euro DAM), qui aurait pour réplique côté russe l’installation à Kaliningrad de nouveaux  missiles balistiques intercontinentaux.

Germán Gorraiz López, analyste politique

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