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Kosovo: la chasse gardée des criminels de guerre
Par François Modoux
Mondialisation.ca, 10 avril 2008
Le Temps 10 avril 2008
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DIPLOMATIE. Le DFAE rappelle la nouvelle ambassadrice à son devoir de réserve.

Carla Del Ponte découvre la difficile transition entre deux fonctions aux antipodes l’une de l’autre. Ambassadrice de Suisse en Argentine depuis le 1er janvier 2008, la Tessinoise a été rappelée à l’ordre par son nouvel employeur. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) lui a interdit de participer à une conférence de presse à Milan pour promouvoir son dernier livre, La caccia (La chasse, moi et les criminels de guerre), rédigé en son nom propre sur son activité antérieure en tant que procureure du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

Le livre est en librairie depuis quelques jours. Des passages explosifs mettent en cause des acteurs clés aujourd’hui aux affaires dans les Balkans. Par exemple le chef du gouvernement de la République du Kosovo, Hacim Thaci, soupçonné d’avoir participé, comme chef de guerre, à un commerce d’organes prélevés sur des Serbes assassinés par l’Armée de libération du Kosovo. Des faits qui remonteraient à 1999 et qui n’ont jamais eu de suites juridiques, faute de preuves.

Le département au courant

Le DFAE était au courant du projet de livre quand, en 2007, il a accepté d’engager Carla Del Ponte comme ambassadrice au terme de son mandat pour le TPIY. Aujourd’hui, il ne se prononce pas sur le contenu de l’ouvrage «qui n’a rien à voir avec l’activité actuelle de Madame Del Ponte». Mais il invoque la protection des intérêts nationaux pour justifier son veto à une promotion active du livre par son auteur. «Il y a dans l’ouvrage des déclarations qui ne peuvent être faites en tant que représentante du gouvernement suisse», explique le porte-parole du DFAE, Jean-Philippe Jeannerat.

L’affaire, reconnaît-il, est «délicate». Carla Del Ponte a exprimé des regrets et une relative incompréhension pour la décision de sa hiérarchie. Le DFAE ne s’en émeut pas. Des propos qu’aurait pu tenir publiquement l’ambassadrice sur son ancienne activité risquaient d’être interprétés, de bonne ou de mauvaise foi, comme reflétant la position du Conseil fédéral.

Faut-il rappeler que la Serbie a rappelé à Belgrade son ambassadeur posté à Berne après que la Suisse eut reconnu l’indépendance du Kosovo ? C’est l’extrême sensibilité de la politique de la Suisse dans les Balkans que souligne indirectement le silence imposé à l’ambassadrice.

Fêtée en décembre 2007 comme une star – elle a reçu le Prix de la personnalité politique nationale la plus populaire pour son combat contre les criminels de guerre dans les Balkans -, Carla Del Ponte est trois mois plus tard priée de se faire discrète : «Nous vous remercions pour un retour rapide à Buenos Aires», conclut, sèchement, la lettre du DFAE qui a bridé son élan.

© Le Temps, 10 avril 2008 . Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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