L’Afrique mutilée

La traite transatlantique du fameux « bois d’ébène |1| », orchestrée par les puissances européennes, fut pour l’Afrique un terrible fléau, décapitant le continent en le privant de millions de ses enfants parmi les plus forts et les plus actifs. A l’abolition de l’esclavage, la colonisation a pris le relais, et la période des indépendances s’est contentée de remplacer le système finissant par une fausse autonomie des pays africains associée à une colonisation économique bien plus subtile. L’Afrique n’est donc toujours pas maîtresse de son destin. Affaiblie par les ravages de la dette et de l’ajustement structurel, elle voit céder très vite toutes ses « défenses immunitaires » et, depuis lors, subit de façon démultipliée les nombreuses agressions que lui assène le système capitaliste.


Le pillage des ressources

Naturellement riche, l’Afrique est financièrement pauvre. L’économiste ghanéen George Ayittey écrit dans son livre Africa in Chaos : « L’Afrique est un continent doté d’une richesse minérale inexploitée immense. Elle possède 40 % du potentiel hydro-électrique mondial, le gros des ressources mondiales de diamant et de chrome, 50 % de tout l’or du monde, 90 % du cobalt, 50 % des phosphates, 40 % du platine, 8 % des réserves connues de pétrole et des millions et des millions d’hectares de terres arables inexploitées. Or, paradoxalement, ce continent qui regorge d’un tel potentiel s’est inextricablement embourbé dans la misère, la pénurie, le chaos. |2| »

L’exploitation de ces ressources, quand elle a lieu, est systématiquement l’objet d’un pillage en règle associant les multinationales du Nord et les classes dirigeantes africaines, au détriment des populations locales auxquelles appartiennent pourtant ces richesses. Pays caricatural, la République démocratique du Congo possède un sous-sol riche en uranium (la bombe atomique états-unienne de 1945 utilisait le minerai congolais), en cuivre, en or, en zinc, en cobalt, en manganèse, en fer, en étain, en diamants, en niobium, en or, en coltan (le colombo-tantalite, présent dans les produits technologiques comme les téléphones portables). Mais qui en profite sur place, à part quelques seigneurs de guerre et quelques grandes entreprises étrangères ? Selon la Banque mondiale, en RDC, « près de 80 % de la population survit à la limite de la dignité humaine, avec moins de 0,20 dollar par personne et par jour |3|. »

Les produits tropicaux comme le café, le cacao, le thé, le sucre, la banane, l’ananas, la vanille, le coton, l’arachide, sont produits en Afrique mais sont avant tout destinés à l’exportation, et à prix très bas compte tenu des mécanismes économiques en vigueur. Le pétrole fait parfois figure d’exception, grâce à l’action de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), qui, malgré ses imperfections, régule les quantités d’hydrocarbures produits. Mais peu de pays africains en sont membres |4|…

Un exemple emblématique a pour cadre le lac Victoria, plus grand lac tropical du monde. Depuis que la perche du Nil, un prédateur vorace, y a été introduite, la plupart des autres espèces ont disparu du lac, rompant ainsi la chaîne écologique. Mais à Mwanza (Tanzanie), cette tragédie a débouché sur une industrie d’exportation encouragée par la Banque mondiale et l’Union européenne notamment, puisque la chair blanche de ce gros poisson est très prisée au Nord. Chaque jour, des dizaines de tonnes de filets de perche du Nil s’envolent dans des avions-cargos Iliouchine de l’ex-Union soviétique surchargés. Ils se relaient sans cesse sur l’aéroport délabré de la ville, emportant la principale richesse de la région, dont Mwanza est devenue dépendante. Outre des carcasses de poissons récupérées pour la population locale qui n’a pas les moyens de se payer la chair du poisson, ils laissent sur place violence, prostitution, drogue, sida, misère et famine. Mais ils n’arrivent pas vides, puisque Mwanza semble être la porte d’entrée du trafic d’armes en Afrique centrale |5|. L’Afrique exporte donc la vie – le lac Victoria est considéré comme le berceau de l’humanité – et reçoit des engins de mort… Selon Hubert Sauper, cette histoire est véritablement « une allégorie ironique et effrayante du nouvel ordre mondial. Mais la démonstration serait la même en Sierra Leone et les poissons seraient des diamants, au Honduras, ils seraient des bananes, et en Irak, au Nigeria ou en Angola… ils seraient du pétrole brut. »

En général, les pays africains doivent brader leurs ressources au plus offrant pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de leur dette. Les grandes puissances et les multinationales de l’agro-alimentaire ont réussi à inverser la donne à leur avantage : alors qu’elles sont demandeuses de ces biens primaires détenues par le Sud, qu’ils soient agricoles ou miniers, elles en fixent les prix et profitent d’un modèle économique dont le pays détenant les richesses est devenu absolument dépendant.

Téléguidage politique
 
Une vision simpliste de la situation actuelle pourrait conduire à conclure que l’Afrique ne sait pas s’y prendre. Ou qu’elle a perdu un combat économique mené à armes égales contre les autres acteurs économiques ou les autres régions du monde. C’est oublier l’essentiel : le marionnettiste est bien plus responsable que la marionnette, même si cette dernière a la possibilité de prendre quelques initiatives. Le marionnettiste pilote le système économique capitaliste depuis le Nord et dirige la marionnette noire des classes dominantes africaines dans son propre intérêt.

La militante indienne Arundhati Roy complète ainsi le propos d’Ayittey : « L’Afrique est très riche en ressources naturelles, contrairement à l’Inde, mais elle est dans de bien plus mauvais draps, parce que les puissances coloniales ne se résignent toujours pas à laisser les Africains tranquilles. Après cinq siècles de pillage et de mise en coupe réglée, les anciennes colonies doivent encore de l’argent aux anciens régimes impérialistes, sous la forme d’une dette internationale. C’est le contraire qui serait logique : c’est eux qui devraient nous payer |6| ! » Effectuons un tour d’horizon de cette mise en coupe réglée associant puissants du Nord et du Sud.

La RDC sous les projecteurs

Dans l’ex-Zaïre, le rôle géopolitique joué par Mobutu était important dans le contexte de la guerre froide, pendant laquelle la dette du Zaïre et la fortune de Mobutu ont explosé simultanément. Au début des années 1990, après la chute du Mur de Berlin, le dictateur perd son intérêt géostratégique. Lâché par les États-Unis, le FMI et la Banque mondiale, il arrête de rembourser la dette. La lente agonie du régime commence.

En octobre 1996, une rébellion soutenue par le Rwanda et l’Ouganda se met en place dans l’Est du pays (Kivu). Le 17 mai 1997, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) entre dans Kinshasa et Laurent-Désiré Kabila se proclame président. Le Zaïre devient la République démocratique du Congo (RDC). Mais les alliances se défont très vite. Le Rwanda et l’Ouganda, qui ne s’estiment pas récompensés de leur soutien à Kabila, occupent l’Est du pays et s’opposent au régime en place, soutenu par l’Angola et le Zimbabwe. Des forces armées étrangères sont donc présentes dans le pays, que ce soit pour soutenir ou pour s’opposer au pouvoir congolais, ce qui conduit au pillage d’une partie du pays, à la mort de trois millions de Congolais en quelques années et à une situation politique très instable.

En octobre 2002, le Groupe d’experts de l’ONU sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse de la RDC, dirigé par l’Egyptien Mahmoud Kassem, a remis son rapport. Il révèle que ces pillages sont le fait de « réseaux d’élite », résultant de l’association de groupes criminels avec des élites politiques et militaires congolaises, ougandaises, rwandaises et zimbabwéennes. Le rapport recommande des sanctions envers 54 notables majoritairement africains (notamment des hommes d’affaires, des militaires de haut grade et des ministres) et 85 multinationales, dont des banques (comme Fortis ou Barclays) et des compagnies minières (comme De Beers ou Anglo-American), mises en cause pour violation des règles éthiques. La collusion est évidente. Le rapport n’épingle pas que des responsables africains, lucide quant aux implications occidentales : « Le rôle des entreprises et des particuliers qui ravitaillent les armes et pillent les ressources doit faire l’objet de mesures de restriction. Ces activités illégales sont d’une très grande envergure internationale et multinationale |7|. » Le rapport analyse précisément les différentes zones de RDC, détaillant à chaque fois le réseau d’élite, son organisation et ses sources illégales de revenu. Par exemple, « le réseau d’élite congolais et zimbabwéen ayant des intérêts politiques, militaires et commerciaux cherche à garder la mainmise sur les principales ressources naturelles – les diamants, le cobalt, le cuivre et le germanium – se trouvant dans la zone tenue par le Gouvernement. Au cours des trois dernières années, ce réseau a transféré des actifs représentant au moins 5 milliards de dollars du secteur minier public à des entreprises privées qu’il contrôle, sans verser aucune indemnité ni prestation au Trésor public de la République démocratique du Congo. » Les compromissions de responsables africains sont renforcées par des implications occidentales nombreuses et efficaces : « Parmi les hommes d’affaires qui font partie de ce réseau d’élite, on compte notamment le ressortissant belge, George Forrest, qui est à l’origine des accords d’exploitation en association conclus entre des sociétés privées et la Gécamines [société minière publique en RDC]. M. Forrest doit son ascension dans ce secteur à ses liens de longue date avec les autorités en place de la République démocratique du Congo. En outre, l’une de ses sociétés fabrique et vend du matériel militaire. Depuis 1994, il est actionnaire à 100 % du groupe New Lachaussée en Belgique, qui est le principal fabriquant de douilles, de grenades, d’armes légères et de lanceurs d’engins. La nomination de M. Forrest à la direction de la Gécamines de novembre 1999 à août 2001 alors que ses sociétés privées négociaient de nouveaux contrats manifestement dans l’intention d’utiliser les avoirs de la Gécamines pour son profit personnel, constituait un conflit d’intérêts flagrant. Durant cette période, il a constitué le portefeuille minier privé le plus diversifié en République démocratique du Congo. M. Forrest bénéficie du ferme soutien de certains milieux politiques en Belgique, où sont établies certaines de ses sociétés. » La cupidité des puissants n’a d’égal que leur soif de pouvoir, tant au Nord qu’au Sud…

Des relents de fioul

La matière première géostratégique par excellence est le pétrole. Les compagnies pétrolières saignent l’Afrique aux quatre veines pour s’accaparer son or noir. Les enquêtes menées au sein de la multinationale Elf par la justice française ont révélé que dans les années 1990, une part de 0,40 dollar par baril extrait était détournée puis reversée aux dirigeants des pays producteurs, ce qui représentait une somme totale de 60 millions de dollars par an |8|. De quoi leur faire accepter l’idée de sacrifier économiquement et socialement leur pays. Il faut dire que les pressions étaient parfois très fortes de la part d’Elf, cet outil créé par le régime gaulliste pour défendre les intérêts du pouvoir français et de ses proches dans les ex-colonies.

Au Congo, après l’épisode Ngouabi, Denis Sassou Nguesso, l’ancien chef des services de sécurité, prend le pouvoir en 1979. Il est l’homme d’Elf. Sous sa première présidence, de 1979 à 1991, la production de pétrole est doublée et Elf se régale grâce à des conditions d’exploitation privilégiées. En 1991, une Conférence nationale souveraine, qui cherche à promouvoir la démocratie, s’étonne du faible taux de rendement du pétrole congolais pour les comptes du pays : elle demande un audit indépendant. Cet audit, réalisé par le cabinet Arthur Andersen |9|, sera torpillé par Elf qui pratique une obstruction systématique sans oublier de corrompre les personnalités concernées, comme l’a reconnu Pierre Fa, responsable de l’audit chez Elf, lors du procès Elf le 26 mars 2003 |10|. L’élection présidentielle de 1992 voit Sassou laminé au premier tour et forcé à une alliance au second avec Pascal Lissouba, qui l’emporte sur Bernard Kolelas. Mais Lissouba refuse de prendre pour ministres des proches de Sassou (et donc d’Elf). Les caisses sont vides, la dette ronge les finances, Lissouba peine à trouver des fonds. Il augmente la redevance pétrolière de 17 % à 33 % et passe un accord avec Oxy |11|, multinationale états-unienne : 150 millions de dollars en échange du baril à 3 $ pour les dix ans à venir, alors que ce même baril oscillait entre 15 et 30 $ sur le marché mondial |12|. Pour garder la mainmise sur ses gisements productifs de liquides en tout genre, Elf doit mettre la main au porte-monnaie, armant les deux camps pour être sûr de gagner dans tous les cas de figure. En 1997, Sassou passe à l’offensive militaire. La guerre civile frappe durement le Congo de juin à octobre 1997, durant laquelle « chaque balle a été payée par Elf |13| », selon un responsable socialiste français. Après des massacres à la fin 1998 de la part des troupes de Sassou contre les populations du Sud, après le vote d’une Constitution sur mesure et des élections manipulées qui le légitiment au poste de Président, la situation est sous contrôle d’Elf et de ses soutiens français. La corruption des élites africaines est orchestrée par les marionnettistes du Nord.

De plus, le pétrole des années à venir a été gagé : il est déjà la propriété d’une multinationale qui l’a acquis en échange de facilités financières. Le journaliste Henrik Lindell rapporte qu’au Congo, « d’après le FMI, 75 % des emprunts contractés entre 1995 et 2000 étaient gagés sur le pétrole |14| ». Les multinationales du secteur n’hésitent donc pas à enfoncer ces pays en aidant des chefs d’État aux abois, comme le reconnaît Loïk Le Floch-Prigent, ancien président d’Elf : « Par exemple, un chef d’État africain se rendait compte qu’il ne pourrait payer ses fonctionnaires ou qu’il ne pourrait pas assurer certains investissements. Cette situation était d’autant plus fréquente que les revenus dans certains pays sont directement liés au pétrole et que le prix de celui-ci est fluctuant. Dans ces conditions, le chef d’État se tournait vers Elf et demandait à la compagnie de lui prêter de l’argent. Seulement, faire un prêt direct avait évidemment pour conséquence d’augmenter la dette du pays en question. Celle-ci étant déjà considérable, la Banque mondiale ou le FMI, Fonds monétaire international, pouvaient s’y opposer. Elf avait tout intérêt à prêter l’argent dont le chef d’État africain avait besoin. Il s’agissait donc de trouver le moyen d’habiller la dette. C’était le fameux préfinancement. Pour la société, il n’y avait aucun risque dans la mesure où l’argent serait remboursé sur la production de pétrole tirée du sous-sol du pays et commandée par Elf-Trading. Pour ce faire, une ou plusieurs sociétés off-shore étaient créées. La Fiba ou Rivunion [filiales financières d’Elf] débloquait les fonds et ceux-ci, via la off-shore, arrivaient chez l’emprunteur. La Banque mondiale et le FMI n’y voyaient que du feu. Elf avait injecté de l’argent mais récupérait du pétrole et ce système s’est révélé très rémunérateur pour la société |15|. »

Une étude |16| de l’organisation Global Witness montre qu’il existe une différence colossale entre le chiffre d’affaires mondial du secteur des hydrocarbures et le coût de l’extraction : de l’ordre de 1 500 milliards de dollars. C’est donc le montant annuel des richesses créées par ce secteur hautement profitable. Les évaporations financières sont alors fréquentes. Au Congo, Global Witness chiffre à 250 millions de dollars les pétrodollars évanouis chaque année, principalement au profit de Sassou et de ses proches. En Guinée équatoriale, une part substantielle des revenus du pétrole ne se retrouve pas dans les comptes officiels du pays : de l’ordre de 170 millions de dollars pour 2000-2001, essentiellement au profit d’Obiang Nguema qui a la haute main sur les pétrodollars. En Angola, selon Human Rights Watch |17|, entre 1997 et 2002, les ventes de pétrole ont rapporté 17,8 milliards de dollars à l’État, soit 80 % des recettes budgétaires, mais 4,22 milliards de dollars ont disparu comme par magie. Pendant ce temps, les budgets sociaux s’élevaient à 4,27 milliards de dollars, donc le gouvernement aurait pu les doubler pendant cette période. Est-ce un hasard alors si en juillet 2003, sur 168 tribunaux municipaux en Angola, seulement 23 d’entre eux rendaient vraiment la justice ? L’impunité permet justement qu’un quart des revenus du pétrole pour l’État soit détourné par le clan Dos Santos au pouvoir. Les poches de ces gens-là sont des puits sans fond |18|.

Aux côtés des multinationales, n’oublions pas l’implication des institutions financières internationales, comme le prouve la construction très controversée du pipe-line Tchad-Cameroun, lancée au milieu des années 1990 et achevée en 2004, permettant d’amener le pétrole de la région de Doba (Tchad) au terminal maritime de Kribi (Cameroun), à 1 070 kilomètres de là. La Banque mondiale a pesé de tout son poids pour sa réalisation. Devant la mobilisation des populations vivant sur le tracé de l’oléoduc, devant la pression des organisations écologistes et de solidarité internationale, des multinationales comme Shell et Elf ont reculé. Mais le consortium regroupant ExxonMobil, ChevronTexaco (États-Unis) et Pétronas (Malaisie) a pu mener ce projet de 3,7 milliards de dollars à son terme grâce au puissant soutien stratégique et financier de la Banque mondiale.

Pour calmer ceux qui avançaient le fait que le dictateur tchadien Idriss Déby (militaire formé en France, au pouvoir grâce au soutien des différents présidents français) aurait la haute main sur le magot pétrolier, la Banque mondiale, qui réalisait là son plus important investissement en Afrique noire, a imposé à Déby de consacrer 90 % des sommes récupérées par la vente de pétrole à des projets sociaux sélectionnés avec son aval et à des investissements dans la région de Doba |19|. Ces sommes doivent être déposées à la Citibank de Londres, sous le contrôle de la Banque mondiale. Pour gérer ce compte, la Banque mondiale a avancé l’idée d’un Collège de contrôle et de surveillance des revenus pétroliers |20| (CCSRP), composé de neuf membres. Mais cinq d’entre eux ont été nommés par Déby lui-même…

Le grand gagnant de cette exploitation pétrolière est le consortium pétrolier, mais les proches du pouvoir ne sont pas à plaindre. La répartition des revenus entre l’État tchadien et le consortium pétrolier semble très défavorable à l’État qui devrait récupérer seulement 12,5 % de royalties sur la vente directe de ce pétrole… S’y ajoutent des taxes et bonus divers, qui seront versés directement au Trésor public tchadien |21|. Le premier bonus ne fut pourtant pas un modèle du genre : « Le détournement de 7,4 millions de dollars sur les 21 millions de « bonus » versés à titre d’avance au gouvernement tchadien, constaté récemment par le FMI, a confirmé les craintes de la société civile tchadienne, qui estimait, dès 1999, que les conditions pour une gestion transparente n’étaient pas réunies. D’autant que s’y est ajouté un autre détournement de 4,5 millions de dollars, qui selon certaines sources tchadiennes, auraient servi à l’achat d’hélicoptères par le fils du président |22|. » Et à chaque détournement futur, il est à craindre que la Banque mondiale, très impliquée dans le projet, continue de fermer les yeux pour ne pas entacher sa crédibilité.

Pourtant Déby n’est pas content… Les chiffres permettant de calculer ce qui revient au pays producteur proviennent d’ExxonMobil et du consortium lui-même. Le Tchad n’a pas l’expertise ni les moyens techniques pour suivre les variations continues des prix et les rapprocher des quantités de pétrole produit. Voilà pourquoi le 7 octobre 2004, la présidence tchadienne a publié un communiqué très inhabituel intitulé « Arnaque, opacité et fraude du consortium », dénonçant le fait que les multinationales s’accaparent cette rente pétrolière et que le Tchad ne peut contrôler l’exactitude des déclarations du consortium, fortement mises en doute. Le suivi du côté tchadien est compliqué : « Trois personnes seulement ont suivi ce dossier à l’époque, confie un proche du pouvoir. L’un d’entre eux a été démis de ses fonctions après le coup d’État raté du 16 mai, le deuxième est décédé et le troisième est parti faire carrière à l’étranger |23|. » Visiblement, les prédateurs se déchirent un peu entre eux, mais ils n’oublient pas de maltraiter leurs proies… Des représentants de la population affirment : « Les modes de vie ont été bouleversés. L’argent a perverti les mentalités et les habitudes. Les changements ont été essentiellement négatifs |24|. »

Le pétrole africain ne porte pas malheur, pourtant tout porterait à le croire. Les pays producteurs sont courtisés par toutes sortes de mafias, et les investisseurs occidentaux s’acoquinent avec les élites locales pour spolier le peuple de cette richesse, que ce soit chez les « anciens » comme le Nigeria, la Libye, l’Algérie, l’Angola, l’Egypte, le Congo, les « récents » comme la Guinée équatoriale, le Soudan, le Tchad ou la Mauritanie, les « futurs » comme le Sénégal, le Mali, la Sierra Leone ou Sao Tomé et Principe. Il faut dire que les graves soucis des États-Unis au Moyen-Orient les incitent à se tourner vers l’Afrique qui produit un pétrole brut d’excellente qualité, mettant ainsi en ébullition les élites africaines. Le président malien, Amadou Toumani Touré, n’a-t-il pas déclaré : « Je me couche en pensant au pétrole, je rêve de pétrole et quand je me réveille, je pense encore au pétrole |25| » ?

Une volée de bois vert

Le bois est aussi une richesse considérable sur le continent, en Afrique centrale notamment. Mais les exploitations illégales se multiplient, là aussi avec la complicité des multinationales du Nord et des proches du pouvoir en Afrique. Le Cameroun, où la famille du président Paul Biya joue un rôle central dans l’exploitation forestière, est particulièrement visé par les enquêtes internationales. En mars 2003, l’ONG Global Witness |26| estimait que 60 % des coupes forestières au Cameroun étaient illégales, faisant perdre 2,6 milliards de dollars à l’État chaque année. Une étude complémentaire |27| en juillet 2004, toujours par Global Witness, a permis de comparer le volume de bois autorisé officiellement par l’État et le volume déclaré par les entreprises exploitantes. Ainsi sait-on que 42 sociétés sur 58 ont violé la loi forestière en 2002-2003, tant sur le nombre que sur le type des arbres abattus. Par exemple, Pallisco, filiale du groupe français Pasquet soutenue par la Banque mondiale, a dépassé de 40 % le volume prévu. Cambois, filiale du groupe français Rougier, a abattu 293 ayous |28| de plus que le quota autorisé. La SEFN (Cameroun) a coupé 3573 arbres au lieu des 1 442 prévus. Globalement, les excès concernent surtout les essences les plus rares, alimentant la corruption à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

La surexploitation du bois est manifeste dans de nombreux pays africains, comme au Liberia ou au Sierra Leone pour alimenter la guerre civile. Par exemple, en décembre 2000, une mission d’experts du Conseil de sécurité des Nations unies a désigné les exploitants forestiers du Liberia comme les principaux responsables de l’approvisionnement illégal en armes, en Sierra Leone voisine, des rebelles en guerre contre les forces gouvernementales et les casques bleus de l’ONU depuis plus de dix ans. En 2003, le Conseil de sécurité de l’ONU a imposé un embargo sur le bois libérien, embargo que la France et la Chine bloquaient depuis plusieurs années. Il faut dire que la France puisait intensément dans les ressources forestières du Liberia : selon Greenpeace, en 2001, les importations françaises ont atteint le montant de 29 millions d’euros, soit 47 % de la valeur de tous les bois libériens exportés vers l’Europe |29|.

Suite à des campagnes de la part de plusieurs ONG, notamment Greenpeace, un processus de certification dit FSC (Conseil de bonne gestion forestière) est en place et il est essentiel de contraindre tout acheteur à se plier à ce contrôle. Une prise de conscience est en train de naître, mais tellement lentement ! Dans ce cadre, le prix Nobel de la paix délivré en octobre 2004 à la Kenyane Wangari Maathai, ministre adjoint de l’Environnement, des Ressources naturelles et de la Faune, n’est pas anecdotique.

Des diamants tant convoités

Tout comme pour le bois, de multiples fraudes sont constatées en Afrique dans le secteur du diamant |30|, notamment pour alimenter les guerres. Les groupes rebelles ou les forces armées par le pouvoir cherchent à dominer les zones diamantifères, afin que les revenus de la vente du diamant leur permettent de nouveaux approvisionnements en armes. C’est le cas par exemple en Sierra Leone, en Angola ou en RDC. Les gemmes exportées frauduleusement poursuivent leur route vers Anvers (Belgique) ou Tel-Aviv (Israël), avant de finir chez les grands joailliers de New York ou Paris |31|. Des pays comme le Liberia, le Congo-Brazzaville, la Côte d’Ivoire ou le Togo sont accusés de servir de lieu de transit. Le processus de Kimberley |32|, en vigueur depuis janvier 2003, a été instauré pour assurer la traçabilité de la pierre par la certification et court-circuiter le trafic des diamants de la guerre. En octobre 2004, ce processus regroupait 43 pays concernés par l’industrie du diamant, totalisant 98 % du commerce mondial du diamant brut. Devant les violations manifestes des mesures exigées dans le cadre du processus, le Congo-Brazzaville en a été exclu en juillet 2004. En effet, le Congo exporte cent fois plus de carats qu’il n’en produit, preuve selon certains qu’il est le lieu de passage d’exportations frauduleuses, notamment en provenance de RDC. Mais la complicité du Nord est également visible dans ce secteur : selon Global Witness |33|, sur 30 joailleries des États-Unis testées, 25 n’ont pas été en mesure de justifier d’une démarche préventive contre le commerce des diamants de la guerre…

La guerre comme une traînée de poudre

L’analyse des conflits sur le continent montre les multiples connexions entre les richesses naturelles, les implantations des multinationales des anciens pays colonisateurs et l’instabilité politique. Même si le conflit se présente parfois en apparence comme étant d’origine ethnique, des raisons sociales sous-jacentes, liées aux dominations du passé et aux intérêts des classes dirigeantes, jouent souvent le rôle déterminant. Par exemple, les puissances occupantes de l’Est de la RDC depuis 1998 se battent pour le contrôle des gisements de toutes sortes. L’Angola a été déchirée pendant 25 ans par une guerre civile entre MPLA et Unita, dans laquelle pétrole et diamants étaient un enjeu vital. L’Algérie et ses hydrocarbures vivent une guerre civile larvée où le pouvoir militaire préserve sa position dominante, n’hésitant pas à instrumentaliser des groupes islamiques. Le Liberia et la Sierra Leone sont impliqués dans le commerce du diamant et leurs peuples sont meurtris par des guerres civiles qui y sont liées. Et quand ces guerres cessent enfin, la logique demeure, comme le souligne un missionnaire au Liberia : « Il n’y a plus de guerre mais le principe qui en était à la base, celui du pillage des ressources, continue de vivre sans être dérangé |34|. » La Côte d’Ivoire, qui semblait stable et prometteuse, premier exportateur mondial de cacao, a sombré dans le chaos en septembre 2002. On parle à ce sujet du concept malsain d’ « ivoirité » ou de fracture entre le nord et le sud du pays ; mais comme le dit Elikia M’Bokolo, historien émérite du continent : « Ce ne sont pas les immigrés qui posent problème en Côte d’Ivoire ; ce sont les acheteurs de cacao |35|. »

Le Rwanda et le Burundi ont été le théâtre de massacres que l’on présente comme ethniques entre Hutus et Tutsis, qui pourtant ont la même langue, alors que cette distinction a été cristallisée et utilisée à dessein par l’ex-colon belge. De plus, le rôle de la France dans le génocide perpétré entre avril et juillet 1994 au Rwanda est désormais établi : les extrémistes hutus qui ont assassiné un million de Tutsis (et aussi des Hutus modérés) ont été conseillés et entraînés par des militaires français qui ont ensuite protégé la fuite des forces génocidaires lors de l’opération Turquoise |36|.

En ce qui concerne le Congo, où Elf gérait les deux tiers de la production de pétrole, l’ex-PDG Le Floch-Prigent livre des informations de première main : « Les armes ont été vendues à Lissouba [président de 1992 à 1997], grâce à l’intervention de la Fiba |37| […]. André Tarallo et Jack Sigolet [d’Elf] sont les principaux initiateurs de cette opération. […] Des hommes sont morts. Et tous les mois, lorsque leur pétrole est vendu, les Congolais voient une partie de leur argent aller directement chez Elf pour rembourser ces armes. Cette ignominie dure depuis quatre ans, qui s’en soucie ? On applaudit à la fermeture de la Fiba, quel acte de bravoure ! Mais des milliers de Congolais sont morts et les survivants doivent payer les armes qui ont tué les leurs. Là encore, moi, j’ai envie de savoir ce qui s’est passé, et, surtout, je souhaite que l’on délivre au plus tôt les Congolais de cette dette honteuse |38|. » Dette, richesses, domination, multinationales, fraudes, le système fait corps. Il mutile l’Afrique.

Crier famine

Plus que jamais, l’Afrique est le continent de la faim. Selon un rapport de l’Organisme des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publié en mai 2004, 24 pays d’Afrique font face à de graves pénuries alimentaires : « les urgences alimentaires sont de plus en plus nombreuses depuis deux décennies. Durant les années 80, on en comptait une quinzaine par année ; depuis le tournant du millénaire, la moyenne est passée à plus de 30. Cette augmentation touche surtout l’Afrique, où les crises alimentaires sont presque trois fois plus fréquentes |39|. » Les conditions météorologiques et le manque d’eau sont naturellement des problèmes majeurs. La sécheresse est la cause la plus fréquente des pénuries alimentaires, intervenant dans plus de la moitié des cas, surtout dans la moitié nord du continent. D’autres soucis comme des inondations (en Zambie ou en Angola par exemple) ou des invasions de criquets pèlerins (comme en 2004 dans toute l’Afrique du Nord et de l’Ouest) aggravent encore la situation. Mais les crises alimentaires ont souvent pour catalyseur des décisions politiques ou économiques. Des troubles politiques intérieurs, des guerres civiles, des conflits militaires peuvent conduire des dirigeants ou des seigneurs de guerre à priver de nourriture une partie de la population pour affaiblir les adversaires : du Biafra en 1967 au Darfour, dans l’ouest du Soudan, en 2004, la famine est considérée comme une véritable arme de guerre. Par ailleurs, les plans d’ajustement structurel portent aussi une forte responsabilité dans la montée de l’insécurité alimentaire, en dirigeant les richesses produites dans le pays vers le remboursement de la dette extérieure en priorité, au détriment des secteurs sociaux et des infrastructures permettant le transport, la distribution et la commercialisation des produits alimentaires. La libéralisation brutale et l’ouverture des économies des pays en développement, érigées en dogme dans les plans d’ajustement structurel et défendues avec plus d’acharnement encore depuis la création de l’OMC, contribuent à désorganiser la production agricole au Sud. Ainsi, « très souvent, les facteurs d’origine humaine et naturelle se renforcent les uns les autres, engendrant les crises les plus graves et les plus longues. Entre 1986 et 2004, 18 pays étaient « en crise » plus de la moitié du temps et, dans tous les cas, la guerre ou les bouleversements économiques et sociaux avaient soit provoqué soit aggravé la situation |40|. »

Par ailleurs, l’aide extérieure à l’agriculture a fortement chuté en termes réels depuis 1980 : pour l’Afrique, l’aide extérieure par personne employée dans l’agriculture n’est plus que le quart de ce qu’elle était en 1982 |41|. Mais surtout elle est allouée par les donateurs en fonction de critères géostratégiques et elle ne profite pas aux pays qui en auraient le plus besoin. De ce fait, la croissance de la production agricole et animale dans le monde a ralenti depuis quelques années, et « le faible taux de croissance en 2002, moins de 1% au niveau mondial, implique une réduction de la production par habitant |42|. » L’Afrique subsaharienne est dans une situation critique, étant « la seule région où la production vivrière par habitant n’a pas augmenté au cours des 30 dernières années. Après un déclin marqué dans les années 70 et au début des années 80, celle-ci a stagné et se trouve encore aux niveaux enregistrés voilà 20 ans |43|. »

Voilà pourquoi plus de 200 millions d’Africains sont considérés comme sous-alimentés !


Chiffres pour 2000-2002 (sauf pour la Somalie : 1999-2001).
Source : FAO, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2004

Signalons l’ahurissant record de la RDC, pays très riche en ressources naturelles, en terres fertiles et en eau bien répartie, dont 71 % de la population est sous-alimentée.

Les ravages du sida

Plus que tout autre, le continent africain est durement touché par le sida. Selon le Rapport sur l’épidémie mondiale de sida 2004 |44|, publié par le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA |45|), l’Afrique abrite à la fin 2003 environ 25,5 millions de personnes vivant avec le virus VIH, sur un total mondial de 38 millions. L’Afrique du Nord est moins touchée, mais en Afrique subsaharienne, les nouveaux cas demeurent très nombreux : « Pour la seule année 2003, on estime à 3 millions le nombre de personnes nouvellement infectées, et 2,2 millions sont mortes du SIDA, soit 75% de tous les décès dus à cette maladie de par le monde. »

Même si l’Ouganda a connu un recul sensible de l’épidémie, tout comme Addis-Abeba (Éthiopie) et quelques villes du Kenya, les chiffres sont plus que jamais inquiétants. L’Afrique australe est la région du monde où l’expansion de l’épidémie est la plus vigoureuse : « Chacun des sept pays de la région accuse un taux de prévalence supérieur à 15%. Le Botswana et le Swaziland ont les taux les plus élevés (respectivement 37,3% et 38,8%) suivis par le Lesotho (28,9%), le Zimbabwe (24,6%), l’Afrique du Sud (21,5%), la Namibie (21,3%) et la Zambie (16,5%). » Le cas de Madagascar est également alarmant, car la progression de la séropositivité parmi les femmes enceintes y a quadruplé en deux ans.

Les raisons invoquées ne sont pas sans rapport avec le modèle économique en place, puisque le sida frappe majoritairement parmi les populations les plus vulnérables économiquement. Selon l’ONUSIDA toujours : « Aucun élément ne peut à lui seul expliquer la virulence de l’épidémie en Afrique australe. Ce qui semble être en cause, c’est une combinaison de plusieurs éléments qui agissent le plus souvent de concert, notamment la pauvreté et le déséquilibre social qui entraînent des ruptures au niveau de la famille. » En effet, comment un reflux du sida est-il envisageable quand le prix d’un préservatif en RDC est de 50 FCFA, à savoir 9 centimes de dollar, pendant que 80 % des Congolais ont un revenu quotidien inférieur à 20 centimes de dollar ?

Les prévisions sont elles aussi dramatiques : « Si la riposte au SIDA n’est pas renforcée de façon spectaculaire, 38 pays africains verront d’ici à 2025 leur population chuter de 14 % par rapport aux projections faites sans tenir compte du SIDA. Dans les sept pays où la prévalence dépasse 20 %, l’épidémie réduira la population de plus du tiers. »

Les dégâts sur le plan économique sont évidents : « En Zambie, par exemple, pays instable économiquement, le produit intérieur brut [par habitant] a chuté de plus de 20 % entre 1980 et 1999 (de 505 dollars à 370 dollars). Au cours de la même période, le nombre de calories consommées par jour est tombé de 2 273 à 1 934. Dans ce contexte d’appauvrissement constant, un foyer pauvre n’est guère en mesure de faire front à de nouvelles difficultés, encore moins d’aider les autres. Nombreux sont les foyers qui se brisent. Après la mort de l’un ou des deux parents, les enfants sont dispersés dans la famille ou la communauté. »

La situation de pauvreté extrême aggrave encore la situation : « L’insécurité alimentaire est particulièrement dangereuse pour les personnes vivant avec le VIH parce qu’elles ont besoin de plus de calories que les personnes non infectées. En outre, les personnes séropositives sous-alimentées évoluent plus rapidement vers le SIDA. […] Aux périodes de plantations et de récoltes, des considérations économiques obligent souvent les familles pauvres, qui doivent gagner de l’argent ou assurer les cultures vivrières, à cesser ou à remettre à plus tard les soins à donner. Lorsque de telles considérations l’emportent sur les soucis de santé, la survie à long terme du foyer peut être compromise. »

Inversement, le sida agit sur tous les aspects de la vie socio-économique : « Pour couvrir le coût croissant des soins médicaux, les ménages réduisent souvent leurs dépenses de nourriture, de logement, d’habillement et de toilette. Les dépenses liées aux soins peuvent représenter en moyenne un tiers du revenu mensuel d’un ménage. En Afrique du Sud, une étude a montré que plus de 5 % des ménages affectés par le SIDA étaient forcés de réduire leurs dépenses alimentaires pour payer ces coûts croissants, ce qui est d’autant plus affligeant que près de la moitié des ménages avaient déjà déclaré avoir manqué de nourriture. »

Dans le domaine de l’éducation, les chiffres sont édifiants. En 1999, 860 000 écoliers d’Afrique subsaharienne ont perdu leur instituteur du fait du sida. En Côte d’Ivoire, 8 professeurs (5 du primaire et 3 du secondaire) meurent chaque semaine du sida. En Zambie, le nombre d’enseignants qui décèdent chaque année est le double du nombre de ceux qui sont nouvellement formés |46|.

L’extension du sida est aussi déterminante dans le niveau de production agricole. Par exemple, en Afrique australe fortement touchée, au moins une personne travaillant dans le secteur agricole sur cinq décèdera avant 2020, menaçant fortement l’accès à la nourriture des habitants de la sous-région |47|.

Pour lutter contre la pandémie, l’accès aux médicaments dits antirétroviraux est primordial. Mais les droits de propriété intellectuelle protègent les profits des laboratoires pharmaceutiques et interdisent aux pays pauvres d’importer des médicaments génériques (copies de la molécule originale) qu’ils pourraient se procurer à un coût bien moindre. La responsabilité des pays riches, notamment les États-Unis, est totale, puisqu’ils ont pris soin d’empêcher tout accord dans ce sens lors des négociations au sein de l’OMC. De plus, les moyens qu’ils mettent à la disposition des pays touchés sont bien maigres et non dénués d’arrière-pensées. Par exemple, en janvier 2003, George W. Bush a promis 15 milliards de dollars sur cinq ans pour le sida ; mais sur cette somme, seulement 1 milliard ira au Fonds mondial de lutte contre le sida, la malaria et la tuberculose, qui coordonne les politiques internationales dans ce domaine. Les 14 autres milliards seront affectés à 14 pays choisis par les États-Unis de manière unilatérale, et il se trouve, mais c’est sans doute un hasard, que ces 14 pays n’ont jamais montré la volonté d’importer des génériques |48|… En novembre 2004, on apprenait que les sommes promises au Fonds mondial pour 2004 ne seront pas intégralement versées : Bush privilégie son propre programme antisida, baptisé PEPFAR |49|, axé sur l’abstinence sexuelle plutôt que sur des mesures de prévention. Le coordinateur de ce plan, nommé par Bush, n’est autre que Tobias Randall, ancien président du géant pharmaceutique Eli Lilly, dont le médicament phare est le Prozac.

Les pays africains doivent pouvoir accéder facilement aux médicaments vitaux dans ce domaine. Les pressions peuvent se révéler efficaces. En 2001, sous la pression internationale, 39 laboratoires pharmaceutiques (dont Eli Lilly, justement) ont dû retirer leur plainte contre l’Afrique du Sud qui voulait fournir des génériques à moindre coût aux malades atteints du sida. Pour autant, les problèmes sont loin d’être réglés car l’OMC veille pour défendre l’intérêt des grands groupes. Au sommet de Doha en 2001, les pays pauvres ont négocié des concessions commerciales en échange de la possibilité de remplacer les coûteux médicaments sous brevets par des médicaments génériques bien moins chers. Mais la signature de l’accord a été repoussée jusqu’en août 2003, et les laboratoires pharmaceutiques ont fait pression sur les pays riches pour que l’accord final soit conforme à leurs intérêts. L’importation de génériques n’a donc été autorisée qu’accompagnée d’une procédure longue et très contraignante, la rendant de fait presque impossible. Un observateur de la réunion finale raconte : « J’ai vu un délégué africain pleurer en disant qu’il ne voulait pas de ce texte, mais qu’il allait le signer sur ordre de sa capitale |50| ». L’Afrique est dérégulée aux forceps.

Pire, en mars 2005, l’Inde, le principal fabricant de médicaments génériques antisida, a adopté une réforme des brevets encore plus restrictive que ce qu’exigent les règles de l’OMC. Elle « rend illégale la copie de médicaments brevetés, à partir de 2005, et menace l’approvisionnement de millions de malades du sida dans les pays du Sud |51|. » Cette mesure a été accueillie très favorablement par la multinationale pharmaceutique GlaxoSmithKline qui a pris la peine de s’en féliciter publiquement le jour même. Les amendements votés par le Parlement indien montrent que l’Inde a cédé aux exigences des géants du secteur : « D’une part, ils méprisent la déclaration de Doha de 2001 qui reconnaissait la possibilité, par le système de licence obligatoire, de passer outre les droits de propriété intellectuelle en cas de grave menace sur la santé publique. Et, d’autre part, ils offrent la possibilité de prolonger ou « d’éternaliser » la durée des brevets au-delà des vingt ans requis par l’OMC |52|. » Selon Annick Hamel, responsable de la campagne d’accès des médicaments essentiels à l’ONG Médecins sans frontières (MSF) : « Le Duovir du laboratoire indien Cipla nous coûte 197 dollars par an et par patient. En Chine, où il est breveté et fabriqué par Glaxo, il nous coûte 1 300 dollars par an et par patient ». Les effets sur les pays du Sud peuvent être terribles. Comment expliquer la démarche indienne ? Certains laboratoires indiens semblent aujourd’hui considérer qu’ils jouent dans la cour des grands, et ils reprennent à leur compte leurs revendications. Schématiquement, à quelques exceptions près, fini le temps d’aider les pauvres, le temps est venu de faire du profit sur les marchés rentables…

Méfions-nous enfin des groupes pharmaceutiques qui participent à des programmes d’aide très médiatisés. Il s’agit bien souvent plus d’une opération de communication qu’une réelle occasion d’aider les populations touchées. Par exemple, au Botswana, en juillet 2004, 17 000 malades ont pu bénéficier de soins gratuits avec utilisation d’antirétroviraux, grâce au soutien de la fondation Bill et Melinda Gates, de la multinationale Merck, du gouvernement des États-Unis et de l’ONU. Mais plus de 110 000 en auraient besoin |53|, et l’État ne peut les soigner, justement à cause de la politique prônée par les pays riches, dont les États-Unis, favorisant les grandes entreprises, dont Merck et Microsoft !

Le paludisme depuis si longtemps

Contrairement au sida qui touche aussi les populations des pays industrialisés, le paludisme est « réservé » aux pays des régions tropicales et subtropicales qui abritent massivement le fameux moustique anophèle femelle responsable de la transmission de la maladie à l’humain. Les chiffres sont éloquents : chaque année, entre 300 et 500 millions d’êtres humains sont affectés par cette maladie, qui provoque entre 1,7 et 2,5 millions de décès. Environ 40 % de la population mondiale y sont exposés à ce jour et le nombre de cas recensés va croissant. L’Afrique sub-saharienne paie le plus lourd tribut, avec plus de 90 % des décès |54|.

Comme le disait une campagne de MSF en 2004, fort à propos après l’invasion de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés : « Des armes de destruction massive existent. Elles ont tué 2 millions de personnes en 2003. Elles menacent d’en tuer 2 millions de plus cette année. Malheureusement, elles n’intéressent personne. Le paludisme tue près de 2 millions d’Africains par an. » Il terrasse un enfant africain toutes les trente secondes. Les chiffres de l’OMS montrent l’ampleur du désastre : « Le paludisme est la principale cause de mortalité chez les moins de cinq ans en Afrique (20%) et il représente 10% de la charge totale de morbidité du continent. Il est responsable de 40% des dépenses de santé publique, de 30-50% des admissions dans les hôpitaux et de pas moins de 50% des consultations externes dans les zones de forte transmission |55|. »

Alors que le sida a fait son apparition dans le monde à la fin des années 1970, le paludisme sévit depuis bien plus longtemps. Au début du vingtième siècle, il frappait davantage de régions du globe, pour quasiment disparaître des zones tempérées cinquante ans plus tard. Ce retrait géographique s’est accompagné d’une régression importante du nombre de cas : en 1950, le paludisme était responsable de 1,2 million de morts, pour décroître ensuite et atteindre 500 000 décès annuels en 1970. Le renversement de tendance observé ces dernières décennies est donc bien l’expression d’une résurgence aux proportions inédites : le paludisme progresse sur tous les fronts, refaisant même son apparition dans des régions où il avait totalement disparu, comme au Moyen-Orient et en Turquie.

Si la recherche médicale n’est pas fortement mobilisée pour trouver un remède, c’est parce que les malades atteints du paludisme sont en grande partie des habitants des pays pauvres, donc souvent non solvables. Les budgets de recherche des laboratoires pharmaceutiques sont bien plus importants en ce qui concerne l’obésité ou les dépressions nerveuses, domaines où les profits sont largement supérieurs. Les populations africaines souffrent d’une maladie que l’on ne combat pas véritablement.

D’ailleurs les liens avec la pauvreté sont établis : cette maladie en est à la fois un symptôme et une cause. En effet, la fragilité due à la malnutrition permet la prolifération rapide du parasite dans le corps ; la misère ne permet pas d’équiper les maisons en moustiquaires, ni de protéger les femmes durant leur grossesse ; de nombreux malades démunis choisissent l’auto-médication, entraînant consommation de produits frelatés ou périmés, et risque d’erreurs de diagnostic. Ainsi, non seulement la maladie prolifère parmi les populations les plus pauvres du monde (la juxtaposition des planisphères de la pauvreté et de l’étendue du paludisme est éloquente |56|), mais elle est en elle-même un obstacle majeur au développement, puisque selon l’OMS, « on estime à plus de 12 milliards [de dollars] la perte annuelle de PIB due au paludisme en Afrique, alors qu’une fraction de cette somme suffirait à le maîtriser |57|. » Au niveau familial, cela se traduit par le fait qu’une famille pauvre africaine peut se retrouver à consacrer un quart de son revenu annuel à la prévention et au traitement du paludisme |58|.

Le médicament antipaludique le plus utilisé, qui est aussi le moins cher, est la chloroquine. Mais la résistance à la chloroquine se développe en Afrique, atteignant 80 % dans certaines régions, et ses effets sont de plus en plus réduits. Une solution efficace serait le recours au traitement dit ACT (Artemisinin-Combination Therapy), dont le prix est au moins dix fois plus cher que la chloroquine. Le coût de la généralisation à toute l’Afrique du traitement ACT, estimé par Médecins sans frontières, est compris entre 110 et 220 millions de dollars, mais les budgets de santé des pays d’Afrique, étranglés financièrement par les politiques d’ajustement structurel, ne parviennent pas à libérer de telles sommes. De plus, les bailleurs de fonds internationaux ne souhaitent pas investir dans des programmes utilisant l’ACT, dont ils ne remettent pas en cause l’efficacité mais qu’ils jugent trop cher |59|. Là encore les prix pratiqués par les grands groupes pharmaceutiques empêchent l’Afrique d’espérer.

On voit bien que les réponses scientifiques doivent s’accompagner d’une réflexion sur les facteurs socio-économiques qui sous-tendent et modèlent le paysage mondial du paludisme. La recrudescence du paludisme est directement liée à l’imposition de politiques néolibérales en Afrique et à la pauvreté qu’elles ont engendrée. Si les États échouent à obtenir les moyens d’élaborer et de mettre en œuvre des programmes solides et multisectoriels de lutte contre le paludisme, et surtout les moyens d’agir pour améliorer les conditions de vie du plus grand nombre, la situation ne cessera d’empirer.

Tuberculose et rougeole toujours

Outre ces deux fléaux majeurs que sont le sida et le paludisme, la tuberculose est en pleine recrudescence : « depuis dix ans, le nombre de malades tuberculeux a été multiplié par 4 à 5 en Afrique ; et par un facteur 6 à 7 dans les pays les plus touchés par le sida |60|. » L’alliance sida-tuberculose est particulièrement dramatique : « Dans certaines régions, 75% des tuberculeux sont également infectés par le VIH. Or en Éthiopie, au Kenya, au Mozambique, en Ouganda et au Zimbabwe, moins de 40% des patients bénéficient d’un traitement antituberculeux adéquat. Au Nigeria, la proportion est même inférieure à 10%. Or sans prise en charge de la tuberculose, les malades infectés par le VIH et le bacille de la tuberculose meurent en quelques mois |61|. »

La rougeole n’est pas en reste puisque qu’elle demeure une des principales causes de décès des enfants en Afrique (près de 500 000, soit plus de la moitié du total mondial |62|), majoritairement en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Pourtant un vaccin efficace et peu cher existe : la dose ne coûte que 0,25 dollar. Selon l’OMS, 200 millions de dollars suffiraient à le distribuer dans les pays du monde où la maladie frappe le plus |63|. Mais la volonté politique de mobiliser cette somme est absente. Pourtant, c’est le prix payé par les États-Unis tous les deux jours pour la guerre en Irak… Comment les populations africaines peuvent-elles s’en sortir alors que, par exemple, le Kenya consacre 0,50 euro par jour et par habitant au système de santé, contre 12 euros au remboursement de la dette |64| ?

La question se pose donc de savoir si la réponse apportée aujourd’hui aux problèmes de santé est à la hauteur. En effet, l’analyse actuelle est avant tout utilitariste ; elle oublie de questionner la responsabilité des politiques économiques dans la permanence ou la résurgence des maladies, et se limite à en évaluer les conséquences. Dans ce cadre inapproprié, améliorer la santé humaine est en premier lieu un moyen d’améliorer la santé économique ! La responsabilité des politiques d’ajustement structurel n’est jamais mise en cause : le constat d’un système de soins défaillant est systématiquement sorti de son contexte et sert même d’argument pour justifier un désengagement supplémentaire de l’État. A ce titre, le fait que la Banque mondiale soit aujourd’hui l’institution qui dessine les contours de la santé mondiale, profitant de ressources financières bien supérieures à celles de l’OMS, est très inquiétant. A cause de l’ajustement structurel, les systèmes de santé sont ainsi durement frappés par la ponction des budgets sociaux qui sont redirigés vers le remboursement de la dette. Concrètement, cela signifie la fermeture de structures de soins, le licenciement du personnel ou la réduction des salaires (telle qu’il devient impossible d’en vivre décemment), la dégradation des infrastructures, la réduction du préventif, la déliquescence des institutions sanitaires à tous les niveaux (qui compromet la propre formulation des politiques de santé par les États)…

Cette instrumentalisation de la santé au service de la rentabilité économique concerne d’ailleurs au premier chef l’OMS, dont la mission de politique d’aide publique a pris une tournure particulièrement inquiétante sous la présidence de Gro Harlem Brundtland. Elle s’est ouverte au secteur privé, à la Banque mondiale, au FMI et à l’OMC à la fin des années 1990, et ses politiques sont désormais régies par les règles de l’économie libérale. Le glissement de la santé comme un moyen au service de la production et non plus un droit est d’ailleurs très clairement exprimé dans les propos de Mme Brundtland en 2000 : « L’amélioration de la santé va augmenter de manière significative les forces du développement économique et de la réduction de la pauvreté |65| ». Un diplomate spécialiste des institutions des Nations unies, cité par Jean-Loup Motchane, confirme : « La posture de Mme Brundtland vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique s’explique par son adhésion aux valeurs de la mondialisation actuelle : elle a établi des rapports étroits avec l’OMC, et elle reprend à son compte le discours de la Banque mondiale, principal bailleur de fonds de l’OMS. D’autre part, en adoptant une autre attitude, la directrice générale s’opposerait aux Américains, dont l’influence est prépondérante. »

Le vol du passé et du savoir-faire

Le problème de l’accès des populations à leur propre histoire est également un souci majeur. Aujourd’hui, le citoyen égyptien qui veut partir sur les traces de son passé doit se rendre au British Museum à Londres ou au Musée du Louvre à Paris. Le citoyen congolais qui veut contempler le patrimoine culturel congolais doit se rendre au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervueren en Belgique. Les collections d’arts dits premiers sont très prisées dans les ventes aux enchères alors que ces pièces vendues à prix d’or ont été arrachées au sol africain contre la volonté des populations locales. Que dirait la France si toute la peinture impressionniste était dans un musée à Nairobi ou à Tripoli ? Que dirait l’Espagne si les œuvres de Goya et Picasso étaient à Brazzaville ou à Antananarivo ? Le passé africain doit être rendu aux Africains.

Par ailleurs, l’artisanat africain, très apprécié des Européens et vendu à prix d’or dans des boutiques spécialisées, est acheté à des prix dérisoires par leurs centrales d’achat. Le savoir-faire africain est donc bradé à cause de la situation socio-économique du continent. En Afrique, la main d’œuvre n’a même pas de coût évalué et il arrive que l’artisan, selon l’urgence de la misère du jour, vende à perte pour avoir à manger le soir pour ses enfants. Il y a en Afrique, un prix du matin et un prix du soir… prix de vente à perte, pour avoir quelque chose, lorsque rien n’a été vendu de la journée.

Pillages, guerre, faim, maladies, détournements culturels, on le voit, l’Afrique est profondément mutilée. Et chacun de ces fléaux a un rapport direct avec l’état de santé économique du continent noir, dont les défenses naturelles ont été annihilées sous les coups de boutoir d’une dette illégitime. Les responsabilités écrasantes du FMI, de la Banque mondiale et des multinationales occidentales dans l’extrême fragilité de l’Afrique et la destruction aveugle de tous ses systèmes de protection sont avérées. Les grandes puissances sont parvenues à placer au pouvoir en Afrique des alliés sûrs et corrompus qui perpétuent ce système immoral et maintiennent les fondements du monde actuel dans la barbarie la plus extrême. Il est de plus en plus urgent de le détricoter.

Notes:

|1| « Black ivory » chez les Anglais.

|2| Voir http://usinfo.state.gov/regional/af/usafr/french/f2041701.htm

|3| Les Echos, 28 novembre 2002.

|4| Seuls l’Algérie, le Nigeria et la Libye, sur les 11 pays que compte l’OPEP. Voir www.opec.org

|5| Voir le film Le Cauchemar de Darwin, réalisé par Hubert Sauper, sorti en France en mars 2005, www.advitamdistribution.com ou www.hubertsauper.com

|6| Libération, 3 avril 2004.

|7| Rapport final du Groupe d’experts sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse de la République démocratique du Congo, transmis au Conseil de sécurité de l’ONU le 16 octobre 2002, S/2002/1146, www.kongo-kinshasa.de/dokumente/uno/S2002-1146-fr.pdf

|9| Arthur Andersen, l’un des plus prestigieux cabinets d’audit, va sombrer à la fin 2001, reconnu coupable de malversations comptables dans le scandale de la multinationale Enron. Ses cabinets nationaux seront absorbés par des groupes concurrents.

|10| LCI, www.lci.fr/news/france/0,,1015542-VU5WX0lEIDUy,00.html

|11| Occidental Petroleum.

|12| Il a d’ailleurs dépassé le seuil de 50 dollars en 2004-2005.

|13| Survie, Billets d’Afrique n° 101, mars 2002.

|14| Témoignage Chrétien, 16 septembre 2004.

|15| Le Floch-Prigent Loïk, Affaire Elf, affaire d’État, Entretiens avec Eric Decouty, Folio documents, 2001.

|16| Global Witness, Time for Transparency. Coming clean on oil, mining and gas revenues, mars 2004, www.globalwitness.org/reports/

|17| Human Rights Watch, Some Transparency, No Accountability : The Use of Oil Revenue in Angola and Its Impact on Human Rights, janvier 2004, www.hrw.org/reports/2004/angola0104/  Voir aussi Le Monde, 16 janvier 2004.

|18| Mais avec des fonds, visiblement…

|19| Le reste devrait aller sur un compte bloqué « pour les générations futures ».

|20| Jeune Afrique/L’Intelligent, 19 décembre 2004.

|21| Observatoire de la Gestion des Revenus Pétroliers (OGRP) du Groupe de Recherches Alternatives et de Monitoring du projet Pétrole Tchad-Cameroun (GRAMPTC), Lettre de Transparence, août 2004, www.gramptc.org/Activites/bulletin%20000.pdf

|22| L’Humanité, 20 septembre 2003.

|23| Alwidha, www.alwihdainfo.com/articles/voir_art.php ?idart=315   

|24| Urbain Moyombaye, habitant de Miandoum et bénévole au sein du Groupe de recherche et de monitoring du projet pétrole Tchad Cameroun – Gramp/TC, cité par l’Observatoire de la Gestion des Revenus Pétroliers (OGRP) du Groupe de Recherches Alternatives et de Monitoring du projet Pétrole Tchad-Cameroun (GRAMPTC), op. cit.

|25| Jeune Afrique/L’Intelligent, 31 octobre 2004.

|26| Citée par Jeune Afrique/L’Intelligent, 16 mars 2003. Voir www.globalwitness.org/reports/

|27| Libération, 28 juillet 2004.

|28| Le bois le plus précieux du Cameroun.

|29| Voir www.greenpeace.fr/foretsanciennes/cdp20030515.php3

|30| Voir https://mmsd1.mms.nrcan.gc.ca/kimberleyprocess/intro_f.asp

|31| Libération, 21 juillet 2004.

|32| Voir www.kimberleyprocess.com

|33| Global Witness, Broken vows. Exposing the “Loupe” Holes in the Diamond Industry’s Efforts to Prevent the Trade in Conflict Diamonds, mars 2004.

|34| Le Gri-gri international, 14 octobre 2004.

|35| Robert Anne-Cécile, op. cit.

|36| Voir Saint-Exupéry Patrick (de), L’inavouable. La France au Rwanda, Les Arènes, 2004.

|37| Une filiale financière d’Elf.

|38| Le Floch-Prigent Loïk, op. cit.

|39| FAO, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2004, www.fao.org/newsroom/fr/focus/2004/51786/index.html

|40| FAO, L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2004, op. cit.

|41| FAO, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2003-2004, www.fao.org/docrep/006/y5160f/y5160f15.htm

|42| FAO, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2003-2004, op.cit.

|43| FAO, La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2003-2004, op.cit.

|44| Disponible sur www.unaids.org/bangkok2004/GAR2004_html_fr/GAR2004_00_fr.htm . Les citations de cette partie sont extraites de ce rapport ou de : ONUSIDA, L’épidémie de SIDA en Afrique subsaharienne, www.vih.org/combat/Documents/Afrique.pdf

|45| Créé en 1996, l’ONUSIDA fédère l’action contre le sida de huit agences des Nations Unies. Les six premiers co-parrains étaient le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), l’UNICEF (Fonds des Nations unies pour l’enfance), le FNUAP (Fonds des Nations unies pour la population), l’OMS (Organisation mondiale de la santé), l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture) et la Banque mondiale. En 1999, ce groupe est rejoint par le PNUCID (Programme commun des Nations unies pour le contrôle international des drogues) et en 2001 par l’OIT (Organisation internationale du travail).

|46| Jeune Afrique/L’Intelligent, 30 novembre 2003.

|47| ONUSIDA, op. cit.

|48| Jeune Afrique/L’Intelligent, 16 février 2003.

|49| President’s Emergency Plan For AIDS Relief.

|50| Libération, 30 août 2003.

|51| L’Humanité, 24 mars 2005.

|52| L’Humanité, ibid.

|53| Libération, 12 juillet 2004.

|54| Faire reculer le paludisme (partenariat mondial établi en 1998 par l’OMS, le PNUD, l’Unicef et la Banque mondiale), Qu’est-ce que le paludisme ?, www.rbm.who.int/cmc_upload/0/000/015/372/RBMInfosheet_1fr.htm

|55| Faire reculer le paludisme, Le paludisme en Afrique, www.rbm.who.int/cmc_upload/0/000/015/370/RBMInfosheet_3fr.htm

|56| Faire reculer le paludisme, Aspects économiques du paludisme, www.rbm.who.int/cmc_upload/0/000/015/363/RBMInfosheet_10fr.htm

|57| Faire reculer le paludisme, Le paludisme en Afrique.

|58| Médecins sans frontières, www.msf.fr/site/site.nsf/pages/2millions

|59| Jeune Afrique/L’Intelligent, 1er août 2004.

|60| Dr Léopold Blanc, de l’OMS, cité par Libération, 24 mars 2005.

|61| OMS, SIDA et tuberculose déciment l’Afrique, communiqué du 21 septembre 2004. Cité par www.africatime.com/gabon/nouv_pana.asp ?no_nouvelle=145063     

|62| Voir www.ifrc.org/fr/what/health/archi/factfr/factmeasf.htm

|63| Voir www.who.int/mediacentre/background/2003/back5/fr/

|64| Jeune Afrique/L’Intelligent, 28 novembre 2004.

|65| Brundtland, Why invest in health ?, discours lors de la troisième Conférence internationale sur les priorités en matière de soins de santé, 23 novembre 2000, Amsterdam. Cité par Motchane Jean-Loup, « Quand l’OMS épouse la cause des firmes pharmaceutiques », Le Monde diplomatique, juillet 2002.

Source : L’Afrique sans dette, CADTM / Syllepse 2005



Articles Par : Damien Millet

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