L’échec cuisant du système des fonds de pension chiliens

Résultat d’une réforme lancée par Pinochet, plus de la moitié des retraités ne toucheront aucune pension.

Souvent pris en exemple par les politiciens français, le système de fonds de pension chilien — totalement privatisé — est en fait un échec. Vingt-cinq ans après sa mise en oeuvre à marche forcée par la dictature militaire d’Augusto Pinochet et les Chicago boys, il était censé commencer à fonctionner  aujourd’hui pour les premiers retraités. Or, plus de 50 % d’entre eux ne toucheront rien. Pour une bonne raison ils n’ont cotisé qu’occasionnellement durant la période minimale de vingt ans requise pour bénéficier d’une pension de l’État de 140 dollars par mois, ou pas cotisé du tout. Car, pour toutes les personnes travaillant dans des PME (80 % de l’emploi total) la contribution au fonds de pension se fait sur une base volontaire. S’ils étaient censés verser 10 % de leur salaire à une administration de fond de pension (AFP), nombreux sont ces « salariés », soumis aux contraintes de la vie quotidienne, qui ont « préféré » acheter d’abord à manger ou envoyer leurs enfants à l’école publique plutôt que d’économiser pour leurs vieux jours…

« Plaquer des recettes ultralibérales sur une économie faite d’inégalités sociales, de pauvreté et de travail informel se révèle être un véritable désastre », analyse Andras Uthoff, de la Cepal , le plus grand institut de recherches économiques latino-américain, sponsorisé par les Nations unies. Au- delà d’un tissu économique dé faillant, le manque de qualification des salariés, en raison de leur faible éducation, ne leur a en effet pas permis de décrocher un emploi formel, bien rémunéré, dans une grande entreprise.

REVENIR A UNE FORME DE SOLIDARITE

 Déjà, au cours de la campagne présidentielle de 2006, les candidats de droite comme de gauche, étaient tombés d’accord sur la nécessité de réformer de nouveau le système. La commission gouvernementale a rendu son verdict en juillet dernier et offert plusieurs pistes de réflexion. Elle a ainsi proposé de réduire les vingt ans nécessaires à l’obtention d’une pension d’État. Une pension de l’ordre de 140 dollars par mois serait versée automatiquement aux Chiliens les plus pauvres (jusqu’à 60 % de la population).
 

Autrement dit, le système devrait revenir à une forme de solidarité qui avait volé en éclats avec la privatisation totale.. .

En outre, pour stimuler les salariés à cotiser, la Commission souhaite introduire plus de concurrence au sein des fonds de pension, qui affichent certes de belles performances, mais dont les prix d’entrée sont exorbitants pour les cotisants. La loi, qui est encore en discussion, devrait être adoptée au début de l’an prochain. Il faudra ensuite s’attaquer au problème de la santé publique. Certains experts estiment à cet égard que les riches pourraient contribuer directement à un fonds de solidarité.

La Tribune 8 Novembre 2007



Articles Par : Lysiane J. Baudu

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