L’éducation financière des petits italiens

Projet de loi d’une sénatrice du Partito Democratico

Alors que l’explosion de la crise met à nu la nature spéculative du marché financier, dont le collapsus a bouleversé des millions de petits épargnants, une sénatrice italienne présente un projet de loi pour permettre «à tous les citoyens d’en cueillir les bénéfices et exploiter tous les avantages » (du marché, NdT). Comment ? En instituant l’ « éducation financière » « parmi les activités didactiques de l’école primaire et secondaire ». L’idée ne vient pas d’une élève de Tremonti (ministre de l’économie, personnalité de la droite berlusconienne, NdT) élue dans des listes de droite, mais de la sénatrice Maria Leddi du Partito democratico (principal parti de l’opposition de « gauche », NdT).

Forte de son expérience de procureur spécial de la société Perseo SpA (société d’investissements), non moins que de secrétaire générale de la Fondazione Cassa di Risparmio di Torino, la sén. Leddi propose que le ministre de l’économie et des finances Giulio Tremonti, de concert avec ceux de l’éducation et du développement économique Gelmini et Scajola (ministres de la droite berlusconienne, NdT) institue un comité, composé de représentants du système bancaire et autres experts, pour « programmer et promouvoir des initiatives de sensibilisation et éducation financière », de façon que les citoyens  puissent « utiliser de manière plus informée les outils et les services financiers offerts par le marché ». Selon la sénatrice Leddi, quand de nombreuses familles ont brûlé leur épargne en les investissant dans des actions Cirio et Parmalat (sociétés italiennes qui, après nombre de spéculations et escroqueries, ont fait faillite en ruinant de nombreux petits actionnaires, NdT), en obligations argentines et autres produits toxiques dépourvus de valeur, ceci n’est  en aucun cas dû au fait que ces actions étaient garanties par les plus importantes banques et agences de crédit, mais par une éducation financière insuffisante des familles.

C’est à cette carence qu’entend remédier la sénatrice Leddi avec son projet de loi. Comme l’éducation financière doit partir de l’enfance, elle pourra être insérée parmi les activités pédagogiques dès l’école élémentaire (sans exclure  de pouvoir l’insérer ensuite à la maternelle). Le premier pas sera de développer « les capacités nécessaires pour l’enseignement de l’éducation financière ». A cet objet,  le ministère de l’éducation pourvoira à la « formation systématique des enseignants », à travers  des cours donnés par les experts du comité. Le tout aux frais des sujets publics et privés qui les réalisent. Les écoles pourront, cependant, chercher des financements extérieurs auprès de banques et autres institutions financières, intéressées par la diffusion de ce type d’ « éducation ».

Selon le projet, les « éducateurs » iront  dans les classes, pour expliquer aux enfants de 6 à 11 ans ce que sont et comment fonctionnent les valeurs boursières, et ce que sont les actions et les obligations. Le tout, évidemment,  en termes extrêmement simplifiés, d’où devront cependant émerger la bonté et l’utilité du système financier. Juste au moment où celui-ci a ruiné d’autres millions de petits épargnants, où il a phagocyté dans les caisses publiques d’autres milliards de dollars et euros destinés au « sauvetage » des colosses financiers qui ont créé la bulle spéculative, et où il a lancé une crise économique globale qui retombe de plus en plus lourdement sur les familles. La sénatrice Leddi est pourtant confiante : avec son « modèle d’éducation financière » on pourra former, à partir de l’école, une nouvelle classe de soutiens du système.  Et peut-être les babys experts de finance, au lieu de dépenser leur argent de poche hebdomadaire en futilités (comme une tablette de chocolat), pourront-ils l’accumuler pour l’investir en futures sur le cacao d’Afrique occidentale, en sachant qu’avec le travail des enfants esclaves on peut réaliser un taux  de profit élevé et que le revenu peut être mis en sécurité dans le paradis fiscal des Caïmans.

Reçu de l’auteur et traduit par Marie-Ange Patrizio

Edition du 24 juin 2009 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/



Articles Par : Manlio Dinucci

A propos :

Manlio Dinucci est géographe et journaliste. Il a une chronique hebdomadaire “L’art de la guerre” au quotidien italien il manifesto. Parmi ses derniers livres: Geocommunity (en trois tomes) Ed. Zanichelli 2013; Geolaboratorio, Ed. Zanichelli 2014;Se dici guerra…, Ed. Kappa Vu 2014.

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