L’Otan recrute des ONG

Discours du secrétaire général de l'Otan Anders Fogh Rasmussen au séminaire sur le Concept Stratégique à Helsinski

Région :

Cette tentative n’est pas nouvelle bien sûr, cf par ex le document « Comment améliorer les relations entre l’OTAN et les ONG dans les opérations de réponse aux crises? », mars 2007
http://www.coordina tionsud.org/ IMG/pdf/rapportO TAN-ONG.pdf

Je suis ravi d’être ici aujourd’hui. Le thème de ce séminaire, « l’approche globale à la gestion des crises » est central dans le nouveau concept stratégique de l’Otan. Je suis reconnaissant envers nos coorganisateurs, la Suède et la Finlande, pour amener ici tant d’acteurs clé. […]

L’expérience de l’Otan sur ces dernières années, notamment en Afghanistan, souligne qu’une gestion réussie des crises requiert un nouveau pacte entre tous les différents acteurs civils et militaires.
 
Nous avons besoin que les Nations Unies mènent le processus global, que l’Union Européenne, le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale soient largement et intensément eng
agés. Nous avons également besoin que les ONG répandent leur réseau de projets, des soins de santés à la promotion de nouvelles approches agricoles.
 
La logique de l’approche globale est obligatoire, mais son implémentation reste difficile. Chaque acteur opère avec ses propres méthodes. L’impact combiné de nos efforts reste bien moindre que ce qu’il pourrait être.
 
A mon avis, trois étapes sont requises:
 
1. Nous devons insuffler une nouvelle compréhension de la nécessité d’une meilleure coopération entre civils et militaires.
 
Nous avons besoin d’ouvrir notre façon de planifier et d’exécuter nos opérations afin d’y inclure l’expertise civile indispensable – de la primauté de la loi aux moyens de subsistance alternatifs; de la santé publique à l’éducation et aux aspects culturels. Et nous devrions également inclure la dimension du genre, et promouvoir l’engagement de la femme dans la prévention et la résolution des conflits.
 
Pris ensemble, tout ceci serait une véritable révolution dans la manière dont nous concevons et organisons nos opérations et notre coopération. Nous avons besoin de nous voir les uns les autres comme des partenaires indispensables, et pas comme des rivaux.
 
Pour commencer, nous devrions tirer les leçons de notre expérience en Afghanistan. Ce conflit est une expérience, et le prototype de ce dont nous avons besoin d’améliorer ensemble pour faire face à d’autres crises et opérations de stabilisation à l’avenir. Il ressort clairement de notre récente opération dans Marjah que nous parvenons à des résultats meilleurs, plus durables, lorsque les composantes militaires et civiles travaillent ensemble dès le départ, et selon un plan unique. L’OTAN devra ensuite définir de quelle expertise civile elle a besoin pour être capable de se connecter de manière plus efficace avec les organismes civils, à la fois au sein de nos gouvernements nationaux et les autres organisations internationales.
 
2. Nous avons besoin d’une coopération plus étroite entre toutes les principales institutions et les ONG – à tous les niveaux
 
Nous sommes en train de faire des progrès significatifs. Nous avons signé une Déclaration Commune entre les Nations Unies et l’Otan [Rasmunssen fait sans doute référence à la déclaration signée ‘en catimini’ entre les secrétaires de l’ONU, Ban Kii Moon, et de l’Otan : cf http://www.csotan. org/textes/ texte.php? art_id=423&type=articles . Le glissement de sens est tout sauf anodin]. L’Otan et l’Union Européenne sont aussi en train de travailler plus étroitement ensemble, pas uniquement dans les Balkans ou en Afghanistan, mais également au larges des côtes de la Somalie. Nous sommes en train d’utiliser notre expérience pour aider des nouvelles internationales plus récentes, telles que l’Union Africaine, à être plus efficace.
 
Mais nous devons faire un meilleur job en communication, pour montrer les bénéfices que les acteurs civils gagnent à travailler plus étroitement avec l’Otan. Je veux aussi améliorer la fréquence et la qualité du dialogue entre l’Otan et les ONG. Je ne veux pas que ce soit un débat abstrait, conceptuel, mais bien un débat pragmatique, tirant de notre expérience commune en Afghanistan et dans d’autres régions de crise. J’ai l’intention dans un futur proche d’inviter beaucoup des ONG représentées ici aujourd’hui, à un dialogue franc et ouvert, dans lequel je serai engagé personnellement.
 
3. Nous devons accroître la connectivité de l’OTAN avec le reste du monde.
 
Regardez l’Afghanistan. Une paix et une stabilité à long terme exigent l’engagement constructif des pays de la région, comme le Pakistan, l’Inde, la Chine et la Russie.
 
Nous devons investir dans des relations à long terme avec ces grands acteurs et d’autres qui détermineront la sécurité internationale au XXIe siècle. C’est pourquoi je suggère que l’OTAN devrait être utilisée comme un forum pour discuter des questions de sécurité globale.
 

Mesdames et Messieurs
 
Dans le monde d’aujourd’hui, nous devons réaliser que le militaire n’est plus la réponse complète – maintenant c’est seulement une partie de la réponse. « Hard power », la puissance dure, est de peu d’utilité si elle ne peut être combinée avec le « Soft power », la puissance douce. Nous devons comprendre que la seule façon d’aller de l’avant est de se coordonner et de coopérer avec les autres.
 
Merci

Texte original : http://www.nato.int/cps/en/SID-99DF801D-EC014131/natolive/opinions_61891.htm

Traduction : Alerte OTAN

Afghanistan: la déclaration de l’OTAN met en danger les patients.
12 mars 2010
http://www.msf. fr/2010/03/ 12/1678/afghanis tan-la-declarati on-de-lotan- met-en-danger- les-patients/

MSF s’oppose à une déclaration du secrétaire général de l’OTAN, selon laquelle les ONG devraient être la composante « puissance douce » (soft power) d’une stratégie militaire.
 
En 2009, alors que le conflit s’intensifiait, MSF est retournée en Afghanistan. L’objectif était de fournir un accès immédiat aux soins de santé pour les populations prises au piège dans des zones de guerre. Pour atteindre cet objectif, MSF a négocié avec toutes les parties – que ce soient les forces de sécurité afghanes et internationales, comme les groupes d’opposition – afin qu’elles déposent leurs armes à l’extérieur des centres hospitaliers de Kaboul et de Lashkargah, où MSF travaille. Une condition essentielle pour que les personnes nécessitant des soins médicaux se sentent suffisamment en sécurité et puissent s’y rendre. L’absence de présence armée évite que l’un ou l’autre des camps ne prenne les structures de santé pour cible.
 
La suggestion de M. Rasmussen selon laquelle des organisations civiles telles que MSF devraient collaborer, ou faire partie d’une « puissance douce », aux côtés des forces de l’OTAN fait courir un risque majeur aux hôpitaux, aux patients et au personnel qui pourraient plus facilement être ciblés par les forces d’opposition.
 
M. Rasmussen suggère que l’Afghanistan soit le « prototype » d’une collaboration entre l’OTAN et les ONG. MSF demande à M. Rasmussen, ainsi qu’aux autres parties prenantes au conflit, de respecter la distinction qui s’impose entre objectifs politiques et militaires et aide humanitaire médicale indépendante.

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Articles Par : Anders Fogh Rasmussen

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