L’ouvrage « Le Lobby israélien » pourrait avoir un effet dévastateur au Royaume-Uni

[« Les deux universitaires sont formels : ils n’ont aucune hostilité envers Israël, et tant Israël que les Etats-Unis iraient bien mieux sans le contrôle de leurs relations extérieures par le lobby. Leur souci du bien-être d’Israël sera certainement apprécié par les citoyens de ce pays ; mais comment devons-nous le prendre, nous, les British ? »

 

Désolé, Dave, mais ce « nous, les British », là, ça le fait pas : tu parles exactement comme un  directeur d’une version britannique de l’Anti-Defamation League !

 

« Le problème, de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est le fait que la politique britannique est dépourvue de quoi que ce soit qui se rapprocherait du système américain des lobbies politiques ouvertement déclarés ; une opération similaire, dans le style de l’Aipac, à Westminster, n’aurait tout simplement aucune influence sur la politique [extérieure britannique] ; cela, par-dessus le marché, subvertirait des mécanismes démocratiques fondamentaux. »

 

Alors là, oui : voilà une affirmation intéressante. En effet : que fait donc l’Aipac, depuis cinquante ans, sinon « subvertir des mécanismes démocratiques fondamentaux » ?! Jeff Blankfort.]

La campagne menée par John Mearsheimer et Stephen Walt afin de dénoncer le pouvoir du lobby sioniste à Washington à travers la promotion de leur ouvrage Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis [ The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy ] (clique !) vient de boucler sa tournée en Angleterre, avec des conséquences encore plus sinistres qu’ils n’en ont sans doute conscience.

Les deux universitaires sont formels : ils n’ont aucune hostilité envers Israël, et tant Israël que les Etats-Unis iraient bien mieux sans le contrôle de leurs relations extérieures par le lobby. Leur souci du bien-être d’Israël sera certainement apprécié par les citoyens de ce pays ; mais comment devons-nous le prendre, nous, les British ? 

Cette question n’a rien de subsidiaire. « Le Lobby israélien » [ The Israel Lobby ] (clique !) fut initialement publié dans la London Review of Books, et la Grande-Bretagne connut alors une puissante campagne antisioniste, qui réussit à convaincre plusieurs syndicats britanniques d’apporter leur soutien à un boycott des produits israéliens. Mearsheimer et Walt ont certes écrit un bouquin sur l’Amérique, mais ce bouquin laisse ses empreintes sur la Grande-Bretagne…

Les deux auteurs ont catégoriquement rejeté l’accusation fréquemment formulée à leur encontre par leurs contempteurs, à savoir qu’ils ne feraient que banaliser l’idée centrale de l’antisémitisme moderne : en substance, les juifs, sous une forme ou sous une autre, conspirent afin de contrôler des gouvernements, de provoquer des conflits, etc. etc. Ils insistent sur le fait que le lobby sioniste, en Amérique, « ne fait que ce que font d’autres groupements défendant des intérêts particuliers, sauf qu’il le fait incommensurablement mieux. »

Le problème, de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est le fait que la politique britannique est dépourvue de quoi que ce soit qui se rapprocherait du système américain des lobbies politiques ouvertement déclarés ; une opération similaire, dans le style de l’Aipac, à Westminster, n’aurait tout simplement aucune influence sur la politique [extérieure britannique] ; cela, par-dessus le marché, subvertirait des mécanismes démocratiques fondamentaux

Cela n’a nullement dissuadé les gens de formuler des allégations similaires au sujet de l’influence pro-israélienne en Grande-Bretagne. Ainsi, en 2003, du député travailliste Tal Dalyelle, qui a prétendu [claimed ] (clique !) que l’ancien Premier ministre et chef du parti travailliste Tony Blair était indûment influencé par une « cabale de conseillers juifs ».

Plus récemment, la pairesse du parti Libéral, Baronne Tonge a affirmé [ claimed ] (clique !) que « le lobby pro-israélien a mis ses griffes sur le monde occidental… ses griffes financières, je veux dire. » Ceux qui présupposent que le sionisme a une envergure planétaire et un pouvoir illimité ne peuvent que supposer tout naturellement que ce dont ils « savent » désormais [de science sure] – grâce à MM. Mearsheimer & Walt – que cela se passe à Washington a nécessairement ses équivalents à Londres, à Paris et ailleurs.

Ainsi, la puissance des organisations juives est exagérée, et des conspirations, imaginées, afin de combler le fossé entre la réalité d’une communauté s’efforçant de faire le maxi pour Israël, et le phantasme d’hommes politiques et de Premiers ministres posant genou à terre devant le pouvoir du Lobby tout-puissant.

Et en quoi consiste-t-il, ce fameux pouvoir ? La pièce à conviction la plus probante et la plus récente a trait à un débat qui fut tenu à l’Oxford Union (clique !) sur cette question. « Nous, dans cette Maison, nous pensons que la solution à un seul Etat est la seuls solution possible au conflit israélo-palestinien ! »

Pour défendre cette motion, trois avocats bien connus de la cause palestinienne. Et pour la contrer, entre autres, Norman Finkelstein (clique !), auteur de L’Industrie de l’Holocauste et d’Au-delà du Culot [Beyond Chutzpah], pas vraiment connu pour être un fan d’Israël. Plusieurs personnes ayant mis au jus Luke Tryl, le Président de l’Oxford Union, sur le fait que Finkelstein ne passait généralement pas pour un tifoso d’Israël, Tryl le désinvita, mettant le feu à la poudre des inévitables récriminations selon lesquelles il s’agissait-là d’une preuve que le lobby était en train d’empêcher un détracteur d’Israël de s’exprimer.

Comment les fans de Finkelstein ont-ils pu savoir que c’était le lobby israélien qui était derrière le revirement de Tryl ? C’est parce que Tryl, dans un mél [email] (clique !) adressé à Finkelstein, avait révélé que « beaucoup de personnes exprimaient leur préoccupation au sujet du fait que le débat, tel qu’il était prévu initialement, était déséquilibré, et que les gens avaient le sentiment que quelqu’un qui avait déjà exprimé des sentiments antisionistes n’était peut-être pas la personne qui convenait, pour mener un tel débat. J’ai essayé de les convaincre du contraire, mais j’ai été accusé de soutenir un débat déséquilibré, et divers groupes m’ont mis la pression. J’ai reçu de nombreux méls attaquant ce débat et Alan Dershowitz a brandi la menace de rédiger un édito attaquant notre syndicat (l’Union). De plus, apparemment, il s’en est pris à moi, personnellement, au cours d’une conférence télévisée qu’il a prononcée à l’université de Yale ».

Eût Finkelstein été prévu, originellement, pour s’exprimer en faveur de la motion, personne n’aurait soulevé d’objection, et le débat se serait poursuivi normalement, comme prévu ; comme cela s’était de fait produit à l’Union, au mois de mai, lorsqu’il avait déclaré – voyez l’ironie – que « Notre Maison pense que le lobby pro-israélien a réussi à étouffer tout débat sur les agissements d’Israël en Occident. » Il a d’ores et déjà été invité à revenir l’an prochain. Trois invitations de la part de l’Oxford Union en deux ans : voilà ce qu’on appelle « être étouffé » ! Finkelstein s’est fait un nom en écrivant à propos des finances destinées au dédommagement des victimes de L’Holocauste. (Il devrait essayer de traîner un bouquin au sujet du financement du terrorisme par les Saoudiens devant un tribunal où il serait accusé de diffamation : là, pour le coup, il saurait ce que cela signifie réellement, que d’être réduit au silence…)

En Grande-Bretagne, tout au mois, Israël bénéficie de davantage de couverture médiatique qu’aucune actualité d’Outre-Atlantique. La mise en accusation d’Israël est fréquemment diffusée par les médias consensuels et débattues lors de conférences organisées par les plus grands syndicats britanniques. L’idée que les détracteurs d’Israël seraient en quoi que ce soit bâillonnés est absurde. Pourtant, les antisionistes britanniques se voient en détenteurs d’une vérité cachée, combattant contre une conspiration puissante et terrifiante pour les faire taire, et voici qu’aujourd’hui, ils reçoivent la confirmation, de la part des plus hautes sphères du monde académique américain.

A supposer qu’une conspiration juive existe réellement, elle doit être remarquablement inepte !…

Article original en anglais, « Israel Lobby’ book may have sinister impact in U.K« , Haaretz, 13 novembre 2007.

Traduction: Marcel Charbonnier

Dave Rich est vice-directeurs des communications à Community Security Trust, une organisation britannique de défense de la communauté juive de Grande-Bretagne.



Articles Par : Dave Rich

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]