La CIA contre le mouvement indépendantiste porto-ricain

Les services spéciaux nord-américains, déterminés à détruire les aspirations indépendantistes légitimes du peuple portoricain, n’ont jamais hésité à utiliser leur « staff » d’assassins de Miami  en choisissant comme première cible Juan Mari Bras et sa famille.

Des documents déclassifiés du FBI — au cours d’audiences publiques du House Selective Committee on Assassinations— démontrent comment les États-Unis ont fait en sorte que les tueurs cubano-américains entraînés pour agresser Cuba, agissent impunément, en étroite association avec la droite portoricaine, pour neutraliser la montée indépendantiste qui se développait depuis le milieu des années 60, en participant à des dizaines d’attentats contre le mouvement indépendantiste portoricain.

Le groupe qui se rassemblait autour de Juan Mari Bras, le Mouvement Pro-indépendance (MPI, 1958-1971) puis le Parti socialiste portoricain  (PSP, à partir de 1971), constituaient un « danger » pour la domination coloniale des États-Unis.

Mari Bras est décédé le 10 septembre dernier à 83 ans et a été inhumé, par coïncidence, le 12, jour de naissance de Pedro Albizu Campos, figure centrale de la lutte pour l’indépendance de Porto Rico durant la première moitié du XXe siècle, dont il a été le grand continuateur.

En première ligne, le pédiatre assassin

Les faits démontrent que les activités terroristes réalisées par des cubano-américains à Porto Rico s’intègrent au concept des « opérations autonomes » qui tentent de nier la participation des Etats-Unis à de telles activités.

Le 7 janvier 1969, l’agence nord-américaine United Press rapportait avoir reçu un communiqué signé par le groupe terroriste « Poder  Cubano », que dirigeait alors le pédiatre assassin Orlando Bosch, complice de Luis Posada Carriles lors de la destruction d’un avion civil cubain en 1976.

Le document annonçait le début d’une campagne contre le MPI et le PSP qualifiant leurs militants de « marionnettes de Castro qui veulent corrompre la société portoricaine ».

Cette nuit-là, un engin explosif a été placé sous la voiture de Juan Mari Bras, face à sa demeure, causant la destruction totale du véhicule.

Le 24 juillet 1973, une bombe explosait dans les bureaux du comité central du PSP alors que l’on commémorait l’assaut à la caserne Moncada de Cuba.

À Mayagüez, deux morts et des blessés

Un document déclassifié du 20 mai 1975, signale une réorganisation du dénommé Front national de libération de Cuba (FLNC), fondé par Frank Castro, et mentionne qu’au cours d’une réunion on a décidé que l’on ne mènerait pas d’actions violentes en territoire nord-américain dans un avenir proche mais que Porto Rico était déclaré « territoire libre pour exécuter des actions de terrorisme tant que le PSP continuera à y régner ».

Selon ce qu’il a confessé publiquement, Félix « El Gato » Rodríguez Mendigutía a agi de 1972 à 1976 comme agent de la CIA dans les Caraïbes, soit durant la période la plus active du terrorisme d’extrême droite à Porto Rico.

Le 11 janvier 1975 sur la place de la municipalité de Mayagüez, tandis que le PSP commémorait l’anniversaire de naissance du héros Eugenio Maria de Hostos, avec Juan Mari Bras comme orateur principal, une autre bombe explosait provoquant deux morts et 12 blessés..

Des documents nord-américains récemment exhumés des archives du FBI  lient le cubano-américain René Fernández del Valle à ce crime comme étant un des trois suspects dans cet acte terroriste.

Qui a tué Chagui?

Un autre document daté du 5 novembre 1975 précise que Secundino Carrera Sánchez, membre du FLNC, a communiqué à un complice, Rafael Pérez Doreste, que son groupe a réalisé l’attaque à la grenade contre le navire soviétique Maxime Gorki le 24 décembre 1974 à San Juan, et que Frank Castro a autorisé Reynol Rodriguez à « travailler à un plan pour tuer Juan Mari Bras, secrétaire général du Parti socialiste portoricain ».

Un autre document déclassifié indique qu’en janvier 1976 au moins un fusil à mire télescopique avait été transporté de Miami à Porto Rico pour pouvoir effectuer l’opération.

Le 25 mars 1976, on infligeait un terrible coup à Juan Mari Bras. Son fils de 23 ans, Santiago (Chagui) Mari Pesquera, a été retrouvé assassiné d’une balle à l’intérieur d”une voiture à Río Piedras

La famille et le mouvement indépendantiste ont toujours exprimé leur insatisfaction au sujet de l’enquête effectuée par la police fédérale nord-américaine, les résultats des expertises et le procès au cours duquel a été condamné un certain Henry Walter Coira.

Une nouvelle enquête a confirmé que le suspect n’avait pas agi seul et que d’autres personnes ont participé à l’assassinat. Sans arriver à identifier celles-ci.

Le 3 décembre 2009, Judy Orihuela, la même porte-parole du FBI de Miami qui quelques années auparavant a dit que le terrorisme cubano-américain « n’est pas une priorité » pour cette agence, a refusé catégoriquement de répondre à des question au sujet des dénonciations publiées le jour antérieur à Porto Rico.

« Celui qui demeure silencieux au sujet d’un acte criminel est aussi coupable que celui qui commet le crime », avait commenté à un quotidien portoricain le représentant du Parti démocratique populaire, Charlie Hernández.

Ce dernier a présenté au Sénat portoricain la Résolution numéro 82 qui ordonne au Département de la Justice la réouverture de l’enquête sur l’assassinat de « Chagui » et la remise de tous les documents reliés au crime  ainsi que des excuses à la famille de la victime et au peuple de Porto Rico pour avoir participé à cette conspiration.

Parallèlement à la campagne de terreur des cubano-américains, le FBI a soumis Juan Mari Bras à l’opération COINTELPRO, de sinistre mémoire, et aux campagnes de désinformation destinées à détruire son prestige, immense parmi les portoricains.

Ils tentent d’assassiner son autre fils

Le terroriste Fernández del Valle — impliqué dans le crime de Mayagüez et d’autres attentats — appartenait au FLNC qui s’est associé à la Coordination des organisations révolutionnaires unies (CORU), une opération orientée par la CIA qui a entraîné des dizaines d’attentats tant en territoire des Etats Unis comme  en d’autres pays.

Ce personnage qui  provient des rangs du groupe Abdala, a une longue feuille de route d’activités terroristes. En 1974, avec Frank Castro et Reynol Rodríguez, il a conspiré pour détruire un appareil de Cubana de Aviacion à Trinidad et Tobago.

En août 1976, il s’est installé au Costa Rica avec son épouse Gloria Cordero comme membre d’un commando du FLNC qui a placé deux bombes dans un des bureaux d’Iberia et une autre dans ceux d’une entreprise maritime. Frank Castro lui-même l’a confessé à un officiel costaricain.

René Fernández del Valle faisait partie du groupe de Alex de La Cerda, lieutenant de la Marine nord-américaine et porte-parole pour la presse de la base Roosevelt Road de Ceiba, Porto Rico, et de Roberto López González, de la base US de l’île portoricaine de Vieques.

Ces trois individus ont placé une bombe au Collège des avocats le 14 janvier 1980 et ont tenté de faire sauter un avion de Vieques Airlink pour assassiner le second fils de Juan Mari Bras, Raúl Mari Pesquera.

Le 27 janvier 1994, Fernández Del Valle  a été inculpé avec un groupe de complices pour trafic de narcotiques et a été condamné à 30 mois de prison plus cinq de probation. Grâce à son statut, il est retourné à la rue le premier jour de 1995.

Il demeure vivant et demeure tranquillement à Porto Rico. Malgré tout son passé terroriste, il jouit de la confiance de la Garde côtière nord-américaine et du Département de la Sécurité nationale  puisqu’il possède une affaire de transport d’huile recyclées sur des bateaux dont il est propriétaire.

Frank Castro vit en République dominicaine d’où il demeure en contact constant avec la mafia terroriste de Miami, ville où habite son ami Reynol Rodríguez González. Ce dernier a été résident de Porto Rico jusque peu avant l’assassinat du jeune Cubain Carlos Muñiz Varela. Il a appartenu à la direction de l’hebdomadaire extrémiste La Crónica et est en ce moment chef militaire  de Alpha 66 à Miami.

D’autres tueurs liés à la CIA ont habité durant des années à Porto Rico. Parmi eux, on signale José Dionisio Suárez Esquivel, un des auteurs directs de l’assassinat de l’ex ministre chilien Orlando Letelier en septembre 1976. Carlos Alberto Montaner, fugitif de la justice cubaine pour terrorisme, a aussi vécu dans cette île.



Articles Par : Jean-Guy Allard

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