La civilisation moderne à l’épreuve

« Je ne sais pas avec quelles armes la troisième guerre mondiale se déroulera, mais la quatrième guerre mondiale sera menée avec des bâtons et des pierres » (Albert Einstein)[2]

Alerte rouge dans un monde ambivalent

En prévision de son édition de 2018, la très réputée Conférence de Munich sur la sécurité publia un rapport devant servir de compilation utile pour un rassemblement impressionnant de plus de 300 décideurs et professionnels de la sécurité venant des quatre coins du monde.

Citant le message suivant délivré par le nouvellement élu Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, l’épigraphe du tout premier article du rapport annonçait clairement la couleur: «Lorsque j’ai pris mes fonctions il y a un an, j’ai lancé un appel pour que 2017 soit une année de paix. Malheureusement, fondamentalement, le monde a pris la direction inverse. En ce jour de Nouvel An 2018, je n’émettrai pas un nouvel appel. Je lance une alerte, une alerte rouge pour notre monde. Les conflits se sont aggravés et de nouveaux dangers ont émergé. Les inquiétudes mondiales au sujet des armes nucléaires n’ont jamais été plus fortes depuis la Guerre froide. Les changements climatiques évoluent plus vite que nous. Les inégalités s’accroissent. Nous voyons des violations horribles des droits de l’homme. Le nationalisme et la xénophobie s’exacerbent».[3]

Pourrait-on décrire de manière plus exacte et plus concise l’état du monde en ce début du XXIe siècle?

Des développements historiques dans presque tous les domaines de l’activité humaine ont suscité une inquiétude croissante quant à la durabilité d’un ordre international conçu, façonné et érigé en grande partie par les États-Unis d’Amérique, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, grâce à leur puissance économique et militaire. Mais cet ordre dit «libéral» dirigé par les États-Unis a connu une érosion constante et est aujourd’hui brutalement remis en question, à dire le moins. Et de façon assez surprenante, les fondements mêmes de cet ordre n’ont eu de cesse de faire l’objet d’assauts incessants de la part de ceux-là mêmes qui l’ont bâti –menés aujourd’hui par l’administration Donald Trump, en réaction à ce qu’elle considère comme les excès d’une mondialisation débridée. Comme l’affirme John Ikenberry, «l’État le plus puissant du monde a commencé à saboter l’ordre qu’il a créé. Un pouvoir révisionniste hostile est en effet apparu sur la scène, mais il a pris place dans le Bureau ovale, le cœur battant du Monde libre».[4]

La conjonction de réalités telles que les guerres illégales menées par des gendarmes mondiaux autoproclamés contre des Etats faibles et «désobéissants» mais souverains, et une inégalité économique sans précédent résultant des contradictions de la mondialisation capitaliste et du comportement expansionniste et sans entraves d’entreprises investissant tous les domaines de la vie publique et privée, a généré un autoritarisme et un darwinisme social grandissants à l’échelle du globe.

Ainsi, à l’instar d’autres grands critiques de ce capitalisme mondial du XXIe siècle –comme Paul Krugman et Thomas Piketty[5]– le lauréat du prix Nobel, Joseph Stiglitz, a décrit cette réalité omniprésente dans un livre important.[6]  Au cours de la dernière décennie, écrit-il : «quatre des principaux problèmes auxquels notre société est confrontée ont été la grande fracture –l’énorme inégalité qui apparaît aux Etats-Unis et dans beaucoup d’autres pays avancés–la mauvaise gestion économique, la mondialisation et le rôle de l’Etat et du marché».

Cette situation est selon lui liée au rôle des intérêts particuliers dans notre politique, une politique qui représente de plus en plus les intérêts de la frange des 1%.

C’est la raison pour laquelle en 2014, Oxfam a présenté un document d’information[7]qui a fait date appelant l’élite mondiale réunie à Davos à prendre les engagements nécessaires pour endiguer la vague croissante d’inégalités. Le document indique que près de la moitié de la richesse mondiale appartient maintenant à seulement un pour cent de la population. Cette concentration massive de ressources économiques entre les mains d’un nombre réduit de personnes, avertit Oxfam, constitue une réelle menace pour les systèmes politiques et économiques inclusifs et aggrave d’autres inégalités. Ce d’autant que, laissées sans contrôle, les institutions politiques sont minées et les gouvernements servent massivement les intérêts des élites économiques, au détriment des gens ordinaires.

Ces projections se sont depuis lors avérées justes, comme en a attesté un autre rapport d’Oxfam[8]qui montre que huit hommes seulement disposent d’une richesse équivalente à celle de la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Le document considère qu’il est «plus que grotesque» qu’une poignée d’hommes riches, emmenés par le fondateur de Microsoft Bill Gates, détiennent une fortune de 426 milliards de dollars correspondant aux avoirs de 3,6 milliards de personnes.

De même, un rapport[9]de l’Institute for Policy Studies a  révélé que les trois citoyens les plus riches des États-Unis (Jeff Bezos, Bill Gates et Warren Buffett) sont plus riches que la moitié la plus pauvre de la population de ce pays, soit 160 millions de personnes! Leur richesse combinée correspond au chiffre effarant de 248,5 milliards de dollars. Commentant les conclusions de ce document, Chuck Collins, économiste et co-auteur du rapport, a déclaré que la «classe des milliardaires» continue de se séparer du reste de la population à un rythme accéléré, et que «tant d’argent concentré dans si peu de mains quand tant de gens luttent n’est pas seulement un signe de mauvaise politique économique, c’est une crise morale».

Pankaj Mishraa fort bien capturé et éloquemment résumé l’image d’ensemble et la chorégraphie de cette danse macabre dans laquelle le monde s’est retrouvé. Il a fait remarquer que «les futurs historiens pourraient bien voir en un tel désordre le début de la Troisième –la plus longue et la plus étrange– des Guerres mondiales, une guerre qui, par son ubiquité, s’apparente à une guerre civile mondiale.[10]

Mais comment est-ce possible que le monde en soit arrivé à la sinistre situation qui est la sienne aujourd’hui?

 De Prométhée à Homo Deus

Recensant un nombre impressionnant de recherches dans son livre de 2014 The Progress Paradox[11], Gregg Easterbrook affirme que presque tous les aspects de la vie occidentale se sont considérablement améliorés au cours du siècle dernier, et que les cinquante dernières années ont tellement amélioré presque tout pour presque tout le monde que c’est de la pure perversité de se sentir mal à propos de tout ou presque. Tout récemment[12], il a réitéré cette affirmation tout en dénonçant tous ceux qui sont engagés dans une «politique de nostalgie compétitive» qui exige le retour à un passé idéalisé qui ne peut jamais être atteint parce que, dit-il, il n’a tout simplement jamais existé. Au lieu de cela, Easterbrook est convaincu que par quelque critère d’évaluation significatif que ce soit, le monde moderne est meilleur qu’il ne l’a jamais été et qu’un avenir meilleur encore peut être réalisé.

Dans la même veine, évaluant la condition humaine au troisième millénaire, le chercheur en sciences cognitives Steven Pinker, s’appuyant également sur les résultats d’une vaste recherche et soixante-quinze graphiques, souligne que «la vie, la santé, la prospérité, la sécurité, la paix, la connaissance et le bonheur»[13]sont en augmentation, pas seulement en Occident, mais dans le monde entier. Il tire de ce fait la conclusion apparemment logique qu’il n’y a jamais eu de meilleur moment pour être un être humain.

Et pourtant, aujourd’hui, la plupart des hommes et des femmes se sentent moins heureux que les générations précédentes; un fait qui a poussé David Callahan à poser la grande question de savoir pourquoi tant de gens se promènent-ils en exhibant un air renfrogné plutôt qu’en souriant, heureux qu’ils devraient être de la chance qu’ils ont d’être nés dans la génération actuelle?[14]

Comment expliquer dès lors ce mécontentement mondial nonobstant une amélioration indéniable de la condition humaine générale?

Est-ce attribuable, comme le pense Pinker, au fait que ce progrès «qui n’est pas le résultat d’une force cosmique, mais un don des Lumières, la conviction que la raison et la science peuvent parfaire l’épanouissement humain» va à contre-courant de la nature humaine               –tribalisme, autoritarisme, diabolisation, pensée magique– que les «démagogues engagés dans des idéologies politiques, religieuses et romantiques» ne sont que trop prompts à exploiter dans une guerre d’arrière-garde, donnant lieu à un «fatalisme corrosif et à une volonté de destruction des précieuses institutions de la démocratie libérale»?

Ou, au contraire, la crise mondiale actuelle, comme beaucoup d’autres le pensent, n’est-elle pas due au fait que des expériences bâclées en matière de construction de la nation, de démocratie, d’industrialisation et d’urbanisation ont laissé des cicatrices dans une grande partie du monde, et que des concepts comme la modernité, la laïcité, le développement et le progrès ne sont finalement que des chimères anciennes qu’une minorité de gens puissants continue de présenter à la majorité comme des idéaux à poursuivre? Cette opinion est partagée par Pankaj Mishra qui soutient que les impasses politiques et les chocs économiques de nos sociétés, de même que l’environnement irrémédiablement dégradé, corroborent les vues les plus sombres d’une longue liste de penseurs, à commencer par les critiques du XIXe siècle qui condamnaient le capitalisme moderne considéré comme «une machine sans cœur au service de la croissance économique et de l’enrichissement d’une minorité et s’opposant à des aspirations fondamentalement humaines telles que la stabilité, la communauté et un avenir meilleur».[15]

L’on ne peut s’empêcher ici de rappeler la réponse de Noam Chomsky à la question de son interviewer de savoir si la civilisation peut survivre au capitalisme prédateur auquel la plupart des économies avancées sont revenues depuis la fin des années 1970: «la démocratie capitaliste réellement existante –RECD en abrégé, prononcé «wrecked» (démolie)–est radicalement incompatible avec la démocratie. Il me paraît improbable que la civilisation puisse survivre au capitalisme réellement existant et à la démocratie fortement atténuée qui l’accompagne».[16]

Il convient de noter également qu’en 1932 déjà, le roman d’Aldous HuxleyBrave New World  voyait venir une telle dictature scientifique, même si elle semblait à l’époque une perspective aussi effrayante qu’inscrite dans un avenir lointain. Toutefois, moins de trente ans plus tard, dans un fascinant et non moins effrayant ouvrage non romanesque[17], Huxley avait comparé le monde moderne avec le fantasme prophétique envisagé dans son analyse précédente, y compris les menaces pour l’humanité induites par les progrès fulgurants dans le domaine de la science de contrôle de la pensée en particulier. Son nouveau livre se voulait être un rejet de toute complaisance à l’égard des pressions de plus en plus puissantes pour adopter ces outils modernes, ainsi qu’un plaidoyer en faveur de la nécessité pour l’humanité de s’éduquer pour la liberté avant qu’il ne soit trop tard.

De nos jours, il ne fait aucun doute que nous sommes très avancés sur la voie dangereuse contre laquelle le livre d’Aldous Huxley nous a mis en garde. En effet, un livre récent de Franklin Foer[18]a passé en revue ces défis colossaux, avec un accent particulier sur les dangers que les GAFA –les quatre géants de la technologie : Google, Apple, Facebook et Amazon– posent à notre culture et à nos carrières. Il a fait valoir que dans leurs méthodes d’observation des consommateurs et de collecte de données, et dans leur volonté de remplacer la prise de décision humaine par des algorithmes impitoyables, ces entreprises «déchiquettent les principes qui protègent l’individualité». C’est même bien pire encore, ajoute-t-il, car dans sa quête de dominer les marchés et le monde, ce «quatuor redoutable nous a endormis dans un sentiment de dépendance dès lors qu’il influence notre pensée et nos activités».[19]Et puisque ces entreprises sont plus puissantes que les institutions de contrôle traditionnelles –les principaux réseaux de télévision ou les grands journaux– elles sont devenues les nouveaux arbitres des médias, de l’économie, de la politique et des arts.

Une opinion similaire est exprimée par Yuval Noah Harari, un auteur et historien qui a réussi à capter l’imagination de millions de personnes à travers le monde, grâce à ses deux best-sellers mondiaux.[20] Dans Sapiens, Harari explique comment l’humanité en est venue à régner sur la planète, et dans  Homo Deus, il examine l’avenir de l’humanité. Il a souligné que «l’empire mondial qui est en tarin de se forger devant nos yeux n’est pas gouverné par un Etat ou un groupe ethnique particulier. Tout comme l’Empire romain, il est gouverné par une élite multiethnique et est lié par une culture et des intérêts communs. Partout dans le monde, de plus en plus d’entrepreneurs, d’ingénieurs, d’experts, d’universitaires, d’avocats et de managers sont appelés à rejoindre l’empire. Ils doivent se demander s’ils doivent répondre à l’appel impérial ou rester fidèles à leur État et à leur peuple. De plus en plus nombreux sont ceux qui choisissent l’empire».

Quant à sa vision de l’avenir, Harari estime que la poursuite des projets, des rêves et des cauchemars qui façonneront le XXIe siècle –de la victoire contre la mort à la création d’une vie artificielle– peut en fin de compte rendre la plupart des êtres humains superflus. Il prédit que les principaux produits de l’économie du XXIe siècle ne seront pas les textiles, les véhicules et les armes, mais les corps, les cerveaux et les esprits. Ainsi, «alors que la révolution industrielle a créé la classe ouvrière, la prochaine grande révolution créera la classe inutile […] La démocratie et le libre-marché s’effondreront une fois que Google et Facebook auront réussi à nous connaître mieux que nous nous connaissons nous-mêmes et que l’autorité passera des humains aux algorithmes en réseau. Les humains ne combattront pas les machines; ils fusionneront avec elles».

Tout aussi préoccupante est, pour Harari, l’idée que le fascisme et les dictatures pourraient revenir; mais ils le feront sous une nouvelle forme, une forme qui est beaucoup plus en adéquation avec les nouvelles réalités technologiques du 21ème siècle. Dans les temps anciens, observe-t-il, le territoire était l’atout le plus important du monde. La politique était donc la lutte pour son contrôle. Et la dictature signifiait que tout le territoire appartenait à un seul souverain ou à un petit oligarque. Mais à l’époque moderne, du fait que les machines sont devenues plus importantes que le territoire, «la politique est devenue synonyme de lutte pour le contrôle des machines et la dictature signifiant que trop de machines étaient concentrées entre les mains du gouvernement ou d’une petite élite. A présent, les données remplacent à la fois le territoire et les machines en tant qu’atout le plus important ». Harari conclut que «le plus grand danger auquel la démocratie libérale est confrontée est le fait que la révolution des technologies de l’information rendra les dictatures plus efficientes que les démocraties». C’est cela la forme du nouveau monde, ajoute-t-il, et l’écart entre ceux qui montent à bord et ceux qui restent sur le quai est plus grand que l’écart entre les empires industriels et les tribus agraires, plus grand même que le fossé entre Homo Sapiens et Néandertaliens. C’est cela la prochaine étape de l’évolution. C’est cela Homo Deus.

La vague spirituelle mondiale: requiem pour la laïcité consumériste occidentale?

Afin de bien comprendre les tenants et les aboutissants de la réalité mondiale d’aujourd’hui, le profane intelligent ne peut guère faire l’économie d’une approche transversale et interdisciplinaire basée sur les dernières tendances dans le domaine des sciences sociales, des neurosciences sociales en particulier qui postulent que les humains sont fondamentalement une espèce sociale, plutôt que des individualistes.[21]

À cet égard, Malek Bennabi[22]peut être considéré comme un pionnier, très en avance sur ses pairs occidentaux. L’essence de ses idées les plus originales est exprimée dans son livre sur la question des idées dans le monde musulman.[23] Cogitant sur l’univers et la place que l’homme y occupe, Bennabi a fourni une analyse exhaustive selon une perspective historique, théologique, philosophique et sociologique à couper le souffle. Il a fait l’observation fondamentale selon laquelle «lorsqu’il est abandonné à sa solitude, l’homme se sent assailli d’un sentiment de vide cosmique. C’est sa manière de remplir ce vide qui déterminera le type de sa culture et de sa civilisation, c’est-à-dire tous les caractères internes et externes de sa vocation historique. Le penseur algérien estime qu’il y a essentiellement deux manières de le faire: soit regarder à ses pieds, vers la terre, soit lever les yeux vers le ciel. L’un peuplera sa solitude de choses matérielles, avec un regard dominateur voulant posséder. L’autre peuplera sa solitude d’idées, avec un regard interrogateur en quête de la vérité. C’est comme cela que naissent, dit Bennabi, deux types de culture: une culture d’empire aux racines techniques, et une culture de civilisation aux racines éthiques et métaphysiques.

Bennabi explique ensuite que pour chacun de ces deux types de civilisation, le point de défaillance s’explique par l’excès de son noyau, c’est-à-dire: l’excès de matérialisme pour le premier et l’excès de mysticisme pour le second. Il en a été ainsi, par exemple, pour les civilisations islamique et occidentale au cours de leurs trajectoires historiques respectives. La civilisation islamique s’est vue éloignée de son équilibre initial pour être inexorablement jetée entre les mains des théologiens et des mystiques. De même, l’adoption par la civilisation occidentale d’un matérialisme immodéré, tant capitaliste que communiste, a conduit à une destruction systématique du tissu moral de ses sociétés, entraînant progressivement le monde que cette civilisation a fini par dominer totalement dans une situation où l’humanité est de plus en plus submergée par les objets.

Semblant partager cette profonde réflexion de Bennabi, l’auteur indien J.C. Kapur[24] soutient que le consumérisme est en train de vider l’âme de ses adeptes. Cela a pour effet de rendre possibles toutes sortes de transgressions à l’aide d’instruments de basse culture et de  renforcer ainsi l’unicentralisme en confinant les humains dans un statut de consommateurs d’objets matériels. Il est d’avis que dans la recherche de nouvelles directions «notre salut résidera dans la reconnaissance du fait que les images du matérialisme qui sont projetées conduisent à un vide moral, éthique et spirituel faisant obstacle à tous les processus de développement humain et d’évolution. Plus inquiétant pour Kapur est le fait qu’avec l’implosion de l’Union Soviétique en 1991 et la marchandisation de l’économie de l’Etat successeur, la Russie, les économies de marché mondiales sont parvenues maintenant au stade d’un «consumérisme protégé par l’armement», lequel conduit à un paradigme intenable socialement, émotionnellement et psychiquement. Ainsi, toute tentative de structuration d’une nouvelle «civilisation impériale» sur les paramètres d’une société mondiale de l’information ne peut être que de courte durée. Immanquablement, il pose alors la question essentielle de savoir quel point focal assigner à l’activité humaine: sera-t-il axé autour du gain matériel, ou de la quête éternelle de la véritable nature de l’homme, en pleine harmonie avec les lois cosmiques?

En effet, pendant plus de deux siècles, une tradition de pensée tenace, des premiers «positivistes» comme Auguste Comte et Friedrich Nietzsche, aux «athéistes» contemporains comme Richard Dawkins, Christopher Hitchens, Daniel Bennett et Sam Harris, a postulé que la modernisation rendrait toutes les religions obsolètes et fantasmé sur un monde libre, démocratique, laïc et matériellement supérieur où la raison et la science guideraient l’humanité vers un avenir radieux et heureux. L’exemple le plus parlant à cet égard est ce que le politicien français Jean Jaurès a déclaré dans un discours en 1903: «Si l’idée même de Dieu prenait une forme palpable, si Dieu lui-même se dressait visible sur les multitudes, le premier devoir de l’homme serait de refuser l’obéissance et de le traiter comme l’égal avec qui l’on discute, mais non comme le maître que l’on subit».

Partant, les adeptes de cette «nouvelle religion» ont régulièrement décrété la mort de la foi. Certains parmi eux sont allés jusqu’à prononcer la «mort de Dieu», tandis que d’autres n’ont pas hésité à discourir sur rien moins que «les funérailles de Dieu»![25]

Jusqu’aux années soixante du XXe siècle, la tendance vers la sécularisation totale dans le monde «occidental» semblait irréversible. Il en fut sans doute de même dans l’écrasante majorité des pays nouvellement décolonisés du tiers monde. Les classes dirigeantes «occidentalisées» de ces derniers ont tout fait pour persuader leurs concitoyens que la supériorité des pays «avancés» repose sur les idées et les institutions occidentales et espéraient accéder à la modernité en adoptant purement et simplement les deux; l’exemple le plus extrême à ce propos étant celui de la République de Turquie d’Atatürk (le père des Turcs).

Aujourd’hui, il est devenu évident que la croyance en la fin de la religion et en ce sentiment d’attente merveilleuse liée aux vertus supposément intrinsèques du progrès technologique a presque totalement disparu. Et il n’est plus possible, comme l’a souligné Pankaj Mishra, de nier ou d’occulter la réalité du gouffre séparant «une élite qui accapare les fruits les plus recherchés de la modernité tout en dédaignant les vérités plus anciennes, et les masses déracinées qui, découvrant qu’elles ont été dupées au sujet de ces mêmes fruits, se réfugient dans le suprémacisme culturel, le populisme et la rancune violente».[26]

A présent que les contradictions et les coûts élevés de la vision du progrès de cette minorité sont devenus visibles à l’échelle du globe, il devient urgent d’adopter une pensée transformatrice et véritablement salvatrice, dans le sillage des idées développées par J.C. Kapur ou encore certaines parmi celles discutées par Deepak Chopra et Leonard Mlodinow dans leur livre.[27]

Il est utile de rappeler à cet égard que dans une interview accordée au magazine Le Point en décembre 1975, le célèbre romancier et ministre français André Malraux avait nié avoir jamais dit que «le 21ème siècle sera religieux (spirituel) ou ne sera pas», une citation qui lui est trop souvent attribuée, à ce jour. Il a certainement dit, par contre, que «je n’exclus pas la possibilité d’un événement spirituel à l’échelle planétaire». Sur ce point, il était véritablement prophétique, puisque quatre ans à peine après cet entretien, survint la révolution islamique iranienne, engendrant un renouveau exceptionnel de la ferveur religieuse, en particulier dans le monde musulman, même si la religion n’y a jamais cessé de jouer un rôle prépondérant. Cette révolution a sans doute représenté la manifestation «locale» la plus frappante et la plus violente du rejet du «vide spirituel global» qui caractérisait jusqu’alors le monde «postmoderne». Vigoureusement promu par le mouvement des Lumières, ce type de monde fut tout aussi violemment fustigé lors de la vague de changements sociaux et politiques tectoniques de Mai 1968 qui a traversé le continent européen de part en part, à commencer précisément par la France d’André Malraux.

Désormais, il est loisible pour tout le monde de constater que le caractère «sacré» de l’État profondément sécularisé, né des entrailles du traité de Westphalie de 1648, est en train de s’effondrer. Et comme toutes les autres formes d’organisation politique, l’État-nation a connu une période d’ascension et un point culminant, et il est actuellement en déclin. Par conséquent, pour beaucoup de gens dans le monde, les religions, loin de perdre de leur vigueur comme prévu ou espéré, constituent le point de repère et de ralliement le plus solide pour aider à combler le vide ambiant et à faire face au désordre et à l’incertitude du monde d’aujourd’hui.[28]

A en croire l’auteur à succès et érudit influent de la religion Rodney Stark, le monde est plus religieux que jamais. Stark est parvenu à cette conclusion après avoir sondé plus d’un million de personnes dans 163 pays et a pu ainsi brosser le tableau complet que les spécialistes du courant dominant et les commentateurs populaires se sont montrés incapables de restituer fidèlement.[29] Assurément, «Dieu est de retour»[30]–si tant est qu’Il ait jamais quitté la scène du monde– et toute personne qui veut comprendre correctement la politique du 21ème siècle ne peut pas se permettre de L’ignorer, qu’elle croie en Lui ou non.

Tant et si bien qu’un nombre croissant de sociologues ont jugé nécessaire de tenter d’essayer de comprendre le comportement religieux plutôt que de le discréditer en le qualifiant d’irrationnel, d’anachronique ou d’obstacle au progrès. C’est précisément ce que Rodney Stark et Roger Finke ont entrepris de réaliser dans leur livre[31], qu’ils ont conclu en affirmant que «le moment est sans doute venu de transporter la dépouille mortelle de la doctrine de la sécularisation au cimetière des théories ratées et d’y murmurer requiescat in pace»(repose en paix !).

 Naissance, déclin et renaissance: plaidoyer en faveur d’une «civilisation universelle»

Bien avant que ces deux académiciens californiens ne prononcent leur requiem, l’historien britannique Arnold Toynbee avait écrit une étude[32]dans laquelle il soulignait le fait historique important que les civilisations meurent par suicide et non par meurtre. Il a expliqué que les civilisations commencent à se désintégrer quand elles perdent leur fibre morale et que leur élite culturelle devient parasitaire, exploitant les masses et créant un prolétariat interne et externe. Toynbee soutient que, devenue réactionnaire, cette «minorité créative» finit par devenir une «élite dominante minoritaire» incapable de répondre de manière créative aux défis existentiels.

Dans le cas de la civilisation occidentale, Toynbee a considéré que la religion en était le talon d’Achille et a averti que son échafaudage reposait sur la technologie, alors que «l’homme ne peut pas vivre uniquement de la technologie». Il a également fait observer que la civilisation occidentale s’est propagée comme un feu de forêt dans le monde, mais elle n’a pas réussi pour autant à l’unifier. Elle n’aura été finalement qu’un feu de paille, une machine sophistiquée dont la pièce essentielle, celle de la religion, a été arrachée. Et, faisant preuve d’une étonnante perspicacité exprimée dans une belle prose, il a fait la prédiction que «le moment venu, lorsque la maison œcuménique aura été construite sur des bases solides et que l’échafaudage technologique temporaire de l’Occident se sera effondré –ce dont je n’ai aucun doute– je pense qu’il deviendra alors manifeste que les fondations sont enfin fermes, parce qu’elles auront reposé sur le socle de la religion… car, en définitive, la religion est l’affaire sérieuse de la race humaine».

Dans les paragraphes qui suivent, nous tenterons d’expliquer pourquoi et comment la domination mondiale de la «civilisation occidentale», longue de 500 ans, tire à sa fin ; un destin illustré d’abord et significativement par l’auto-immolation de l’Occident au cours du bain de sang des deux guerres mondiales qu’il a déclenchées en l’espace de trente ans seulement. Nous le ferons en examinant les écrits de sept auteurs qui ont exercé une profonde influence sur la pensée de l’homme occidental, et sept autres auteurs qui ont prédit et mis en garde contre un crépuscule imminent de cette prédominance occidentale. En effet, ce que nous considérons comme le socle éthique, social, économique et idéologique de la pensée occidentale a été, de loin, forgé essentiellement à partir des idées contenues dans sept ouvrages de référence écrits depuis le début de la Renaissance européenne et l’Âge des Lumières.

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Ainsi, dans son livre de 1513 Le Prince, l’Italien Nicolo Machiavelli décrit les méthodes –y compris au moyen de la tromperie délibérée, de l’hypocrisie et du parjure– qu’un prince aspirant peut utiliser pour accéder au trône, ou pour un prince existant à l’effet de préserver son règne. Le pasteur anglais Thomas Robert Malthus a prétendu, dans son livre de 1798 intitulé Essai sur le principe de populationque la population a tendance à croître plus vite que l’approvisionnement alimentaire. Il a également postulé que la planète serait incapable de supporter plus d’un milliard d’habitants, et a donc plaidé pour une limitation du nombre de personnes pauvres en tant que meilleur dispositif de contrôle. Le livre de 1859 de l’Anglais Charles Darwin L’origine des espècesa développé une théorie de l’évolution par la sélection naturelle à travers la notion de «survie du plus apte», ce qui a eu pour effet la remise en question des idées de l’ère victorienne sur le rôle de l’homme dans l’univers. Quant à son disciple, le philosophe et sociologue anglais Herbert Spencer, il publia en 1864 son  Principles of Biology  où il a transféré la théorie de Darwin du domaine de la nature à celui de la société. Il y défendait l’idée selon laquelle le plus fort ou le plus apte pouvait et devrait dominer les pauvres et les faibles qui, eux, devraient disparaître au bout du compte. Cela signifiait que certaines races (en particulier les protestants européens), individus et nations avaient le droit de dominer les autres en raison de leur «supériorité» dans l’ordre naturel. Le Capitalécrit en 1867 par l’Allemand Karl Marx est le texte théorique fondamental de la philosophie, de l’économie et de la politique matérialistes. La croyance en certains de ses enseignements a conduit au communisme et a causé des millions de morts dans l’espoir (ou l’utopie) de créer une société égalitaire. Dans son livre le plus célèbre Ainsi parlait Zarathoustra(écrit entre 1883 et 1885) le philosophe allemand Friedrich Nietzsche développe des idées comme l’éternel retour, la «mort de Dieu», et la notion de « Übermensch » (surhomme), c’est-à-dire  l’homme supérieur idéal du futur qui pourrait s’élever au-dessus de la morale chrétienne conventionnelle pour créer et imposer ses propres valeurs. Enfin, lesthéories de l’Autrichien Sigmund Freud, bien que sujettes à de nombreuses critiques, ont eu une énorme influence. Son livre le plus connu Malaise dans la civilisation (1930), analyse ce qu’il considère comme les tensions fondamentales entre la civilisation et l’individu. La friction principale, affirme-t-il, provient du fait que la quête immuable de liberté instinctive de l’individu (notamment le désir sexuel) est en contradiction avec ce qui est le mieux pour la société (civilisation) dans son ensemble. C’est pourquoi sont édictées les lois qui prohibent et punissent le meurtre, le viol et l’adultère. Le résultat en est un sentiment permanent de mécontentement parmi les citoyens de cette civilisation.

Sans l’ombre d’un doute, la mentalité, la vision du monde et le comportement de l’homme occidental ont été considérablement influencés par les présupposés des «sept péchés capitaux» incarnés dans cette littérature. Cela conduisit à des calamités pour le monde telles que le matérialisme, l’individualisme, le scientisme, la recherche effrénée du profit, le nationalisme, la suprématie raciale, la volonté excessive de pouvoir, les guerres, la colonisation, l’impérialisme et finalement la décadence et le déclin civilisationnels. Comme suite à ce processus irréversible, et plus particulièrement du fait de l’effondrement moral et des coûts humains et matériels colossaux de la Grande Guerre, des penseurs et des philosophes éminents commencèrent à exprimer leur inquiétude face au déclin à venir de l’Occident. Parmi ceux-ci, l’on singularisera sept auteurs dont les livres soutiennent que s’il est vrai que l’Occident est en déclin, il est encore temps pour lui de l’atténuer ou même de l’inverser et de le préserver pour la postérité.[33] Ces livres sont: Le déclin de l’Occident d’Oswald Spengler (1926); Civilization on Trial d’Arnold Toynbee (1958); L’Ordre et l’Histoire d’ Eric Voegelin (1956-1987); La fin de l’histoire et le dernier homme de Francis Fukuyama (1992); Le choc des civilisations de Samuel Huntington (1998); La civilisation: l’Occident et le reste de Niall Ferguson (2012); et Décadence :Vie et mort du judéo-christianisme de Michel Onfray (2017).[34]

Un autre trait commun, déclaré ou implicite, de ces livres est la croyance que la «civilisation chrétienne occidentale» doit être défendue à la fois contre la décadence interne et les menaces extérieures, principalement l’Islam ou, pire encore, une alliance entre les civilisations islamique et chinoise. Cette peur de l’Islam n’est nullement nouvelle; elle est profondément enracinée dans la psyché occidentale. Aujourd’hui, cependant, elle est exacerbée à un degré tel –et parfois de manière absurde[35]– que le débat sur la résurgence de l’Islam est devenu, le plus souvent, inextricablement lié à celui sur le déclin de la civilisation occidentale.

En 1948, l’historien anglais Arnold Toynbee a observé[36]que la civilisation occidentale a produit un plénum économique et politique et, dans le même souffle, un vide social et spirituel. Il a également déclaré que dans l’avenir proche, l’Islam pourrait exercer une influence précieuse sur le «prolétariat cosmopolite de la société occidentale qui a jeté son filet autour du monde et embrassé l’humanité tout entière». S’agissant de l’avenir plus lointain, il a spéculé sur «la contribution possible de l’Islam à une nouvelle manifestation de la religion», a averti que «si la situation actuelle de l’humanité devait précipiter une ‘guerre raciale’, l’Islam pourrait être amené à jouer à nouveau son rôle historique. Absit omen», et a conseillé que les Occidentaux «qui sont encore mentalement endormis, doivent maintenant se rendre compte que le passé de nos voisins va devenir une partie vitale de notre avenir occidental».

Soixante-dix ans plus tard, dans son livre controversé précité, le philosophe athée français Michel Onfray fait écho aux prédictions de Toynbee. Il souligne que l’histoire témoigne qu’il n’y eut pas de civilisation construite sur l’athéisme et le matérialisme, l’un et l’autre étant «des signes, voire des symptômes de la décomposition d’une civilisation». Je le sais, dit-il, « puisque je suis athée et matérialiste…on ne lie pas les hommes sans le secours du sacré». Dans ce livre, Onfray a prononcé la mort de la tradition judéo-chrétienne, «qui sera bientôt renversée par l’Islam», une religion forte «d’une armée planétaire faite d’innombrables croyants prêts à mourir pour leur religion, pour Dieu et son Prophète».

Pour notre part, nous nous abstiendrons délibérément de nous engager dans toute rhétorique de haine et de malentendu mutuel que sous-tendent des slogans aussi controversés, chargés idéologiquement et dangereux tels que ceux de «choc des civilisations» ou de «guerre de religions» par exemple. Une voie alternative bien meilleure consisterait à rechercher des dénominateurs communs entre tous les peuples et toutes les cultures convergeant vers l’objectif de construction d’une paix et d’une sécurité durables ainsi que d’une prospérité partagée dans le monde globalisé et désorienté d’aujourd’hui.

Dans une prochaine analyse, nous tenterons d’expliquer les raisons et les seules conditions et circonstances dans lesquelles l’Islam sera effectivement en mesure de répondre à l’appel qui lui est lancé de jouer à nouveau son «rôle historique». Il ne peut le faire que comme une force motrice au sein d’une «alliance mondiale des bonnes volontés» aspirant à bâtir une véritable «civilisation universelle». Bonum omen.

Amir Nour

Article publié initialement en anglais :

Fighting for Survival: Whither Modern Civilization?, le 9 juillet 2018

Notes

[1]Chercheur algérien en relations internationales et auteur, notamment, du livre L’Orient et l’Occident à l’heure d’un nouveau Sykes-PicotEditions Alem El Afkar, avril 2014. Téléchargeable gratuitement en format PDF en cliquant sur les liens suivants: http://www.mezghana.net/amir-nour.pdf (version française)

et http://www.mezghana.net/Sykes-Picot.jadeed-REAL.LAST.pdf (version arabe).

[2]Albert Einstein, dans une interview avec Alfred Werner, Liberal Judaism 16 (Avril-Mai 1949), Einstein Archive 30-1104, The New Quotable Einstein par Alice Calaprice (2005), p. 173

[3]Voir: https://news.un.org/en/story/2017/12/640812-un-chief-issues-red-alert-urges-world-come-together-2018-tackle-pressing

[4]G. John Ikenberry, The Plot Against American Foreign Policy: Can the Liberal Order Survive?, Foreign Affairs, Mai/Juin 2017. 

[5]Commentant le livre de Piketty Capital in the Twenty-First Century, Paul Krugman affirme : “Il est en train de nous dire que nous nous acheminons vers une société très inégalitaire, voire oligarchique […] Nous sommes en passe de devenir le type de société auquel nous n’imaginions guère pouvoir ressembler”.

[6]Joseph E. Stiglitz, The Great Divide: Unequal Societies and What We Can Do About Them, 2015.

[7]Oxfam, Working for the Few: Political Capture and Inequality, Document d’information no. 178 du 20 janvier 2014. 

[8]Lire le rapport intitulé An Economy For the 99%, 18 janvier 2016. 

[9]Chuck Collins et Josh Hoxie, Billionaire Bonanza 2017: The Forbes 400 and the Rest of Us

[10]Pankaj Mishra, Age of Anger: A History of the Present, Farrar, Straus and Giroux, 2017.

[11]Gregg Easterbrook, The Progress Paradox: How Life Gets Better While People Feel Worse, 2004.

[12]Gregg Easterbrook, It’s Better than It Looks: Reasons for Optimism in an Age of Fear, PublicAffairs, 2018. 

[13]Steven Pinker, Enlightenment Now: The Case for Reason, Science, Humanism, and Progress, 2018. 

[14]David Callahan, The Cheating Culture: Why More Americans Are Doing Wrong to Get Ahead, 2004. 

[15]Pankaj Mishra, Age of Anger, op. cit. 

[16]Noam Chomsky, Optimism over Despair: On capitalism, Empire and Social Change, Penguin Books, 2017.

[17]Aldous Huxley, Brave New World Revisited, Harper & Row Publishers, 1958.

[18]Franklin Foer, World Without Mind: The Existential Threat of Big Tech, Penguin Press, 2017. 

[19]Lire l’article de Jon Gertner, Are tech giants robbing us of our decision-making and our individuality?, The Washington Post, 6 octobre 2017.

[20]Yuval Noah Harari, Sapiens: A Brief History of Humankind, Harvill Secker, 2014 et Homo Deus: A Brief History of Tomorrow, Harper, 2017.

[21]Lire l’analyse de J.T. Cacioppo et J. Decety, Social Neuroscience: Challenges and Opportunities in the Study of Complex Behavior, dans Annals of the New York Academy of Sciences, Vol. 1224, 2011.

[22]Malek Bennabi (1905-1973) est connu notamment pour avoir inventé les concepts de “colonisabilité” et de “mondialisme”.  

[23]Malek Bennabi, Le problème des idées dans le Monde musulman, 1970.

[24]J.C. Kapur, Our Future: Consumerism or Humanism, Kapur Surya Foundation, New Delhi, 2005. 

[25]Andrew Norman Wilson, God’s Funeral: The Decline of Faith in Western Civilization, W.W. Norton, 1999.

[26]Pankaj Mishra, Age of Anger, op. cit. 

[27]Deepak Chopra et Leonard Mlodinow, War of the Worldviews: Science vs. Spirituality, 2011. 

[28]Manlio Graziano, Holy Wars and Holy Alliance: The Return of Religion to the Global Political Stage, Columbia University Press, 2017. 

[29]Rodney Stark, The Triumph of Faith: Why the World is More Religious than Ever, ISI Books, 2015.

[30]Pour plus d’informations à ce sujet, lire en particulier: D. Hamer, The God Gene: How Faith is Hardwired into Our Genes, 2004; J. Micklethwait et A. Wooldridge, God is Back: How the Global Rise of Faith is Changing the World, 2009; M. Duffy Toft, D. Philpott et T. Samuel Shah, God’s Century: Resurgent Religion and Global Politics, 2011.

[31]Rodney Stark and Roger Finke, Acts of Faith: Explaining the Human Side of Religion, 2000.

[32]Arnold Toynbee, Civilization on Trial, Oxford University Press, New York, 1948. 

[33]Emanuel L. Paparella Is Western Civilization Doomed? A review Essay, Modern Diplomacy, Oct. 20, 2015. 

[34]Publié chez Flammarion en 2017. 

[35]Lire l’article darwinien de Mike Adam The Coming Collapse of Western Civilization: The Shocking Reason Why Liberal Americans Are Weak, But Islamic Soldiers Are Strong, 30 septembre 2016. 

[36]Arnold Toynbee, Civilization on Trial, (traduit en français sous le titre La civilisation à l’épreuve), op. cit. 

Amir Nour: Chercheur algérien en relations internationales et auteur, notamment, du livre L’Orient et l’Occident à l’heure d’un nouveau Sykes-Picot, Editions Alem El Afkar, avril 2014. Téléchargeable gratuitement en format PDF en cliquant sur les liens suivants: http://www.mezghana.net/amir-nour.pdf (version française)

et http://www.mezghana.net/Sykes-Picot.jadeed-REAL.LAST.pdf (version arabe)



Articles Par : Amir Nour

A propos :

Chercheur algérien en relations internationales, auteur notamment du livre «L’Orient et l’Occident à l’heure d’un nouveau ‘Sykes-Picot’», paru en septembre 2014 aux éditions Alem El Afkar, Alger.

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