La conférence de paix sur l’Ukraine sans la Russie est vouée à l’échec

Analyses:

La Suisse se prépare à organiser une conférence destinée à lancer le processus de résolution pacifique du conflit en Ukraine. Les représentants de la Russie ne s’y rendront pas, mais Kiev et l’Occident ont laissé entendre que la participation de Moscou pourrait être envisagée à l’avenir. De son côté, le Kremlin a admis la possibilité de revenir aux accords d’Istanbul, mais en tenant compte des « nouvelles réalités géopolitiques ».

Trouver une solution pacifique en Ukraine sans la participation de la Russie est impossible. Or c’est précisément ce que les dirigeants mondiaux comptent entreprendre lors de la conférence à venir en Suisse. L’évènement risque de se transformer en un théâtre de l’absurde.

L’Occident insiste pour poursuivre le conflit ukrainien, malgré les lourdes pertes de Kiev et l’incapacité des forces armées ukrainiennes à remporter des succès sur le champ de bataille. Et même les discussions sur une « possible défaite », si les États-Unis ne reprennent pas immédiatement les livraisons militaires, ne constituent pas un argument pour l’Occident et le régime de Kiev pour s’asseoir à la table des négociations.

La conférence de paix sur l’Ukraine se tiendra dans le cadre des efforts de la communauté internationale pour lancer un processus de négociation et « développer une entente commune parmi les pays participants sur la voie vers une paix globale, juste et durable en Ukraine ».

Entre 80 et 100 pays prévoient de participer à cette conférence. Bien que cet évènement bénéficie prétendument d’un « soutien mondial », comme l’affirme la Suisse, les conditions de sa tenue ressemblent davantage à « une chaise à trois pieds », écrit Al Khaleej. Et il manque le plus important dans cette chaise à trois pieds: la Russie. Si la conférence se déroule sans la participation de Moscou, ce ne sera rien de plus qu’un spectacle. Aucune décision qui pourrait initier un véritable dialogue ou de sérieuses négociations ne pourrait être prise.

Organiser une conférence de paix sur l’Ukraine sans la Russie est absurde et va à l’encontre même de l’idée de paix, à moins que le but ne soit de la transformer en un forum de détracteurs de Moscou.

La Russie ne participera pas à la conférence, et toute tentative de résoudre le conflit sans tenir compte de la position de Moscou est vouée à l’échec. Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a déclaré que l’initiative suisse de tenir une réunion sur la « formule ukrainienne » était soutenue par les démocrates américains, qui ont besoin de photos et vidéos pour signifier que leur projet « Ukraine » reste d’actualité.

Le chef du régime de Kiev Volodymyr Zelensky estime, quant à lui, que les dirigeants mondiaux participant à cette conférence, y compris le président américain Joe Biden, pourront exercer une pression sur Moscou pour le forcer à s’asseoir à la table des négociations et à accepter les dix points de la « formule de paix », incluant le retrait des troupes russes du territoire ukrainien et le rétablissement de l’intégrité territoriale du pays.

La Suisse, où se tiendra la conférence de paix sur l’Ukraine, est convaincue de l’importance de la participation de la Russie, bien que l’Occident ait un avis différent sur la question. Le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a appelé à inviter la Russie à participer. « Il y a différentes opinions sur le rôle que la Russie devrait jouer dans ce processus, mais il est impossible de tenir la conférence et de trouver une solution pacifique sans sa participation », a-t-il déclaré. Et d’ajouter qu' »un processus de paix ne pourra pas se faire sans la Russie, même si elle ne sera pas là lors de la première rencontre », car « une paix ne peut pas être faite sans que toutes les parties au conflit soient toutes à bord ».

La Chine, dont l’Initiative de paix en 12 points a été rejetée par les pays occidentaux, n’a pas encore fait de déclaration à ce sujet, mais il est peu probable qu’elle accepte de participer à la conférence sans la Russie. Pékin soutient la convocation opportune d’une conférence internationale à laquelle la Russie et l’Ukraine consentiraient toutes les deux, avec la participation équitable de toutes les parties et un débat équitable sur tous les plans de paix. Cela a été annoncé par le ministre des Affaires étrangères de Chine Wang Yi, lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue russe Sergueï Lavrov, à l’issue de leurs pourparlers à Pékin.

La conférence de paix sur l’Ukraine aura lieu les 15 et 16 juin au Bürgenstock, près de la ville de Lucerne.

Aucun accord de paix ne sera signé lors de la conférence, a souligné la présidente suisse, Viola Amherd. « La conférence doit servir de plateforme de dialogue de haut niveau pour identifier les voies susceptibles de mener à une paix globale, juste et durable pour l’Ukraine, fondée sur le droit international et la Charte des Nations Unies », a expliqué le gouvernement suisse.

Alexandre Lemoine



Articles Par : Alexandre Lemoine

Avis de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que le ou les auteurs. Le Centre de recherche sur la mondialisation se dégage de toute responsabilité concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes.

Le Centre de recherche sur la mondialisation (CRM) accorde la permission de reproduire la version intégrale ou des extraits d'articles du site Mondialisation.ca sur des sites de médias alternatifs. La source de l'article, l'adresse url ainsi qu'un hyperlien vers l'article original du CRM doivent être indiqués. Une note de droit d'auteur (copyright) doit également être indiquée.

Pour publier des articles de Mondialisation.ca en format papier ou autre, y compris les sites Internet commerciaux, contactez: [email protected]

Mondialisation.ca contient du matériel protégé par le droit d'auteur, dont le détenteur n'a pas toujours autorisé l’utilisation. Nous mettons ce matériel à la disposition de nos lecteurs en vertu du principe "d'utilisation équitable", dans le but d'améliorer la compréhension des enjeux politiques, économiques et sociaux. Tout le matériel mis en ligne sur ce site est à but non lucratif. Il est mis à la disposition de tous ceux qui s'y intéressent dans le but de faire de la recherche ainsi qu'à des fins éducatives. Si vous désirez utiliser du matériel protégé par le droit d'auteur pour des raisons autres que "l'utilisation équitable", vous devez demander la permission au détenteur du droit d'auteur.

Contact média: [email protected]