La Démocratie et l’intelligence exigent des réponses

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Il me semble qu’il est plus qu’urgent de réagir à un manichéisme simpliste et destructeur, au moment-même où le secrétaire américain à la défense élargit le nombre des pays « de l’axe du mal » susceptibles de recevoir, comme le laissait penser récemment le chef de la Maison Blanche, un châtiment atomique : la Syrie figure désormais aux côtés de l’Iran, l’Iraq et la Corée du Nord. Je pose alors la question : peut-on accepter, encore et encore, ces insultes à la démocratie et à l’intelligence ? Voyons ce que je veux dire et ce que des révélations et des faits récents nous suggèrent à cet égard.

Pour revenir sur le 11 septembre

Qu’est-ce que la démocratie sans la liberté d’expression, le pluralisme d’opinion et le débat d’idées pour une société plus juste ? Je remarque avec dépit que nos « démocraties » occidentales, et plus particulièrement nord-américaines, sont quasiment dépourvues de ces qualités élémentaires. Car enfin, plutôt que de me faire taxer d’ « anti-américain » ou de « communiste attardé » suite à mes propos tenus le 2 octobre dans Le Devoir, j’aurais espéré lire ne serait-ce qu’un début de réfutation argumentée et documentée par rapport à ce que j’avançais. J’attends toujours ! En tant que citoyen, j’aimerais pouvoir questionner ceux qui nous dirigent, et obtenir des réponses pertinentes, de fond, et non des mots d’ordre du genre « les islamistes sont des sanguinaires dont il faut se débarrasser ». Pour ma part je refuse de subir ce genre de démocratie qui ne parle que d’une seule voix, et je voudrais autant que possible éclairer ces zones d’ombres dont nos dirigeants et les médias évitent, semble t-il, de nous parler. C’est ainsi que j’offre à votre réflexion les points troublants soulignés par Thierry Meyssan, lauréat de Sciences-Po Paris, journaliste et animateur du réseau Voltaire (qui se définit comme un forum de lutte pour une information réellement démocratique), dans son livre plus qu’interpellant, L’effroyable imposture du 11 septembre. Pour toutes réponses on a eu droit à de la simple négation de ses propos et arguments et… à des menaces et insultes envers sa personne. Avant de rejeter ses révélations en bloc (qu’il a tout de même élaborées à partir de déclarations et documents officiels américains ! ), demandons-nous si nous avons les réponses aux questions qu’il soulève, et sinon, qu’attend t-on pour nous les fournir…

– N’est-il pas étrange que des pilotes formés aux Etats-Unis – donc en anglais – laissent traîner un manuel en… arabe, quand on sait que les termes techniques de pilotage sont toujours rédigés en anglais et qu’un « manuel » de pilotage de tels appareils (Boeings 757 ou 767 !) occuperait une armoire entière à l’instar d’une encyclopédie ?
– Comment se fait-il que ces terroristes soient à la fois supérieurement intelligents pour organiser un tel détournement d’avions, et assez stupides pour laisser une aussi belle signature qu’une voiture de location, sur les lieux de leur crime ?
– N’est-t-il pas incompréhensible que l’on retrouve intact le passeport d’un kamikaze dans des décombres qui ont réduit béton et acier en poudre et en poussière ?
– Quelle idée saugrenue que celle d’un pilote qui va au suicide emportant dans ses bagages des vidéo-cassettes plus que compromettantes ?
– Ces terroristes qui font trembler l’Amérique ne sont-ils pas au courant qu’il existe des pistolets en plastique parfaitement indétectables, alors qu’ils se contentent de s’armer de simples petits « cutters » ?
– Que fait-on des radios amateurs ayant signalé des brouillages dus, en général, à la présence d’une balise, celle-ci ayant pu servir à guider l’avion ? (les pilotes interrogés par M. Meyssan déclarent relever du miracle que de faire ainsi mouche deux fois de suite de cette façon avec ce type d’avions sans aucune indication radar).
– Pourquoi les propos des pompiers de New York faisant état d’explosions aperçues à la base des tours ne font-ils pas plus de remous que cela ?
– Comment expliquer qu’un 757 qui fait près de 40 mètres d’envergure ait pu s’encastrer dans un espace (au Pentagone) de 19 mètres, sans laisser ses ailes quelque part ?
– Est-il possible qu’un avion comme un 757 puisse aller s’écraser à l’horizontale sur une façade de 24 mètres de haut… tout en … rebondissant, au préalable, sur une pelouse photographiée intacte après ?
– Comment un tel appareil ne peut-il laisser aucun autre débris que les boîtes noires et… un phare (toujours non présenté), sans parler des restes des bagages, des passagers … ?
– Pourquoi ne dit-on rien sur l’annexe de la Maison Blanche qui a pris feu ?
– Où sont les preuves, annoncées à grand cris par Bush, relayé par Blair, condamnant sans réserves Ben Laden ?
– Est-ce la cassette où l’on voit ce dernier se vanter d’avoir détruit les tours lorsque l’on sait que chez les Arabes et les Musulmans, on ne joue pas ainsi à filmer, à tout bout de champ, les gens et les évènements (c’est là une attitude bien plus spécifiquement occidentale et américaine) ?
– N’est-ce pas une troublante coïncidence qu’un ex-employé d’UNOCAL, la compagnie américaine farouchement intéressée par le gazoduc devant traverser l’Afghanistan, se retrouve dirigeant de ce pays ?… etc. etc.

A ces questions, parmi bien d’autres, soulevées par Thierry Meyssan (dont on peut -encore- trouver la liste sur le site http://fr.news.yahoo.com/135/ ), je serais tenté d’ajouter les nombreuses ramifications financières entre réseaux de la famille Ben Laden et intérêts américains, les curieux liens entre diverses compagnies pétrolières américaines et l’Afghanistan, les relations entre CIA, ISI (services secrets Pakistanais) et Arabie Saoudite, l’évolution des relations et intrigantes tractations et négociations entre USA et Talibans… (voir le livre : Ben Laden : la vérité interdite).
Mais, de grâce, que l’on réponde ! Car évidemment, tout comme bien d’autres, je me refuse à accepter sans sourciller l’ensemble de la thèse de M. Meyssan. Je ne demande qu’à être convaincu de la fausseté de ce qu’on se contente, un peu trop facilement, de qualifier de « calomnies ».

La démocratie et l’intelligence l’exigent ! car qu’est ce que le respect du citoyen et de la démocratie si ce n’est, d’abord, informer correctement et répondre aux interpellations citoyennes ? 

L’offensive Sharon et la croisade anti-terroriste mondialisée

Là aussi, j’estime que l’intelligence et la démocratie sont fort peu respectées.

Remarquons tout d’abord que, sans aucune autre forme de procès, les camps sont désormais présentés comme indiscutablement clairs et tranchés : les bons d’un côté (USA en tête) et les méchants de l’autre (Taliban et autres terroristes, indubitablement associés à tout ce qui est Arabe et/ou Musulman).  L’offensive Sharon ne peut que profiter, évidemment, d’un tel amalgame : n’est-ce pas de la « lutte contre LE terrorisme » ? Et puis, elle constitue – quelle coïncidence ! –  une bien providentielle diversion lorsque les questions soulevées ci-dessus commencent à se répandre et à devenir embarrassantes.

Ensuite, peut-on parler d’information objective lorsque la presse étrangère est interdite sur les lieux des attaques, alors qu’un « simple » citoyen comme José Bové peut se rendre jusqu’auprès d’Arafat et parler de ce qu’il voit ? Pourquoi est-il arrêté et expulsé par les forces Israéliennes ? Je ne comprends pas qu’il soit fait si peu de cas des nombreuses voix israéliennes, y compris au sein de l’armée, qui dénoncent des exactions faites sur ordre de Sharon : exécutions sommaires, pillages par les soldats, violences indues contre des civils… ? Pourquoi ne parle t-on pas de cette mère Israélienne, qui a perdu un enfant lors d’un attentat suicide et qui, sur son site Internet, répète que c’est le comportement inadmissible d’Israël envers les Palestiniens qui est la cause première de tant de violence ? Comportement systématiquement minimisé (à l’inverse des attentats commis de l’autre côté) par les médias hors Israël. Que l’on fasse entendre les voix israéliennes qui s’élèvent avec indignation contre l’information et l’analyse à géométrie variable diffusée au monde entier (voir le texte, entre autres, de Tom Seguev, historien Israélien dans le journal Le Monde du 3 avril 2002).

On le sait, Ariel Sharon n’a jamais admis de n’en avoir pas fini avec son ennemi obsessionnel, Yasser Arafat, lors des massacres de Beyrouth en 1982. Sa logique reste toujours : « que les pays arabes recueillent les Palestiniens » ; « qu’on nous laisse réaliser le Grand Israël », « étendons les colonies pour une occupation de fait »… Mais pour cela il faut des ennemis à diaboliser pour être justifié toujours frapper et s’étendre en « périmètres de sécurité ».  En ce sens les terroristes et kamikazes ne sont-ils pas de bien beaux prétextes ? L’exploit provocateur de Sharon sur l’Esplanade des Mosquées de Jérusalem, en plein début de déconfiture du « processus de paix », était évidemment un geste hautement significatif. L’aboutissement prévisible de ce geste, par les réactions et contre-réactions provoquées, en est aujourd’hui l’impensable pour tout espoir dans la région : la proposition d’un « billet aller simple » pour Arafat ! N’a t-on donc vraiment pas idée de l’ampleur des conséquences que peuvent avoir de telles paroles, ou pire, d’un tel acte s’il venait à être accompli ?

Mais, la lutte au terrorisme « mondialisé » justifie et absout déjà de tels actes. Qu’un peuple entier sans défense soit sous les coups d’une des plus puissantes armées du monde peut être légitimé : car il s’agit d’une guerre juste, aux dires de certains « intellectuels » Américains. Je n’ai de cesse de me demander comment on peut appeler « guerre » ce que l’armée américaine a commis en Afghanistan et jusqu’à quel degré de cynisme et de barbarie cela conduira… Mettra t-on derrière chaque Palestinien et Palestinienne, derrière chaque « Islamiste » au monde un soldat ou un missile ? N’y a t-il donc aucune autre raison à l’existence de ces terroristes et Kamikazes sinon, comme on l’a dit et écrit, d’être des frustrés et des jaloux, dont le passe-temps favori consisterait à poser des bombes et se faire sauter ?

Et puis, une bonne fois, pourquoi ces « loosers » ne sont-ils pas jaloux du Japon ? de la Suède ? de la Norvège ? du Canada ? de l’Allemagne ? de Hong Kong ? de la Suisse ? du Brésil ? de l’Australie ?…

Une explication : Israël en éternel « danger de paix » ?

On ne peut rien comprendre à la crise qui sévit dans cette région sans analyser les enjeux stratégiques et économiques qui nécessitent une présence militaire américaine toujours accrue. En effet, les États Unis ne peuvent laisser une Europe unie, susceptible de rallier un jour la Russie d’un côté, et/ou l’Asie du Sud Est d’un autre côté, risquer de contrôler ce qu’on appelle la « Terre du Centre » : tout ce qui va de l’Arabie Saoudite à la Mer Caspienne (en passant, entre autres, par l’Afghanistan), c’est-à-dire un colossal réservoir d’hydrocarbures. Les débouchés (gazoducs, pipelines…) vers les mers chaudes (Méditerranée ou Océan Indien) sont donc indispensables aux Etats-Unis pour contrer les projets russes allant vers le nord-ouest. L’Afghanistan s’avère primordial dans cet enjeu. Sinon pourquoi l’Administration américaine, qui définit les « pays voyous » comme étant ceux qui abritent ou produisent les terroristes, n’ont-ils pas attaqué l’Arabie Saoudite, d’où sont issus 15 des 19 coupables recensés après le 11 septembre ?

Mais diriez-vous, pourquoi « Israël en danger de paix » ? Eh bien imaginez que la paix s’instaure vraiment dans la région. Cela impliquerait : 1/ ne plus justifier la présence des flottes américaines dans les mers alentour, autrement dit la perte de centaines de milliards de dollars pour le complexe militaro-industriel américain ! 2/ assécher l’aide financière étrangère censée soutenir l’effort de guerre ; 3/ stopper, au moins en partie, le soutien de la Diaspora qui se saigne pour soutenir la patrie « attaquée »… C’est alors que des kibboutz, des fermes et des colonies entières construits dans le désert à l’aide de tant de dollars venus d’ailleurs… risquent de se transformer en vents de sable.

Lorsque la vraie démocratie, qui commence par une information complète et indépendante, sera réellement voulue par les puissants de ce monde, alors mon intelligence et celle de bien des humains de cette terre, cessera de se sentir insultée.

Omar Aktouf est professeur titulaire aux  Hautes études commerciales (HEC), Université de Montréel, Copyright © Omar Aktouf  2002. Pour usage équitable seulement .



Articles Par : Omar Aktouf

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