La dérive de la presse de combat vers les médias lifestyle

Fais ce que dois

L’auteur de ce court billet est un journaliste indépendant qui ne se fait plus d’illusions à propos de la presse dite libre. Quand les dés sont pipés et les acteurs corrompus.

Derrière le proverbe « Fais ce que tu dois, advienne que pourra » se profile l’exhortation à agir selon notre conscience en dépit des résultats. En effet, ce n’est pas le résultat qui prime dans une entreprise humaine, c’est bel et bien les intentions qui comptent. Puisqu’un honnête citoyen ne se défilera pas face aux exigences de sa conscience. À contrario, les libres-penseurs des temps modernes sont plus souvent qu’autrement des faux-culs qui retournent leur veste en temps et lieu.

Le journalisme de combat

Le journalisme de combat aura rendu l’âme à l’époque des Gérard Filion de ce monde, alors que la presse écrite s’intéressait toujours aux luttes de classe, à la justice sociale ou à la libération d’une authentique parole du côté des oppositions en lice. Si les grands titres étaient tributaires des élites financières en place, il subsistait toujours quelques organes de dissension. Les débats d’idée étaient monnaie courante et les protagonistes n’avaient pas peur de se rouler les manches et de se salir les mains. Alors qu’éclate la grève de l’amiante d’Asbestos, en 1949, la haute direction du Devoir n’hésite pas un instant à se positionner du bord des grévistes. Filion s’emporte contre les exactions du gouvernement Duplessis et l’accuse de transformer le Québec en « forteresse du capitalisme cupide ». Cette époque est révolue.

L’air du temps

Autres temps, autres mœurs. À une époque où les styles de vie (lifestyle) des consommateurs métrosexuels occupent le haut du pavé, l’information n’est plus que l’appendice des cabinets de marketing. Et, comble de narcissisme, certaines officines de la presse dite « indépendante » n’hésitent pas à se joindre au concert des « libres penseurs » d’une époque où il est pourtant interdit de penser par soi-même.

Car, pour penser il faut prendre des risques. La liberté n’étant pas acquise par principe, mais bien sur la base d’un combat des idées qui n’exclut pas l’altérité. Bien au contraire. Derrière l’insipide « Libre de penser » se cache un insidieux esprit de conformisme. Dans un contexte où il est interdit de remettre en cause la doxa du système, nos prétendus voltairiens donnent la réplique aux médias de l’oligarchie. À l’égal du tristement célèbre Libération – détenu à hauteur d’environ 40 % par un certain Baron Edouard de Rothschild – les vaillants libres penseurs de la métropole québécoise ménagent le chou et la chèvre, en tentant surtout de se ménager.

Le conformisme de la pensée formatée

Soulignant le 10e anniversaire du 11 septembre, l’inénarrable François Brousseau débarque de Radio-Cadenas pour venir se répandre en conjecture dans les pages du seul quotidien capable-de-penser-par-lui-même de la métropole. Il tente une diversion en prenant ses distances face à la célèbre formule utilisée à l’époque par le directeur du journal Le Monde : « Nous sommes tous américains ! ». Le principal intéressé nous prévient que bien de l’eau a coulé sous les ponts depuis ce temps et que bien peu de gens sur terre se préoccupent du triste évènement en 2011. « Les États-Unis sont seuls ou presque dans leur commémoration – même si la presse occidentale s’est mobilisée pour l’anniversaire », souligne-t-il, mine de rien. Comme si la presse occidentale n’appartenait pas à des intérêts financiers toujours considérables.

François Brousseau ménage ses fesses. Il nous prévient que les choses se seraient déroulées autrement si un Al Gore s’étaient retrouvé à la place de Bush fils à la Maison Blanche … la catastrophique invasion de l’Irak – le principal intéressé a-t-il pris position dans cette histoire à l’époque ? – ayant pu être évitée. Véritable ballet du louvoiement, ce prétendu billet ne pose – à aucun moment – la question de la thèse officielle au sujet des causes du fumeux attentat. Il se répand en vagues considérations – connues de tous – sans jamais prendre la peine de questionner la thèse officielle. Le vaillant petit soldat de l’information n’a pas osé égratigner la doxa officiel, malgré ses velléités de « libre-penseur ».

Quand la conscience déserte

En fait, il subsiste toujours une presse dite « indépendante » qui a pour mandat de donner la réplique aux grands titres. Commodes estafettes de la rectitude politique, ces quelques tribunes hument l’air du temps afin de produire un anticonformisme conforme à ce que l’on attend d’eux. Rien de plus. Rien de moins. Odile Tremblay – qui se vante d’avoir ses entrées sur la Croisette à Canne – aurait pu nous gratifier d’un entretien avec Mathieu Kassovitz. Que nenni ! L’acteur Kassovitz ayant pris ses distances d’avec la thèse officielle des autorités concernées il est, désormais, pestiféré. D’ailleurs, le principal intéressé aurait intenté une poursuite en 2009 contre quatre journalistes et leur rédaction pour diffamation. Il faut dire qu’une bonne part de la presse française n’aura pas hésité à traiter Kassovitz de conspirationniste paranoïaque jusqu’à plus soif. Pourtant, le courageux acteur ne faisait que défendre le droit des citoyens de remettre en question les thèses officielles.

Il y avait là une occasion à saisir pour faire de cette commémoration autre chose qu’une triste séance de lobotomie collective. Nos médias n’ont fait que relayer la pensée dominante, en y ajoutant quelques commentaires de circonstance. Seul un tout petit média indépendant s’est justement retroussé les manches pour faire faire un bout de chemin à l’opinion publique.

L’Aut’Journal a eu le courage de rapporter les propos échangés lors de la conférence commémorative – tenue le 8 septembre dernier au cinéma du Parc – sur les attentats du 11 septembre. L’évènement, encadré par Michel Chossudovsky, le directeur du site web Global Research (mondialisation.ca), a été passé sous silence par nos médias complices d’une pensée lénifiante qui ne tolère plus la dissension. La haute direction de l’UQAM aura, il fallait s’y attendre, refusé que l’évènement se tienne entre ses murs, prétextant d’hypothétiques questions de sécurité. Il faut dire que la controverse autour des attentats du 11 septembre n’a décidément pas bonne presse. Même chez les libres penseurs qui tiennent à leur réputation comme à la prunelle de leurs yeux. Parce qu’une bonne réputation vous donne, invariablement, bonne conscience.

DEUX LIENS :

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Articles Par : Patrice-Hans Perrier

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