La dimension morale des choses

«Quand le pillage devient un moyen d’existence pour un groupe d’hommes qui vit au sein de la société, ce groupe finit par créer pour lui-même un système juridique qui autorise le pillage et un code moral qui le glorifie.»

Frédéric Bastiat (1801-1850)

«Certaines autorités hiérarchiques de l’Eglise catholique en Amérique latine utilisent la prière comme d’un somnifère pour endormir les gens. Lorsqu’ils ne peuvent pas nous dominer avec les lois, ils se servent de la prière; et quand ils ne réussissent pas à nous humilier ou à nous dominer par la prière, ils ont alors recours aux fusils. »

Evo Morales, Président de la Bolivie (13 juillet, 2009)

«La qualité la plus importante pour résister au mal, c’est l’autonomie morale. L’autonomie morale n’est possible que par la réflexion, l’auto-détermination et le courage de ne pas coopérer.»

Émmanuel Kant (1724-1804) philosophe allemand

Pourquoi avons-nous le sentiment que les dirigeants politiques mentent la plupart du temps ? Pourquoi l’avidité sans borne semble si répandue dans les officines d’entreprise ? Pourquoi des hommes pervers se lancent-ils dans des guerres d’agression et sont indifférents devant la mort d’innocents ? Pourquoi le matérialisme ambiant semble-t-il régner en maître ? Pourquoi avons-nous le drôle de sentiment que notre société progresse à reculons ? Le fait même que nous devions se poser ces questions est peut-être en soi un signe des temps.

En effet, lorsque l’odeur nauséabonde de la décadence morale envahit tout, les choses tournent inévitablement au mal. Historiquement, on constate, en effet, que lorsque la fibre morale dans une société s’affaiblit, les problèmes ont tendance à s’accumuler.

Nous vivons actuellement une de ces époques, dominée par une corruption politique omniprésente, par l’abus systématique du pouvoir, par le mépris de la primauté du droit en hauts lieux, et par l’avidité incontrôlée, la fraude et la tromperie dans les milieux économiques. Les résultats ne sont pas beaux à voir : crises économiques et financières sévères et prolongées, hausse des inégalités sociales et de l’injustice sociale, intolérance croissante face aux choix individuels, indifférence devant la dégradation de l’environnement, montée des intégrismes religieux, retour aux guerres d’agression ou aux guerres préventives, recours au terrorisme aveugle et à l’utilisation répugnante de la torture, si ce n’est au génocide et aux crimes de guerre les plus flagrants. Autant d’indices que notre civilisation a perdu sa boussole morale.

Avec tous ces retours en arrière et ces pratiques d’un autre temps, il n’est pas surprenant que l’on assiste de nos jours à un regain d’intérêt pour les questions de morale et d’éthique.

Il existe, en effet, une contradiction profonde entre les problèmes modernes auxquels nous sommes confrontés et notre capacité à les résoudre. On ne semble pas être capable d’intégrer les nouvelles connaissances scientifiques à nos codes de moralité ou d’éthique. Peut-être est-ce dû au fait que ces derniers reposent principalement sur une vue du monde qui date.

Tout cela m’a conduit, dans un esprit humaniste, à rédiger un ouvrage sur ces questions. Son titre est «Le code pour une éthique globale, vers une civilisation humaniste», [ISBN: 978-2895781738] et le livre est préfacé par le Dr Paul Kurtz et publié par les Éditions Liber. Le livre est une discussion terre-à-terre de dix principes humanistes fondamentaux et leur application dans le nouveau contexte de mondialisation.

Pourquoi un tel regain d’intérêt pour la dimension morale des choses ? -Tout d’abord, en partie parce que beaucoup de nos problèmes et les menaces qu’ils nous font courir sont non seulement graves mais ils ont aussi une dimension mondiale. -Deuxièmement, le fait que nous semblions incapables de résoudre nos problèmes planétaires pourraient aussi être dû au fait que les progrès scientifiques et technologiques surviennent avec une rapidité qui dépasse celle de notre progrès moral, avec pour conséquence que les problèmes s’accumulent plus rapidement que notre capacité morale de les affronter et de les résoudre. Et troisièmement, cela pourrait également, en partie, dépendre du fait que les vieilles règles morales à base religieuse ne sont pas d’une grande utilité pour résoudre ces nouveaux problèmes. De telles règles, essentiellement, sont le reflet du passé et elles n’ont pas, malheureusement, intégré les nouvelles connaissances scientifiques.

En effet, la vision que les humains se font d’eux-mêmes et de leur place dans l’Univers s’est retrouvée changée à tout jamais par trois percées scientifiques fondamentales :

– La preuve par Galilée, en 1632, que la Terre et les humains n’étaient pas au centre de l’Univers, comme le prétendaient faussement des livres supposément sacrés.

– La découverte par Darwin, en 1859, (« L’Origine des Espèces ») que les humains ne sont pas des sortes de dieux, uniques parmi toutes les espèces vivantes, et destinés à vivre éternellement, mais sont plutôt le résultat d’une lente évolution biologique naturelle au cours de millions d’années.

– Et, la découverte par Watson, Crick, Wilkins et Franklin, en 1953, de la structure de la molécule d’ADN (acide désoxyribonucléique) présente dans chacun des 46 chromosomes humains, et la constatation dévastatrice que les humains partagent plus de 95 pour cent de leurs gènes avec les chimpanzés.

J’ajouterais aussi que les recherches en cours sur le fonctionnement du cerveau humain ont apporté un nouvel éclairage sur la façon dont certains phénomènes psychiques, comme celui de la pensée en général, y compris celui des expériences psychiques de nature religieuse, sont le résultat d’activité dans différentes zones du cerveau.

Par conséquent, personne ne peut plus prétendre que la planète Terre est le centre de l’Univers ; personne ne peut prétendre que les humains sont uniques dans l’échelle des choses, et personne ne peut prétendre que le corps humain et l’esprit de l’homme sont deux entités indépendantes. Cette réalisation a des conséquences énormes pour notre vision morale des choses.

Mon plus grand espoir serait que nous pussions éviter de revenir à une ère d’obscurantisme et de décadence, et que nous soyons en mesure de construire une civilisation véritablement humaniste pour l’avenir.

 

Rodrigue Tremblay est professeur émérite à l’Université de Montréal. On peut le rejoindre à l’adresse suivante: [email protected]

On peut lire une description de son dernier livre “Le code pour une éthique globale” sur le site suivant :

http://www.lecodepouruneethiqueglobale.com/

Pour la version en langue anglaise [ISBN: 978-1616 14 17 21], voir :

http://www.thecodeforglobalethics.com/ 

On peut se procurer la version en langue française dans toutes les librairies en Amérique du nord et en Europe [ISBN: 978-2895781738].

L’adresse du livre sur Amazon Canada est :

http://www.amazon.ca/Code-pour-une-éthique-globale/dp/2895781737/ref=sr_11_1?ie=UTF8&qid=1232631477&sr=11-1 

L’adresse du livre sur Amazon France est :

http://www.amazon.fr/Code-pour-une-Ethique-Globale/dp/2895781737/ref=sr_11_1?ie=UTF8&qid=1235229636&sr=11-1 

Pour la version en langue anglaise, voir :

http://www.amazon.com/Code-Global-Ethics-Humanist-Principles/dp/1616141727/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1262398544&sr=1-



Articles Par : Prof Rodrigue Tremblay

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