La fausse impuissance internationale

 Les Etats-Unis mènent au travers d’Israël leur guerre pour un contrôle politique et militaire du Proche-Orient. Si les événements ne sont pas prémédités, ils sont récupérés au comte de cette stratégie. D’où le soutien américain à Israël et la paralysie des instances internationales.

Alors que les images nous parviennent d’enfants déchiquetés par les bombes, de civils fauchés par la mort pendant leur tentative d’exode vers le nord du Liban, la diplomatie internationale est muette, ou presque. On se soucie un peu partout de venir en aide à ses propres ressortissants ­ ce qui est bien le moins ­, mais pour les Libanais point de salut. C’est dans ce cadre de diplomatie a minima que Dominique de Villepin a fait lundi une visite éclair à Beyrouth, « supervisant » le départ des premiers Français à bord d’un ferry vers Chypre. Pour le reste, silence. À part quelques lamentos sur le thème de l’« escalade » et de l’« engrenage de la violence », ou encore de la « folie » qu’il faut faire cesser (Douste-Blazy, qui est ministre des Affaires étrangères pour dire cela…)

Mais du côté du Conseil de sécurité, rien. Les grands de ce monde ont procédé lundi soir à une série de consultations sur la situation au Liban sans parvenir ne serait-ce qu’à un appel au cessez-le-feu. Et pas davantage sur un quelconque déploiement d’une « force de stabilisation ». « Le Conseil n’a même pas pu se mettre d’accord sur un communiqué », a déploré le représentant libanais, Nouhad Mahmoud. Auparavant, le représentant américain, John Bolton, avait indiqué que le Conseil de sécurité ne prendrait aucune mesure avant le retour de la mission de médiation de l’ONU envoyée dans la région. Il a précisé que le compte-rendu de la mission n’interviendrait pas avant mercredi après-midi ou jeudi. Ce qui laisse supposer que les États-Unis entendent laisser les mains libres à l’armée israélienne encore au moins 48 heures. On peut imaginer que l’État hébreu va intensifier ses frappes pendant ce laps de temps, sachant qu’il risque ensuite de devoir se soumettre à une limitation de son offensive. Ce qui correspond aux certitudes affichées par le général Moshe Kaplinsky, chef d’état-major adjoint, qui a indiqué lundi que « l’opération se poursuivra une semaine encore ». Mais, même au-delà, on sait déjà que la pression sera mise sur le Hezbollah. Français et Américains s’accordant pour estimer que « la vraie solution est l’application de la résolution 1559 ». C’est-à-dire le désarmement de l’une des deux parties. La plus faible. John Bolton a par ailleurs insisté sur « le droit d’Israël à se défendre » et répété qu’« avant d’arriver à un cessez-le-feu, il fallait examiner les causes du conflit ». Et les causes du conflit, l’ambassadeur américain les connaît : « Je pense qu’on aurait un cessez-le-feu en un millième de seconde, ironise-t-il, si le Hezbollah et le Hamas relâchaient les victimes qu’ils ont enlevées et mettaient fin aux tirs de roquettes et autres actes de terrorisme contre Israël. » Ce discours en dit long sur le jeu américain. Contrairement à ce qui est souvent dit, il n’y a donc pas « d’impuissance de la communauté internationale ». Mais une puissance qui s’exerce dans le sens d’un encouragement d’Israël à poursuivre sa destruction méthodique du Liban. Car, en regard des opérations menées depuis cinq jours, il apparaît bien qu’il ne s’agit pas de détruire le Hezbollah mais le Liban tout entier, sans doute dans le but de retourner la population contre le mouvement chiite. Mardi matin, après six jours de frappes, le bilan s’élevait à plus de deux cents morts ­ presque exclusivement des civils ­ et des milliers de blessés, côté libanais, et à douze morts et des centaines de blessés côté israélien. Il y faut ajouter la destruction de nombreuses infrastructures et routes. Même le port de Jounieh, au nord de Beyrouth, un quartier chrétien, a subi des dommages. Et nous sommes loin ici du Hezbollah… Le résultat, c’est le moins que l’on puisse dire, n’est nullement assuré, bien au contraire. Même ceux qui, au Liban ­ et ils sont nombreux ­, sont hostiles au Hezbollah, pour des raisons confessionnelles ou politiques, ont tendance à se solidariser avec lui contre Israël.

(La suite dans Politis 911)



Articles Par : Alain Lormon

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