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La France maçonnique : la mystérieuse influence de la franc-maçonnerie dans la politique française
Par Julie Lévesque
Mondialisation.ca, 14 décembre 2015

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Avec ses origines obscures, ses rituels initiatiques et ses poignées de mains secrètes, la franc-maçonnerie intrigue. Nombreux sont ceux qui se questionnent sur les véritables intentions de ce cercle fermé auquel on ne peut appartenir que si l’on est recruté. La franc-maçonnerie est-elle une sorte d’éminence grise du pouvoir de la République française? Influence-t-elle clandestinement les élus ou ses membres sont-ils eux-mêmes des élus au cœur des décisions? La franc-maçonnerie est-elle la religion de l’État français?

C’est à ces questions que le documentaire de Paul-Eric Blanrue et Julien Teil, La France Maçonnique, tente de répondre à l’aide d’entrevues avec d’anciens et d’actuels maçons, dont Jean-Pierre Servel, le grand maître de la Grande Loge nationale française, des chercheurs, des personnalités politiques et des artistes, y compris la bête noire de la République, l’humoriste Dieudonné.

Le grand maître de la Grande Loge nationale française (GLNF) Jean-Pierre Servel affirme que « la GLNF ne joue aucun rôle politique. À l’instar des 200 grandes loges du monde, elle ne s’investit pas dans un discours sociétal ou politique. »

Pourtant de nombreuses lois se sont inspirées de la franc-maçonnerie et il est reconnu que cette dernière a inspiré les révolutions de 1830 et 1848. Alors que le grand maître de la GLNF prétend que le rôle qu’a joué la franc-maçonnerie dans la révolution française est « souvent exagéré », le narrateur, l’historien et auteur Paul-Eric Blanrue, nous informe que « de nombreux ministres et préfets du premier empire, ainsi que des membres de la famille Bonaparte, dont Joséphine, la femme de Napoléon, étaient membres de la franc-maçonnerie ».

Ce documentaire, habilement tissé d’un va-et-vient entre le narrateur, les membres actuels et anciens de la franc-maçonnerie, et autres intervenants, reflète tout le mystère entourant l’organisation. Si l’on en croit ses membres, la franc-maçonnerie n’a aucune influence et son but ultime n’est rien d’autre que le perfectionnement moral, ce que remettent en question plusieurs autres personnes interviewées, dont d’anciens maçons et feu Emmanuel Ratier, journaliste, politologue et éditeur.

Emmanuel Ratier nous entraîne au cœur des fraternelles, que le pianiste et ancien maçon Stéphane Blet décrit comme étant « des sortes d réseaux parallèles au sein des loges maçonniques ». Selon ce dernier, ces réseaux sont problématiques :

« Lorsque un groupement de métiers, par exemple des juges, des avocats, des médecins et des journalistes se regroupent à l’intérieur de la maçonnerie pour former vraiment un lobby [les fraternelles], ça pose un problème. Les loges normalement sont censées représenter, même si je n’ai jamais vu d’ouvrier malheureusement ou de chauffeurs de taxi en loge, mais on est censé représenter un petit peu la société telle qu’elle est. Seulement, là, les fraternelles, ça pose un problème surtout lorsqu’il s’agit effectivement de juges […] »

Emmanuel Ratier nous montre comment les fraternelles agissent directement sur les lois qui sont votées par le parlement en dévoilant une série de communiqués de diverses fraternelles, dont celle de la Défense, comprenant les grandes lignes des sujets de discussion abordés lors de réunions, de cocktails etc. Il brosse également le portrait fascinant de Michel Reyt, « grand patron des fraternelles et l’un des plus grands secrets de la franc-maçonnerie contemporaine ». Ce dernier, ancien caissier du Parti socialiste et membre du Grand Orient de France, a été condamné en mai 2000 pour trafic d’influence dans les marchés publics.

Bande annonce « La France maçonnique »

 

Pour le grand maître Servel, les fraternelles « ne sont pas du domaine des obédiences [regroupement de loges] » :

« Ces fraternelles ont nécessairement pour objet parfois l’entraide entre membres de ces groupes, mais cela échappe à la maçonnerie… ce n’est pas l’objet vraiment de la franc-maçonnerie et ça peut être très sain comme ça pourrait également devenir malsain. »

Cette réponse explique à elle-seule pourquoi ce documentaire nous laisse un peu sur notre faim, comme bien des documentaires sur la franc-maçonnerie : même si le sujet est bien traité, les francs-maçons ont la fâcheuse habitude de donner des réponses vagues ou peu convaincantes. S’agit-il d’une seconde nature acquise au gré des rituels maçonniques ou les maçons sont-ils recrutés entre autres pour leur aptitude à répondre d’une manière évasive et nébuleuse ayant pour effet de nourrir l’atmosphère énigmatique planant autour de ce club sélect?

Étrangement, si le secret est une caractéristique fondamentale de cette mystérieuse société, ses membres ont tous tendance à minimiser son importance au point de ridiculiser ceux et celles qui se questionnent à son sujet. À les entendre, le secret maçonnique est quelque chose d’accessoire, de superflu, dont on exagère la portée.

C’est quoi le secret maçonnique? « Moi personnellement je trouve ça louche », admet Dieudonné, l’humoriste mal aimé du pouvoir, invité en 2001 à titre de conférencier par le Grand Orient de France afin de discuter du thème « Vers un pouvoir métissé ». « On m’a sûrement identifié comme un fouteur de merde parce que je n’ai pas été réinvité », commente l’humoriste.

Et ce n’est sûrement pas aujourd’hui qu’on le réinviterait. Selon l’intellectuel et haut fonctionnaire Jean-Yves Le Gallou, la présence de maçons au sommet de la hiérarchie de l’actuel gouvernement français confirme l’influence de la franc-maçonnerie dans la vie politique du pays : « On le voit avec le gouvernement actuel, le gouvernement Valls, il y a un triangle qui semble très fort, si on prend Valls, le Premier ministre, Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, et Le Drian, ministre de la Défense et dont le cabinet, notamment civil, est truffé de camarades d’obédience. »

Julie Lévesque

 

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