La guerre du pétrole s’empare du Mexique

PRIVATISATION – A contre-courant, l’Etat mexicain souhaite ouvrir le capital de sa société pétrolière aux privés. La gauche se mobilise.

Une marée humaine s’est déversée dimanche sur le centre de Mexico. Par dizaines de milliers, les habitants de la capitale mexicaine ont convergé sur la place du Zocalo pour défendre «leur» compagnie pétrolière Pemex. A contre-courant de la Bolivie, du Venezuela ou de l’Equateur, qui viennent de renforcer leur contrôle sur l’or noir, le gouvernement de Felipe Calderon propose une privatisation partielle de Petroleos Mexicanos (Pemex), entreprise symbole de la Révolution mexicaine. La manifestation avait été convoquée par le Mouvement pour la défense du pétrole, formé notamment par la coalition de partis soutenant Andrés Manuel López Obrador, ancien maire de Mexico et candidat malheureux à l’élection présidentielle de 2006.

Parlement assiégé

Vêtus de blanc ou en tenues d’ouvriers du pétrole, les manifestants ont défilé sans incident sur les principales avenues du centre avant d’assister à un meeting sur le Zocalo.

La marche faisait suite à une autre mobilisation intense au coeur de la capitale. Durant seize jours, des «brigades» composées de femmes ont bloqué l’accès au Parlement mexicain. Une action résolue qui a permis d’arracher aux partis de droite un «grand débat national» sur la réforme des hydrocarbures.
Pour l’heure, le projet est étudié en commission sénatoriale. La consultation devrait ensuite durer quelque deux mois. La gauche exige qu’elle soit ensuite sanctionnée par un référendum.

Troisième fournisseur US

Sixième producteur mondial de pétrole, le Mexique et sa société Pemex attisent la convoitise de nombreuses majors, en ces temps de raréfaction de l’or noir et alors que les Etats se montrent toujours plus réticents à abandonner le contrôle de leurs réserves. Avec ses onzièmes réserves prouvées, et une importante capacité de raffinage, Pemex représente l’une des plus belles promises sur le marché. L’affaire est d’autant plus sensible que la proximité géographique fait du Mexique le troisième pourvoyeur des Etats-Unis.
Nationalisée en 1938 par le fameux président Lázaro Cárdenas, Pemex est demeurée longtemps intouchable aux yeux de nombreux Mexicains. Son caractère public est d’ailleurs inscrit dans la Constitution mexicaine.
Il aura fallu trois ans consécutifs de baisse de la production pour que le gouvernement ose s’attaquer de front au dossier, justifiant l’ouverture de Pemex aux privés par le besoin d’investissements urgents.

Soixante milliards

L’argumentation est balayée par la gauche, qui dénonce une mise en scène comptable visant à faire accepter une réforme pétrolière préparée de longue date. Les opposants à la privatisation rappellent que, chaque année, Pemex verse plus de 60 milliards de dollars à la caisse publique, soit plus du tiers des revenus publics nationaux.

Surtout, met en garde M. López Obrador, le Mexique perdrait sa maîtrise des secteurs stratégiques que sont «l’exploration, le forage, le raffinement, la pétrochimie, le transport, les oléoducs et le stockage de produits pétroliers».

Chávez pointe son nez

A demi-mot, il accuse M. Calderon – ancien ministre de l’Energie – de vouloir brader la souveraineté mexicaine et d’offrir cette manne «à des personnes privées nationales et étrangères».

Le refus du président mexicain d’étudier les propositions du Brésil et du Venezuela semble confirmer que les acheteurs sont d’ores et déjà désignés. En effet, Lula da Silva et Hugo Chávez ont tous deux proposé d’associer leurs compagnies publique et parapublique à Pemex, afin de l’aider dans son développement, tout en la maintenant dans la sphère publique. Sans obtenir de réponse. I



Articles Par : Benito Perez

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