La guerre en Libye : une chance pour la Grèce ?

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La guerre en Libye redonne une importance stratégique majeure à la Grèce, qui abrite d’importantes bases militaires américaines, notamment en Crète. Alors qu’Athènes est placée sous « haute surveillance » financière par l’UE, et doit faire face aux sévères critiques de l’Allemagne, cette guerre pourrait donc offrir à la Grèce l’occasion de rentrer en grâce auprès de ses alliés occidentaux… Telle est du moins le voeux de l’éditorialiste de Ta Vima.


Sous-marin américain dans la base de Souda (Crète)

La « troïka » revient chez nous ! Mais, sincèrement, que va lui dire le gouvernement pour les millions inscrits sur le budget grec pour la guerre en Lybie ? Va-t-il ne rien lui dire ou, par peur, va-t-il jouer les innocents ?

Mais c’est que la situation est différente des autres visites faites par la « troïka » (Union européenne, FMI, Banque centrale européenne) . Aujourd’hui, la dernière chose que les puissances occidentales redoutent c’est une Grèce déstabilisée et en faillite. Pourquoi ? Parce que personne ne sait combien de temps va durer ni quelle forme va prendre l’aventure engagée en Afrique du Nord. Et c’est un atout maître dans les mains de la Grèce pour peu qu’elle veuille l’utiliser. Le « Dieu de la Grèce », cité par Kolokotronis, héros de la guerre d’indépendance, NdT], existe bien et commence même à se manifester, de façon active, changeant radicalement la donne à cette heure critique pour le pays.

La Grèce constitue, à l’heure actuelle, la frontière la plus importante du monde occidental. De façon concrète, pas uniquement sur le papier. Par conséquent, la dernière chose que pourraient souhaiter voir les grandes puissances occidentales – Etats-Unis, France, Angleterre, et avec elles Israël -, c’est une Grèce en décomposition.

La Crète [où se trouve notamment, à Souda, une base militaire américaine, NdT] – mais pas uniquement – joue déjà un rôle déterminant et peut-être irremplaçable dans l’évolution internationale des événements. C’est pourquoi, ce serait un risque stratégique, une erreur, une sottise incompréhensible que de vouloir la chute de la Grèce, pour la seule et unique raison que c’est ce que veulent les Allemands afin de mettre en place leur politique d’hégémonie sur l’Europe.

Un entretien très important du « gourou » allemand de la sociologie, Ulrich Beck, avec Nikos Chilas, a été publié dans l’édition dominicale de To Vima, sous le titre : « Ma colère contre le désir de Merkel de rendre l’Europe allemande ». On peut y lire que, enfin, même en Allemagne des voix s’élèvent pour contrer Angela Merkel dont, selon Ulrich Beck, « la politique vise à une domination allemande soutenue par une arme : l’euro ».

Avec le dossier de la Lybie, la Grèce échappe à la pression exclusive exercée par la politique allemande et se lie à nouveau avec les grandes puissances occidentales et leurs intérêts prioritaires. Elle a d’ailleurs toujours été historiquement liée à elles, en tout cas avant qu’on en arrive à l’incroyable situation actuelle, par laquelle Berlin a trouvé un moyen de régner sur l’Europe.

C’est donc parmi nos alliés occidentaux qui ont tellement besoin de nous en ce moment, alors que nous avons également besoin d’eux, qu’il nous faut chercher immédiatement le soutien diplomatique, économique et politique qui permettra à notre pays de rester debout. Pas à Berlin, qui ne voit en notre pays qu’une source de problèmes, et un moyen de mettre ses prétentions hégémoniques en application de façon exemplaire. Pour d’autres, nous pouvons apporter des solutions à certains problèmes. Ce sont eux nos réels alliés, comme ils l’ont toujours été.

Il ne nous reste qu’une seule chose à faire : au lieu d’accepter que les dirigeants de Berlin nous écrasent le crâne comme une vipère, il faut que nous expliquions tout cela en lieu et en temps voulu. Nous pouvons faire de la politique. Il suffit de le vouloir. Sinon, non seulement nous aurons perdu complètement le jeu, mais ils vont encore nous faire payer des intérêts pour les dépenses militaires. Et nous aurons le destin que nous aurons mérité.

Traduit par Laurelou Piguet pour Le Courrier des Balkans
http://balkans.courriers.info/article17290.html



Articles Par : Yorgos Malouchos

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